1. « J'hésite entre le théâtre et une licence LEA »

« J'hésite entre le théâtre et une licence LEA »

Envoyer cet article à un ami

J'ai choisi la série L, car c'était la seule qui me permettait de prendre l'option théâtre. » Quentin, 17 ans, achève sa terminale L au lycée Saint-Martin de Rennes (35) et n'a pas eu peur de se ménager un emploi du temps très lourd l'année même du bac. En plus de ses trois langues vivantes étrangères (anglais, espagnol et italien), il consacre chaque semaine plus de six heures à sa passion : le théâtre.


La scène, une déjà vieille histoire

Entre Quentin et le théâtre, c'est déjà une vieille histoire : voilà six ans que le jeune homme passe une partie de sa vie sur les planches. Et il a de qui tenir, avec un père qui a été comédien professionnel pendant dix-sept ans ! « J'ai toujours aimé me donner en spectacle, explique Quentin. J'aime surtout l'atmosphère des préparatifs. Le fait que mon père ait longtemps exercé ce métier est-il pour quelque chose dans ma vocation ? Sans doute. Il ne s'oppose pas à mon projet, mais il ne m'y pousse pas vraiment non plus. Il m'aide à travailler mes scènes, me donne la réplique. Je profite de son expérience... » Quentin avoue une préférence pour le vaudeville, Feydeau et Labiche en particulier. « J'ai plus de difficultés à jouer un personnage tragique, » admet-il, sous sa tignasse blonde.

Son rêve ? L'école du Théâtre national de Bretagne

Quentin consacre le reste de son temps... à préparer le bac. « J'ai des notes correctes, mais je ne suis pas un bourreau de travail, reconnaît-il. J'ai parfois des pics de motivation, par exemple avant les bacs blancs. Je travaille seul, sauf pour le théâtre. Mes parents m'ont beaucoup aidé quand je passais le brevet. Maintenant, je tiens à avoir une certaine autonomie pour ne devoir le bac qu'à moi-même ! »
Quentin pourrait tenter sa chance au théâtre sans passer par une formation spécifique. Mais il ne l'envisage pas. « Ce serait le meilleur moyen de me casser la figure ! » estime-t-il. L'école qui le fait rêver ? Celle du TNB (Théâtre national de Bretagne), à Rennes, non loin de chez lui. « C'est une école prestigieuse, reconnue au niveau national, voire international », apprécie-t-il. Les heureux sélectionnés s'y consacrent exclusivement à l'étude et à la pratique du théâtre pendant trois ans, tout en bénéficiant d'une bourse.

Acquérir une expérience pour mûrir

Problème : sur les 700 candidats qui se présentent au concours, seuls 15 sont retenus ! « J'ai un petit avantage quand même, remarque Quentin. Les garçons sont nettement moins nombreux que les filles à se porter candidats. Et comme les promotions sont équilibrées, la sélection est un peu moins redoutable pour nous. »
Il n'empêche : Quentin s'est déjà présenté aux épreuves du premier tour en avril et n'a pas été retenu. Une audition où il a réalisé le chemin qui lui restait à parcourir. « J'étais vraiment parmi les plus jeunes, je manque de maturité... », analyse-t-il. Reste qu'il lui faudra désormais attendre trois années pour retenter sa chance à l'entrée de cette école très élitiste, qui ne forme pas de nouvelle promotion tous les ans.
Une perspective qu'il envisage avec sérénité, conscient qu'il lui manque quelques années de pratique théâtrale pour être crédible.

Recherche formation sérieuse désespérément

Les célèbres cours privés parisiens ? Très peu pour lui. « Le talent y est moins pris en compte que la capacité à payer les frais de scolarité. Ce n'est pas une politique qui m'attire. » La filière arts du spectacle à la fac ne le convainc pas beaucoup plus. « Celle-ci me permettrait de consacrer du temps au théâtre, mais elle n'offre guère de débouchés, observe-t-il. En fait, cela ne me servirait pas à grand-chose... »
Il projette donc de rejoindre le département « art dramatique » du Conservatoire national de région de Rennes. Ce qui lui assurerait une préparation sérieuse au métier et surtout au concours qui lui tient tant à cœur, ainsi qu'à ceux d'autres établissements prestigieux : le CNSAD (Conservatoire national supérieur d'art dramatique) de Paris, l'ESAD TNS - École supérieure d'art dramatique du Théâtre national de Strasbourg (67) -, et l'ENSATT (École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre) à Lyon (69).

