1. Palmarès des lycées : Olympe-de-Gouges, un lycée public du 9-3 qui monte dans les classements
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Palmarès des lycées : Olympe-de-Gouges, un lycée public du 9-3 qui monte dans les classements

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Un partenariat avec sciences po paris permet aux élèves de terminale d'Olympe-de-Gouges de suivre des ateliers de préparation au concours d'entrée, encadrés par des professeurs du lycée. // © Éric Garault // © Éric Garault
Un partenariat avec sciences po paris permet aux élèves de terminale d'Olympe-de-Gouges de suivre des ateliers de préparation au concours d'entrée, encadrés par des professeurs du lycée. // © Éric Garault // © Éric Garault

Le lycée public de Noisy-le-Sec a vu son taux de réussite au bac considérablement remonter en quelques années. Sa recette ? Une équipe pédagogique très motivée et des accords avec des écoles prestigieuses, telle Sciences po. Reportage.

L'ambiance est tranquille près du collège-lycée Olympe-de-Gouges à Noisy-le-Sec (93), en Seine-Saint-Denis, un département limitrophe de la capitale. Cet après-midi, dans l'unique snack-bar qui fait face à l'établissement, un petit groupe de lycéens papote en terrasse, assis sur des chaises en plastique… Lætitia, élève de première L, admet bien aimer son lycée, "pour l'ambiance, et aussi, dit-elle, parce que je peux y faire mes devoirs dans le calme". Ses amis soulignent aussi l'excellent climat qui y règne.

Ferait-il bon vivre à Olympe-de-Gouges ? "Un lycée ‘qui craint’ : c'est ce qui se disait encore il y a quelques années", se souvient Catherine Perreira, présidente de la FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves) du lycée.

Un lycée désormais convoité

En 2006, année noire, à peine plus d'un élève sur deux avait obtenu son bac. En fin de troisième, la plupart des familles réclamaient un autre lycée ou inscrivaient leurs enfants dans le privé. Mais en quelques années, l'établissement a fait une remontée prodigieuse dans le classement de l'Etudiant, pour atteindre le groupe A. Avec 38 % d'élèves boursiers, le taux de réussite au bac a été de 88 % en 2013.

Le lycée "qui craint" est devenu un lycée convoité. "Cette année, les classes de seconde se sont remplies dès le mois de juin, alors qu'il y a trois ou quatre ans, il fallait aller chercher des élèves dans toute l'académie", se rappelle Catherine Perreira.

Le jour de notre arrivée, Philippe Le Coz, le proviseur nommé à la rentrée 2013-2014, attendait même la visite d'inspecteurs chargés de faire un audit pour percer les secrets de cette métamorphose.

Convaincre les familles et les grandes écoles

Obtenu en 2008, le label "Site d'excellence", volet éducatif du plan "Espoir banlieues", a été le détonateur. Mais le résultat n'aurait pas été aussi spectaculaire si l'ancienne proviseure, qui a depuis pris sa retraite avec une Légion d'honneur bien méritée, ne s'était pas engouffrée dans la brèche.

Brigitte Pourpoint a été sur tous les fronts, pour signer des partenariats avec des grandes écoles et aller expliquer sa politique dans les écoles et les collèges avoisinants. C'est qu'il a fallu prendre son bâton de pèlerin pour convaincre les familles d'inscrire leurs enfants dans le lycée.

Et l'ensemble des professeurs a suivi également, même si "enseigner à Olympe-de-Gouges reste un engagement à 150 %", nous confie l'un d'entre eux. "Ils ont à cœur de nous faire tous terminer l'année avec succès", reconnaît Haïlé, 17 ans, élève en terminale ES, qui leur rend spontanément hommage.

Des préparations à Sciences po et à Dauphine

Comme une vingtaine d'autres élèves, Haïlé s'est inscrit à l'atelier Sciences po du jeudi après-midi, animé par deux enseignants de la classe préparatoire aux écoles de commerce ouverte récemment dans le lycée. "C'est vraiment pour cette passerelle avec Sciences po que j'ai choisi Olympe-de-Gouges", nous avoue le jeune homme. C'est d'ailleurs Sciences po Paris qui a été le premier à signer une "convention ZEP" avec la cité scolaire.

Une initiative suivie par d'autres établissements prestigieux : Paris-Dauphine propose une préparation pour entrer chez elle, HEC, des stages pour intégrer la prépa commerciale du lycée, et l'École polytechnique, un approfondissement en maths pour se préparer aux études d'ingénieurs et de médecine.

