La génération Covid-19 veut donner mais sans se perdre

Par Etienne Gless, publié le 14 Octobre 2021
11 min

Donner mais sans se perdre. A l'heure d'entrer sur le marché du travail, les étudiants et jeunes diplômés interrogés par Harris Interactive en partenariat avec L'Etudiant et Epoka veulent apporter leur savoir-faire et leur enthousiasme aux entreprises mais sans tout leur sacrifier. Portrait d’une génération d’étudiants et de diplômés marquée par la crise du Covid-19 qui sait s’adapter, veut s'investir mais sans renoncer à ses idéaux professionnels ni à un équilibre de vie.

La crise sanitaire laisse un goût amer à la génération qui s'apprête à rentrer dans la vie active : 65% des 5.500 étudiants et jeunes diplômés interrogés au printemps 2021 par Harris interactive en partenariat avec Epoka et L’Etudiant* jugent que les entreprises n’ont pas fait grand-chose pour eux dans le contexte de la crise sanitaire.

Certes une moitié estime quand même qu’elles ont été créatives et ont su s’adapter à la situation. Cette amertume s’explique par leur extrême difficulté à trouver un stage lors du premier semestre 2020. Mais le premier semestre 2021 porte encore les stigmates de la crise : activité économique au ralenti, baisse des offres de recrutement… Ainsi, 70% des jeunes placent encore au cœur de leurs préoccupations la difficulté à trouver un stage ou une alternance pour valider leur cursus d’études ou trouver un emploi à l’issue de ces dernières.

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Exercer un métier à fort impact premier critère de choix

Pour une partie non négligeable de jeunes (42% de ceux issus d’école d’ingénieurs, 52% d'écoles de management et 49% de l’université) la crise sanitaire a désormais modifié leurs critères de choix d’un employeur. Près de 41% des jeunes interrogés placent ainsi la recherche de sens et d'impact sur le monde comme premier critère de choix d'une entreprise. Exercer un métier à fort impact sur le monde et qui ait du sens pour soi, la société, le bien commun : le niveau d'exigence des jeunes envers le monde professionnel est très haut !

Et pour influer sur le cours des choses, les jeunes souhaitent d’abord travailler à la stratégie, dans la recherche, le développement, l’innovation ou encore le marketing. Ce sont les fonctions qui les attirent le plus pour leurs débuts professionnels.

Conseil, ingénierie, luxe et tech : les secteurs qui attirent

Le secteur du conseil attire toujours autant les jeunes diplômés. Il reste le secteur numéro un préféré à égalité (22% chacun) avec l’ingénierie. Mais le luxe (21%) ou les technologies (20%) les talonnent. Dans le top 5 des secteurs préférés également, celui des énergies, un secteur à forts enjeux actuellement. Dans le top 10, la banque (13%) et l’industrie (10%) ou l’automobile (10% aussi) tirent bien leur épingle du jeu.

Plus inattendu, des secteurs comme le divertissement et les médias (9% chacun), la grande consommation (8%) ne figurent pas dans le top 10 des secteurs les plus attirants. Quant aux télécoms (5%), à l’édition de logiciels (4%) ou aux entreprises de services numériques (4% aussi), ils arrivent assez loin dans les préférences des étudiants et jeunes diplômés. Pour ces secteurs qui faisaient rêver les promotions précédentes, la lune de miel n'aura pas lieu avec cette génération.

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Une grande entreprise pour démarrer sa carrière

Soif de grand large après 18 mois confinés dans l'Hexagone ? Près de 60% des étudiants et diplômés d’écoles d’ingénieurs et de management désirent commencer leur carrière dans une grande entreprise française bien implantée à l’international. Leurs camarades d’université sont un peu moins nombreux (50% tout de même). Une grande entreprise n’opérant qu’en France recueille moins leurs faveurs : 25% en moyenne presque à égalité avec les PME (23%).

Pour la stabilité de l'emploi, la fonction publique (d’Etat, territoriale ou hospitalière) attire surtout les étudiants et diplômés de l’université : 38% imaginent y faire leurs premiers pas professionnels contre seulement 10% des diplômés d’écoles de management. Enfin se mettre à son compte après ses études reste une option envisagée par 13% des jeunes interrogés. En période de crise c'est une voie d'insertion à ne pas négliger.

Des entreprises solides et souples à la fois

Les jeunes interrogés rêvent de rejoindre une entreprise solide financièrement et souple sur l'organisation du travail. Depuis la crise sanitaire, deux critères d’attractivité ont pris plus d’importance pour près des 2/3 des jeunes interrogés : d'abord la flexibilité des horaires de travail (64%) et les conditions proposées (63%). Ensuite la solidité financière de l’entreprise -et son corollaire la sécurité de l’emploi- sont aussi des critères scrutés de près avant de monter à bord. 77% souhaitent d’abord s’insérer dans des organisations solides financièrement.

Ceci explique sans doute la relative cote d‘amour dont jouissent de vieux fleurons industriels comme Michelin (classée 22e) ou la SNCF (classée 26e) nés à la fin du XIXe siècle ou dans la première partie du XXe ! Old is beautiful ?

