1. Quel avenir pour les métiers du journalisme ?
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Quel avenir pour les métiers du journalisme ?

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Où en seront les métiers du journalisme dans cinq ans, quand vous arriverez sur le marché du travail ? Réponses et conseils de professionnels et de responsables de formation. 

christophe deloire

Christophe Deloire, directeur du CFJ (Centre de formation des journalistes), Paris.


Quels sont les métiers qui recruteront d’ici à cinq ans ?
 
"Les journalistes seront toujours indispensables à nos sociétés pour relater, certifier les faits et faire un travail d’investigation qui n’est pas à la portée des amateurs. Les professionnels qui se distingueront seront ceux qui seront capables de faire preuve de créativité, d’originalité dans le traitement de l’information et qui sauront développer un mode narratif intéressant, décalé, unique."

Comment se préparer dès maintenant ?
 
"Je ne pense pas que le passage par une école de journalisme soit indispensable pour faire ce métier. Ce qui l’est, en revanche, c’est avoir une envie de faire ce métier plus grande que celle des autres. Heureusement, les recrutements ne se font plus au piston : les rédactions n’ont pas les moyens de recruter des gens qui ne seraient pas motivés et très compétents. L’école est utile parce qu’elle permet de se constituer un réseau professionnel, de faire des stages intéressants, et, au Centre de formation des journalistes, d’avoir un CDD à l’obtention du diplôme, ce qui permet de mettre le pied à l’étrier."


Pierre Savary, directeur des études de l’ESJ (École supérieure de journalisme), Lille.


pierre savary, esj lilleQuels sont les métiers qui recruteront d’ici à cinq ans ?
 
"Les années à venir représentent un sérieux défi pour les entreprises de presse ; il est évident qu’un certain nombre de titres de presse écrite auront disparu dans 5 à 10 ans ; les télévisions locales, autrefois viviers d’emplois, ne le sont plus, et l’information sur le Web n’a toujours pas trouvé un modèle économique viable. Le délai entre la sortie de l’école et le moment où le jeune journaliste peut vivre de ses piges ou de ses CDD (contrats à durée déterminée) – je ne parle même pas de CDI (contrat à durée indéterminée) – est aujourd’hui supérieur à trois ans. Seule certitude : à l’avenir, un titre de presse comme Ouest France, par exemple, ne recrutera pas un simple journaliste rédacteur, mais quelqu’un capable d’écrire, de faire des photos et de tourner des reportages."

Comment se préparer dès maintenant ?
 
"Les concours d’entrée dans les écoles sont plutôt généralistes : on peut les réussir après avoir fait de l’histoire, du droit, de la sociologie, des sciences politiques ou même une école de commerce. Mais je dis toujours aux jeunes qui me questionnent sur les études à faire avant d’entrer dans une école de journalisme, qu’il faut absolument prévoir un plan B, c’est-à-dire des études qui pourront leur permettre de faire un autre métier, ou de poursuivre d’autres études, car les concours sont très sélectifs (40 places pour 900 candidats à l’École supérieure de journalisme de Lille), et l’insertion professionnelle délicate."


Éric Mettout, rédacteur en chef de Lexpress.fr et de Lire.fr.


eric mettoutQuels sont les métiers qui recruteront d’ici à cinq ans ?
 
"De nouveaux métiers vont apparaître avec le développement de l’information sur Internet : par exemple celui de journaliste spécialisé dans la gestion des communautés, capable de les animer, de les solliciter, de les canaliser, mais aussi d’en tirer de l'info."

Comment se préparer dès maintenant ?
 
"Je ne crois pas qu’il y aura des journalistes Web comme il y a des journalistes radio ou des journalistes télé : les techniques Web doivent plutôt se diffuser dans l’ensemble de la profession. Mais si les besoins en termes de pratiques professionnelles commencent à être identifiés, les formations sont encore à développer. Les jeunes que je recrute sont de vrais geeks, ils passent leur temps sur le Net, j’attends d’eux qu’ils maîtrisent tous les outils et les supports que sont les blogs, les réseaux sociaux, Twitter, comme on attendait autrefois des journalistes qu’ils lisent la presse écrite tous les jours."


franck papazian

Franck Papazian, directeur de l’IEJ (Institut européen de journalisme), Levallois-Perret.


Quels sont les métiers qui recruteront d’ici à cinq ans ?
 
"Il y a encore quelques années, les journalistes de presse écrite qui travaillaient ponctuellement à la télé, ou l’inverse, étaient l’exception ; demain ce sera une généralité. Déjà, les contrats de certains jeunes journalistes stipulent qu’ils devront travailler pour plusieurs supports différents, et pas pour un seul titre dans un seul type de média. Parce que le téléphone portable va devenir un support de diffusion de l’information, il faudra inventer les métiers du journalisme pour l’accompagner, ainsi qu’une nouvelle façon d’écrire, plus rapide, plus brève, plus factuelle."

Comment se préparer dès maintenant ?
 
"À l’avenir, je ne pense pas qu’il sera possible de devenir journaliste sans avoir suivi une formation professionnelle spécialisée. Déjà, les recruteurs attendent des jeunes une plus-value technique qui suppose d’avoir appris à enregistrer des sons, des vidéos, des images, en plus de la maîtrise des différentes écritures journalistiques."


Marianne Descamps, directrice du développement des ressources humaines, M6.


marianne descampsQuels sont les métiers qui recruteront d’ici à cinq ans ?
 
"Le monde des médias est très mouvant et pour cette raison, je suis bien incapable de vous dire quels seront les métiers qui recruteront le plus dans les années qui viennent ! En revanche, ce qui est sûr, c’est que plus les candidats aux métiers de journaliste disposeront de compétences, plus ils auront de chances de trouver du travail. À M6, nous recherchons plus particulièrement des gens qui ont une triqualification, c’est-à-dire des journalistes capables de tourner des sujets, de les monter, mais maîtrisant également les techniques rédactionnelles qui leur permettront de structurer un sujet, de rédiger leur commentaire et de l’enregistrer."

Comment se préparer dès maintenant ?
 
"Avant même de s’inquiéter du choix de leur formation, les jeunes doivent savoir que les métiers du journalisme, notamment en télévision, sont très physiques : il faut être réactif, savoir gérer son stress, être prêt à travailler le matin tôt, le week-end ou la nuit. La formation reçue, de préférence dans une école reconnue par la profession, est indispensable pour bien maîtriser les techniques rédactionnelles, qui sont aussi utiles en télé qu’en presse écrite. Il faut aussi être cultivé, curieux et incollable sur l’actualité."