Ainsi, Théophile, en terminale ES aussi, s'est inscrit à l'atelier Sciences po, mais prudent, il a suivi un stage de préparation à Dauphine en économie et en maths durant la première semaine des vacances de la Toussaint. Le lycée est aussi soutenu par la Fondation de la Légion d'honneur et AXA via un parrainage, ainsi que par la Fondation Culture et Diversité qui aide les élèves dans la préparation aux concours d'écoles d'art.

Des stages de soutien gratuits

L'offre de formations s'est aussi étoffée. En plus des langues habituelles, le lycée propose des langues plus rares, comme le chinois et l'italien. Les jeunes peuvent opter pour les options arts plastiques, histoire des arts et théâtre. Ouverts sur l'extérieur, les professeurs organisent une centaine de sorties par an et de nombreux voyages. Mais c'est surtout le soutien scolaire qui a creusé la différence. "Les élèves en raffolent, parfois un peu trop d'ailleurs !" nous avoue Ingrid Stern, professeure d'allemand.

Grâce à l'association Tremplin, les élèves de seconde et de terminale peuvent bénéficier d'une heure d'aide aux devoirs en semaine. Ils peuvent aussi s'inscrire à des stages de soutien gratuits durant les vacances scolaires, en anglais, espagnol, français, maths et SVT (sciences de la vie et de la Terre), cours donnés par les enseignants et payés par l'établissement. "C'est un succès, nous avons eu 160 élèves inscrits durant les vacances de la Toussaint", a compté Philippe Le Coz. Enfin, les élèves ont cours le mercredi après-midi afin qu'un DST (devoir sur table) ait lieu le samedi matin.

Des sanctions appliquées rapidement

Il est loin le temps où des élèves se faisaient casser la figure dans les toilettes. Aujourd'hui, c'est de l'histoire ancienne et, de l'avis de tous, l'ambiance est devenue plus studieuse. Le nombre de conseils de discipline a d'ailleurs diminué, passant de 10 en 2010-2011 à 6 en 2012-2013. Désormais, quand les sanctions tombent, elles sont exécutées rapidement. Et, surtout, elles sont remises en main propre aux parents.

"Nous passons aussi beaucoup de temps à parler avec les jeunes pour connaître la raison d'un retard, d'une absence", ajoute Gaëlle Jaudeau, CPE (conseillère principale d'éducation). "L'équipe est aussi particulièrement stable et motivée, avec un turn-over de 25 % seulement, contre 40 à 50 % en moyenne en Seine-Saint-Denis", souligne Philippe Le Coz, le proviseur, qui ajoute : "Il y a une mémoire de ce qui marche ou pas."

Bientôt une journée des Talents

Petit à petit, tout est fait pour encourager et valoriser les élèves, afin qu'ils se montrent fiers d'appartenir au lycée. Les lauréats du brevet, du baccalauréat et du certificat de Cambridge (qui mesure le niveau en anglais) sont récompensés à l'occasion d'une cérémonie solennelle. "Une journée des Talents sera organisée cette année", ajoute la CPE.

Enfin, le jour de notre venue, les élections du CVL (conseil des délégués pour la vie lycéenne) ont été un énorme succès. "En 2012, seuls 97 élèves (sur 830) avaient voté. Cette année, ils étaient 350 !" nous explique Théophile, 18 ans, fraîchement élu. "Et la nouveauté, c'est que nous aurons un budget pour créer des clubs dans le cadre de la Maison des lycéens", ajoute-t-il enthousiaste.

La nouvelle équipe a d'autres projets qu'elle n'a pas tardé à soumettre au proviseur. "Les élèves veulent créer un tournoi sportif, une fête et… un bal", nous rapporte le proviseur avec le sourire. Pour le tournoi, ce sera sans doute possible, mais pour le reste… il faudra attendre encore un peu !

88 % de réussite au bac : 9 points de plus qu'attendu
En 2013, 88 % des candidats ont décroché leur bac pour un taux attendu de 79 %, soit une "valeur ajoutée" largement positive (+ 9). Un an avant, le taux de réussite d'Olympe-de-Gouges n'était que de 67 %, avec une valeur ajoutée de – 4. La valeur ajoutée, quand elle est positive, signifie que le lycée Olympe-de-Gouges a obtenu de meilleurs résultats, que ce que laissaient penser, statistiquement, le niveau, l'âge, et l'origine sociale des élèves.

L'établissement doit toutefois encore progresser dans sa capacité à garder ses élèves ainsi qu'en section L, où les résultats au bac sont bas par rapport aux autres séries (67 %, contre 92 % en ES et 94 % en S).