Le Conservatoire, pour faire ses gammes

Au Conservatoire, les élèves se forment à la pratique du théâtre, notamment au métier d'acteur, à l'improvisation, à la lecture à haute voix, au travail d'interprétation. Reste à déterminer à quel cycle Quentin pourra accéder. Deux sont ouverts aux candidats âgés de 18 à 23 ans. Le cycle 2, considéré comme postbac, dure un an et comprend huit à dix heures de cours par semaine. Quant au cycle d'orientation professionnelle, il dure deux ans et comprend seize heures de cours de théâtre par semaine, en plus du chant et de la danse.
Quentin aimerait entrer directement en cycle d'orientation professionnel, mais l'option « théâtre » au lycée ne valide pas un niveau suffisant pour pouvoir y prétendre. Qu'à cela ne tienne, il briguera une admission en cycle 2 (une quinzaine de candidats y sont admis chaque année). Le concours d'entrée, qui se tiendra en septembre, lui semble plus accessible que celui du TNB. Certains de ses camarades, férus de théâtre comme lui, y ont été admis sans rencontrer de difficultés particulières.

LEA, par prudence…

Cependant, Quentin reste prudent. Son père est là pour lui rappeler que, dans le milieu du théâtre, rien n'est jamais acquis. Il a donc prévu une autre orientation au cas où ses projets ne se réaliseraient pas comme il l'espère. Cependant, l'autre parcours qu'il envisage est loin de susciter chez lui le même enthousiasme. « Tant qu'à m'inscrire à la fac, autant que ce soit dans un domaine où j'ai de bons résultats. C'est pour ça que j'ai choisi les langues. Et puis, la filière LEA [langues étrangères appliquées, NDLR] est une bonne base pour continuer vers des études de commerce ou l'interprétariat. Ça ouvre des perspectives et des débouchés », explique-t-il avec beaucoup moins de conviction que lorsqu'il parle de théâtre.

…avec un master en perspective

La filière LEA est en effet consacrée à l'étude de deux langues, à un niveau équivalent. Le binôme le plus courant se trouve être celui que choisira probablement Quentin : anglais et espagnol. Il s'agit d'une filière peu littéraire, qui comprend notamment des stages en entreprise. Les langues y sont appréhendées comme des outils appliqués à différents domaines, tels la gestion, le droit, le commerce, le tourisme ou la traduction spécialisée. S'il s'y engage, Quentin devra poursuivre ses études jusqu'à un niveau master pour en tirer un réel bénéfice. Un objectif qui semble largement à sa portée.
Mais Quentin ne doit pas sous-estimer la difficulté des études universitaires : seuls 51 % des inscrits en première année de fac dans les filières de langues poursuivent en deuxième année dans la même discipline. Sérieux et assiduité en cours sont donc les principales clés de la réussite.

Et pourquoi pas les deux ?

En LEA, on est dans un monde bien éloigné de la scène, et Quentin le sait. Du coup, il se voit bien mener les deux filières de front, théâtre et LEA, au moins dans un premier temps, et éviter ainsi de choisir entre sa passion et la sécurité. « Mon souhait est de me consacrer exclusivement au théâtre, admet-il. Mais si je vois que ça ne marche pas, je me replierai sur les langues. Cette année, en terminale, j'ai réussi à assumer toutes mes activités extrascolaires. Mon emploi du temps sera de toute façon moins chargé l'année prochaine ! »

Quentin commente ses notes
- Bac de français : 13/20 à l'écrit, 13/20 à l'oral. Un miracle, car j'avais toujours entre 8 et 9 pendant toute l'année scolaire.
- Epreuves anticipées de maths : 12/20, et d'enseignements scientifiques : 14/20. En L, le programme est vraiment facile.
- Philosophie : 9,5/20. J'apprécie les philosophes modernes.
- Histoire-géo : 13/20. En écoutant l'actualité, on trouve toujours des choses à ressortir dans les devoirs.
- Anglais : 13/20. Je pourrais avoir de meilleures notes si je travaillais.
- Espagnol : 14,5/20. C'est une langue que je trouve très belle, où j'ai assez d'aisance.
- Italien : 14/20. J'ai tendance à confondre avec l'espagnol, qui est très proche.
- Sport : 9/20. J'ai peur que cela m'empêche d'avoir une mention au bac !
- Théâtre : 13/20. C'est la partie théorique qui fait baisser ma moyenne.

Sommaire du dossier
Ce qu'en disent ses parents Nos conseils