1. Lycéen menacé de mort pour son soutien à "Charlie" : la mobilisation en marche

Lycéen menacé de mort pour son soutien à "Charlie" : la mobilisation en marche

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Extrait du numéro de janvier 2015 de "La Mouette bâillonnée", journal du lycée Marcelin-Berthelot.
Extrait du numéro de janvier 2015 de "La Mouette bâillonnée", journal du lycée Marcelin-Berthelot.

Face aux menaces de mort adressées au rédacteur en chef du journal du lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (94), la mobilisation se met en place. La Mouette bâillonnée avait publié un numéro spécial "Je suis Charlie". Le 21 mai 2015, enseignants, étudiants, associations ont apporté leur soutien au lycéen. Mais, pour les élèves, l'ambiance demeure stressante. 

Au lycée Marcelin-Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (94), "l’après Charlie" a pris un goût amer. Depuis fin janvier 2015, le rédacteur en chef du journal du lycée aurait reçu pas moins de 7 menaces de mort. La dernière en date adressée au jeune homme de 17 ans : une enveloppe comportant une ou plusieurs balles de pistolet. Les professeurs du lycée se sont mobilisés en exerçant leur droit de retrait, jeudi 21 mai 2015, en soutien à l’élève de première.

"La mobilisation s’est très bien déroulée, de façon pacifique. À l’origine, c’était une initiative des profs choqués que l’enquête n’avance pas. Puis, les élèves ont été invités à les rejoindre", explique Camille, directrice de la publication de La Mouette bâillonnée, le journal du lycée.

C'est après la publication d’un numéro spécial "Je suis Charlie" rendant hommage aux victimes des attentats de Paris que les premières menaces ont été adressées au jeune rédacteur en chef.

Un dossier réalisé par tous les élèves

En janvier 2015, il avait exposé ses motivations à l’Etudiant : "On a été touchés de très près par les événements, car un élève du lycée a perdu son père, correcteur à 'Charlie Hebdo', et un autre son oncle dans l'attentat à la porte de Vincennes."

Exceptionnellement, ce dossier n’avait pas été élaboré uniquement par la rédaction. "C’était une initiative de tout le lycée pour rendre un hommage aux victimes", se souvient Camille.

Le journal  aujourd'hui en "stand-by"

Seul lui semble avoir été victime de ces avertissements à répétition, fin mai 2015. Pourtant, "officiellement, il a disparu du comité de rédaction pour tenter d’enrayer les menaces", réagit Camille. En vain. Aujourd’hui, le journal "s’est mis en stand-by pour calmer le jeu. Nous prenons vraiment ces menaces au sérieux. On vit tous avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, même si on n’est pas non plus dans la psychose", témoigne la lycéenne.

Une mobilisation pour la liberté d’expression

L’association Jets d’encre pour la promotion et la défense de la presse d’initiative jeune suit l’affaire de près. "Avec Reporters sans frontières, nous assurons un soutien psychologique et juridique à Louis depuis le mois de janvier, déclare son président Matthieu Porte. Nous allons rester vigilants jusqu’à ce que ces menaces cessent. Il est important que ‘La Mouette’ continue d’être publiée en toute liberté."

Au-delà du fait divers, la menace dont fait l’objet le rédacteur en chef d’un journal lycéen met en lumière l’importance de la protection de la liberté d’expression en général, mais aussi dans les établissements scolaires. Cet épisode intervient alors que la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem, a demandé, dans le cadre de la mobilisation de l’école pour les valeurs de la République, que chaque collège et lycée se dote d’un média (journal, radio ou blog) à la rentrée 2015, afin d'apprendre aux élèves à décrypter l'information et l'image et à aiguiser leur esprit critique.

Sur Twitter, de nombreux journalistes et associations ont également tenu à témoigner leur soutien à l'élève et à la jeune rédaction. "Nous sommes indignés. Nous tenons à rappeler que beaucoup de journaux lycéens sont sujets à des pressions, notamment de la part de certaines directions de lycée", assure Arthur Moinet, élu CAVL (Conseil académique de la vie lycéenne) de l'académie de Nantes (44).

Faire passer un message clair aux  harceleurs

À Saint-Maur-des-Fossés, le climat a changé. "L’ambiance est beaucoup plus stressante. Nous sommes très sollicités par les médias", note Camille. Najat Vallaud-Belkacem s’est saisie de l’affaire et a affirmé : "L’école défend les valeurs de la République, et la liberté d’expression en fait partie." Une délégation composée de professeurs et de parents d’élèves a été reçue, ce vendredi 22 mai 2015, par la rectrice de Créteil (94). Elle réclame la protection du lycéen et souligne "la nécessité de faire passer un message clair et fort en direction des harceleurs". Reste à ce qu'elle soit entendue.