Énergie, le nucléaire en tête

Par Sylvie Lecherbonnier, publié le 01 Mai 2011
6 min

L’heure de la reprise a sonné pour les jeunes diplômés scientifiques ! Certaines entreprises parlent même déjà de difficultés de recrutement. Quels métiers sont particulièrement porteurs ? Si les ingénieurs et titulaires de masters sont toujours recherchés dans les secteurs traditionnels de l’industrie ou des transports, les mutations technologiques font apparaître de nouveaux besoins dans l’énergie, le BTP, l’informatique ou, plus original, la banque-assurance ou la santé… Zoom sur les fonctions en vogue dans chacun de ces domaines.

Si les énergies renouvelables sont synonymes d’avenir, le pétrole et surtout le nucléaire sont encore les énergies qui recrutent le plus. Besoins économiques et renouvellement des générations obligent. "À la direction production ingénierie, 40% de nos ingénieurs vont partir à la retraite sur la période 2008 - 2017. Nous sommes donc dans une phase active de recrutement pour les remplacer", prévient ainsi Philippe Petiot, chef de projet renouvellement des compétences à la direction production ingénierie d’EDF. Dans cette entreprise, 800 recrutements de jeunes ingénieurs sont prévus dans le nucléaire en 2011 contre une centaine pour les énergies renouvelables, en particulier l'énergie hydraulique. Du côté de Total, 500 cadres seront embauchés en 2011 dont 60% de cadres techniques.

Effet Fukushima ?

 
La catastrophe de Fukushima au Japon ne semble pas avoir eu d’incidences sur les recrutements dans le nucléaire en France. "Les profils sont rares pour cette énergie, constate Cristelle Jacq, coordinatrice recrutement chez Assystem, groupe d’ingénierie et de conseil en innovation. À l’international, Areva a stoppé quelques projets mais les centrales nucléaires sont nombreuses en France et très pourvoyeuses d’emplois."

Quelle que soit l’énergie (nucléaire, hydraulique ou thermique), Philippe Petiot cite 6 métiers en vogue à EDF : ingénieur d’exploitation pour conduire une centrale et manager une équipe ; ingénieur sûreté nucléaire pour vérifier les installations ; ingénieur d’études pour concevoir de nouvelles centrales et de nouvelles technologies ; ingénieur informatique pour gérer les systèmes d’information, ingénieur maintenance et ingénieur formateur. Ce dernier est en charge de former les collaborateurs de l’entreprise après avoir lui-même suivi un cursus.

Comme dans les autres secteurs, les fonctions d’études et de recherche-développement sont porteuses d’emploi pour trouver de nouveaux gisements, ou concevoir les systèmes énergétiques de demain.

Zoom sur le métier d’ingénieur en sûreté nucléaire
Luciana Rey, 28 ans, en poste à la centrale nucléaire du Blayais (Gironde)

"Les formations internes permettent à tout ingénieur de travailler dans le nucléaire"

Rigueur, discipline, capacité d’analyse… Quand Luciana évoque les qualités qu’il faut pour être ingénieur sûreté dans une centrale nucléaire, elle trouve que ce métier lui correspond. Arrivée début 2009 à la centrale du Blayais exploitée par EDF, Luciana n’a pas encore fini sa formation interne d’ingénieur sûreté. Fin juin 2011, elle passera devant un jury qui l’habilitera ou non dans sa fonction. Un cap important : une fois cette habilitation reçue, elle pourra effectuer seule des astreintes. "Tous les employés passent par des formation internes car les métiers du nucléaire sont très techniques, estime Luciana. Un dispositif qui permet à des ingénieurs généralistes comme moi de travailler dans le nucléaire." Diplômée de l’ENI (école nationale d’ingénieurs) de Metz en 2008, la jeune femme italo-Argentine avait en effet choisi une option sur l’environnement et la production d’énergie, lors de sa dernière année d’études.


Respecter les référentiels de sécurité
Entre les sessions de formation, Luciana apprend son métier en assistant des ingénieurs sûreté habilités. Ils sont 11 à la centrale du Blayais pour 1.200 personnes. Ces contrôleurs de la centrale sont chargés de vérifier que tous les personnels respectent les référentiels de sécurité. Des référentiels qu’ils doivent également remettre à jour régulièrement. "Dès qu’un opérateur se pose une question sur les règles à suivre, il fait appel à nous", assure Luciana. Son travail oscille ainsi entre des missions au sein de la salle de commandes et des installations, des réunions et des moments au bureau pendant lesquels elle remet à jour des documents.

Luciana apprécie ce métier transverse. "Nous sommes en contact avec les différents métiers de la centrale et nous travaillons en temps réel. 2 aspects qui permettent d’avoir une vision globale de l’installation nucléaire." Luciana attend désormais avec impatience sa 1ère astreinte, en tant qu’ingénieur sûreté habilité.

Sa rémunération : environ 32.000 € brut annuel



Zoom sur le métier de géophysicien
Céline Scheffer, 29 ans, en poste chez Total à Aberdeen (Ecosse)
"J’ai les moyens d’étudier des champs très variés et de voyager"

La vie réserve parfois bien des surprises. Pendant ses études, Céline Scheffer voulait à tout prix éviter de travailler dans l’industrie pétrolière en raison de l’image négative de cette énergie. Dans cet objectif, elle choisit en 2ème année à l’ENSG (école nationale supérieure de géologie) de Nancy de suivre le double diplôme avec l’EOST (école et observatoire des sciences de la terre) pour finalement intégrer le groupe Total dès son diplôme en poche en 2005… et s’y épanouir.

Interpréter des données sismisques
Intégrée au département de géosciences, la jeune femme a suivi pendant ses premières années de carrière "des projets à des stades très différents". Et enchaîné missions et affectations : 2 ans à Paris, 3 ans au Nigeria. Depuis 6 mois, Céline se retrouve en Écosse à Aberdeen. Son job ? "Je dois interpréter des données sismiques acquises par le biais d’une ‘échographie’ de la Terre pour savoir, selon les cas, s’il y a du pétrole ou du gaz à tel endroit, en quelle quantité et où précisément placer les puits", décrit la jeune femme. Pour ce faire, elle est toujours dans un bureau derrière d’immenses ordinateurs mais se doit d’être proche du terrain pour discuter avec les opérationnels, les géologues ou les ingénieurs réservoirs (chargés de modéliser la production).

Une passion
Attachée à l’aspect technique de son métier, Céline se dit passionnée par ce qu’elle fait. "J’ai les moyens de comprendre un milieu, d’étudier des champs très variés et de voyager", souligne la géophysicienne. Et s’enthousiasme : "tout ce qui était simple a déjà été exploré et produit. Il nous reste maintenant les terrains les plus compliqués à étudier". Un challenge que cette scientifique a hâte de relever.

Sa rémunération à l’embauche : environ 40.000 € brut annuel

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