Capacité d’adaptation, le meilleur atout bien avant la cote du diplôme

Toutes filières d’études confondues, les jeunes misent avant tout sur leurs propres ressources pour leur évolution professionnelle. Ils comptent d’abord sur leur capacité d’adaptation (57% d’entre eux). Leur polyvalence, leur enthousiasme, leur capacité d’analyse et d’initiative figurent aussi parmi leurs atouts maîtres.

Et la cote du diplôme ? Une majorité de jeunes ne la fait pas figurer dans le top 5 de leurs meilleurs atouts. Toutefois il faut distinguer selon les cursus suivis. Les ingénieurs font figurer la valeur de leur diplôme comme leur second meilleur atout. A l’inverse, les jeunes suivant un cursus d’études à l’université sont les moins nombreux à miser sur leur diplôme pour faire carrière. Est-ce le signe d'un complexe d'infériorité du côté des titulaires d'un diplôme universitaire ?

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Prêts à des concessions mais pas sur l’essentiel

Pour s’insérer rapidement sur le marché du travail, 2/3 des étudiants et jeunes diplômés estiment devoir aussi faire des concessions pour préserver les entreprises et les emplois quand la conjoncture est difficile. Quitte au besoin à revoir leur rémunération à la baisse pour décrocher un premier poste. Près de 66% des jeunes issus d’écoles d’ingénieurs, 65% de ceux issus d’écoles de management et 72% de ceux issus de l’université souscrivent à cette opinion.

Près de 8 jeunes sur 10 sont prêts à s’investir et travailler beaucoup pourvu de bosser sur des projets intéressants, d’être bien payé ou encore d’apprendre et de monter en compétences. Mais en contrepartie de toute cette énergie proposée l’entreprise doit aussi offrir des garanties.

Vidéos métiers de collaborateurs et sites de notation plébiscités

Pour s’informer sur une entreprise et entrer en contact direct avec des responsables, les jeunes plébiscitent le réseau social professionnel LinkedIn : 85% d’entre eux l’utilisent systématiquement ou souvent. L’usage régulier de YouTube, Instagram ou Facebook est très secondaire (moins d’un jeune sur 5).

Pourtant, l’immense majorité (93%) des jeunes interrogés confient regarder les vidéos produites par une entreprise pour se renseigner à son sujet. Ils apprécient d’abord les prises de parole des collaborateurs sur leur métier (48%) bien avant celle des dirigeants (9%).

Une majorité (50%) estime qu’une bonne communication de la marque employeur passe par une présentation de l’intérieur de l’entreprise. Et se doit de refléter la culture de l’entreprise, ses valeurs, son ADN. Ils se fient également aux sites de notation des employeurs mais estiment qu’il faut savoir prendre du recul sur les avis émis. Comme pour les avis des voyageurs sur Tripadvisor !

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Afficher la politique en matière de télétravail

Leçon de confinements successifs et d’études suivies en partie à distance, on ne reviendra pas en arrière sur le télétravail. Même les entreprises réticentes ont constaté que leurs salariés pouvaient gagner en productivité en travaillant depuis chez eux. Désormais pour renforcer leur attractivité auprès des jeunes, les entreprises devront demain mentionner dans leurs offres d’emploi leur politique en matière de télétravail.

Ce serait un plus pour 57% des étudiants et jeunes diplômés d’écoles d’ingénieurs, de 64% pour ceux d’écoles de management et 66% pour ceux de l’université. Certaines entreprises l'ont bien compris et mentionnent déjà pour faire la différence dans leur chasse aux jeunes talents.

Pour des recrutements plus simples, des offres de jobs plus transparentes

"J’ai dû passer cinq entretiens avec cinq responsables différents de l’entreprise et jamais le même jour. Et il a suffi qu’un dise non pour que je sois recalé", se désole Cyprien, 22 ans, apprenti ingénieur. La lourdeur des processus de recrutement dans les grosses entreprises rebute nombre de candidats qui leur reprochent une perte de temps et d’énergie. La moitié des jeunes plaide pour un processus "avec peu d‘entretiens ou des entretiens rapprochés pour aller plus vite".

Ils souhaitent aussi entrer rapidement dans le vif du sujet en rencontrant les managers opérationnels. Autres doléances : pouvoir accéder aux offres d’emploi du recruteur sans être systématiquement contraint de créer un compte ou de s’inscrire. Enfin, ils attendent des offres d’emploi qu’elles ne donnent pas une vision fausse de l’entreprise et mentionnent clairement rémunération et avantages.

* Le sondage mené par Harris interactive en partenariat avec Epoka et L’Etudiant au printemps 20201 a recueilli les réponses de 5.500 étudiants et jeunes diplômés de grandes écoles de commerce et d'ingénieurs, d'université, de BTS et BUT. Ce sondage s'intéresse au regard des jeunes sur les entreprises et leurs actions de communication et de recrutement à leur égard, mais aussi sur leur future place dans l'entreprise. Il est également la source pour la réalisation du classement 2021–2022 des entreprises préférées des étudiants et jeunes diplômés.

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