1. Comment je suis devenu gériatre
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Comment je suis devenu gériatre

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Matthieu Piccoli, 34 ans, a choisi une spécialité de médecine qui a besoin de bras : la gériatrie. // © Photo fournie par le témoin
Matthieu Piccoli, 34 ans, a choisi une spécialité de médecine qui a besoin de bras : la gériatrie. // © Photo fournie par le témoin

Attiré très tôt par la médecine, Matthieu Piccoli a découvert, après six ans d’études, une discipline méconnue : la gériatrie. Depuis, il s'attache au quotidien à soigner et améliorer la qualité de vie des personnes âgées.

Tenter de décrire sa journée-type serait peine perdue. Le quotidien de Matthieu Piccoli, 34 ans, est tout, sauf routinier. "La gériatrie (la médecine des personnes âgées) à l’hôpital exige de se réinventer tout le temps. Il y a toujours des surprises, des urgences, de nouvelles histoires", explique le médecin.

En revanche, Matthieu ne fonctionne pas en électron libre : autour de lui, il y a une équipe importante, composée d’infirmières, d’aide-soignantes, d’un psychomotricien, d’un ergothérapeute, d’un diététicien, et d’autres spécialistes de la santé. Une quinzaine de personnes en tout. "Le gériatre va être le facilitateur, celui qui met de l’huile dans les rouages. On n’est pas là uniquement pour les gens très malades ou en fin de vie, mais aussi pour améliorer la qualité de vie globale des personnes âgées", assène ce passionné.

Amoureux du latin et du grec

Très jeune, Matthieu a entretenu une proximité particulière avec les aînés. Avec ses grands-mères, dont il a pu observer, enfant, les problèmes liés à l’âge, mais aussi avec des personnes âgées croisées dans la rue. "Même quand elle était en EHPAD (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), j’ai continué à entretenir un lien très fort et à vivre de super moments avec l’une de mes grands-mères", affirme-t-il.

Test : Etes-vous fait pour des études de médecine ?

Elève curieux, amoureux des lettres et de la philo, avec un profil néanmoins scientifique, Matthieu est marqué par l’enseignement du grec et du latin dès le collège. "J’ai toujours aimé "aller chercher les choses en dehors de la boîte", comme on dit. L’approche de ces deux disciplines ouvrait le champ des possibles : histoire, politique, architecture, arts… tout y était", se souvient-il.

Le déclic à l'hôpital

Parce qu’il a eu très tôt envie d’aider les autres et de se tourner vers la médecine, Matthieu passe un bac S au lycée Jean-de-La-Fontaine, à Paris. Il excelle dans sa spécialité physique-chimie, grâce à un prof qu’il admire : "Il avait à cœur de démontrer les choses avec l’esprit scientifique et de partager son savoir ", raconte le médecin.

A la fac de Paris-Descartes qu’il vient d’intégrer, il rencontre quelques difficultés dans la prise de notes, vite oubliées grâce à la rencontre avec une nouvelle passion : l’éthique médicale, c’est-à-dire la réflexion sur les pratiques, qu’il décrit comme de la "philosophie appliquée" et dont il fera sa spécialité de master.

Peu avant, il a redoublé sa deuxième année de médecine. Externe en 2008, c’est-à-dire, à mi-temps à l’hôpital et le reste du temps en cours, il est en sixième et dernière année de tronc commun quand il découvre la gériatrie, à 25 ans. "Je suis à l’hôpital Corentin-Celton, à Issy-les-Moulineaux (92), pour trois mois de stage. Et là, c’est une claque ! J’avais fait ce choix au départ pour réviser toutes les spécialités de l’ECN (examen classant national). J’ai découvert une prise en charge globale de la personne, sur le plan médical, biologique, physique, mais aussi sur les aspects sociaux, et j’ai adoré la transmission de la part de ces personnes âgées qui nous racontent leur histoire", témoigne Matthieu. C’est le déclic.

Onze ans d'études

Placé en milieu de classement à l'ECN, il décide de rester à Paris pour faire de la gériatrie et devient interne. En trois ans, il enchaîne six stages hospitaliers, dont un an et demi en gériatrie. Son diplôme DESC gériatrie en poche, il affiche 11 ans d’études au compteur en 2016, et devient chef de clinique. En poste pendant deux ans à l’hôpital Broca, à Paris, rattaché à la fac de Descartes, il y enseigne également, tout en faisant de la recherche médicale.

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Simultanément, il se lance dans un DU (diplôme d'université) de soins palliatifs et accompagnement en gériatrie, à l'université Pierre-et-Marie-Curie, "parce que l’accompagnement en fin de vie fait partie de mon métier, et que, si on ne peut pas tout guérir, il existe un traitement et une prise en charge des maladies chroniques".

Une jeune spécialité

De nouveau en poste à l’hôpital Broca, cette fois en tant que praticien hospitalier contractuel, Matthieu est actuellement en CDD (contrat à durée déterminée) de six mois. Il poursuit en parallèle son activité d’enseignant. Surinvesti dans son travail, il ne sait toujours pas où il sera nommé, à l’issue de ce contrat. Pourtant, il ne doute à aucun moment de son choix et de sa vocation pour cette "jeune" discipline : la gériatrie a été reconnue en 2004 seulement comme spécialité à part entière en France et son DESC date de 2016.

"Oui, on ne compte pas ses heures. Oui, être confronté à la mort n’est pas simple. Oui, on peut être touché par des histoires qui vous prennent aux tripes. Mais cumuler à la fois empathie et haute technicité pour aider les gens à mieux vieillir, c’est aussi ce qui fait de nous des humains, non ?", conclut-il avec un sourire.

Matthieu Piccoli en 6 dates

12 avril 1985 : naissance à Paris
2011 : master d’éthique médicale et découverte de la gériatrie lors d’un stage
2011–2014 : obtient son DES de médecine générale
2015–2017 : devient chef de clinique
2016 : obtient un DESC de gériatrie
2017 : passe un DU de soins palliatifs et accompagnement en gériatrie

Quelle formation pour être gériatre ?

Depuis 2016, il existe un DES de gériatrie, en quatre ans, dans la trentaine de facs de médecine de France. On peut y accéder après les six premières années d’études de médecine générale en tronc commun. Tous les renseignements sur www.devenirgeriatre.org.
Salaires : 3.100 euros net mensuels dans le secteur public, 7.100 euros bruts en fin de carrière.
Entre 4.500 et 6.000 euros dans le privé.