1. Éditeur : “On voit plus de tableurs Excel que d’auteurs !”
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Éditeur : “On voit plus de tableurs Excel que d’auteurs !”

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Miquel Clemente devant la figure emblématique de sa maison d'édition : l'ornithorynque. // © Natacha Lefauconnier
Miquel Clemente devant la figure emblématique de sa maison d'édition : l'ornithorynque. // © Natacha Lefauconnier

C’est durant ses études en commerce international que Miquel Clemente croise le chemin de 6 Pieds Sous Terre, la maison d’édition spécialisée en BD qu’il dirige aujourd’hui. Il raconte son quotidien, entre tableaux Excel et festivals.

Sa première plongée dans le monde professionnel de la bande dessinée, Miquel Clemente l'a vécue lorsqu'il était étudiant. En parallèle de son cursus en école de commerce, il travaille dans une librairie de Montpellier (34) spécialisée en BD. “Cela m’a permis d’ouvrir mon champ de lecture : j’ai découvert l’ampleur de l’offre, que ce soit scénaristique, graphique, ou au niveau de l’objet lui-même…”

Ses débuts dans le métier

C’est au cours d’un stage chez un sérigraphe – la sérigraphie est une technique traditionnelle et artisanale d’impression en haute qualité –, qu’il croise pour la première fois la petite maison d’édition 6 Pieds Sous Terre, dont il a pris les commandes depuis lors.

Entre-temps, il a travaillé pendant 10 ans dans une agence de communication et dans la production audiovisuelle. “Durant cette période, j’ai collaboré avec des graphistes et des auteurs de chez 6 Pieds Sous Terre pour des travaux de comm’, se remémore Miquel Clemente. Plus tard, j’ai repris contact avec eux et je me suis lancé dans l’aventure de l’édition en tant que bénévole, les week-ends, avant de rejoindre l’équipe.”

La maison d’édition vient de fêter ses 20 ans. L’un des fondateurs, Jean-Philippe Garçon, est toujours à l’éditorial, tandis que Miquel Clemente s’occupe de toute la partie logistique, de la gestion et du suivi des auteurs, avec l’aide d’un salarié.

La journée d'un éditeur

Attention aux clichés sur le métier d’éditeur... “Je préviens toujours les stagiaires qui veulent venir dans notre maison d’édition : on voit très peu les auteurs !” met en garde le professionnel. “Ils travaillent chez eux, et nous échangeons par mail. Au mieux, je vois quelques planches à nettoyer, mais c’est rare.”

Miquel et Jean-Philippe commencent par discuter des choix éditoriaux pour les mois à venir. Parmi les projets qu’ils reçoivent, certains sont très avancés, d’autres sont constitués de quelques pages avec le pitch du reste de l’histoire. “Notre ligne éditoriale est difficile à définir, reconnaît Miquel Clemente. On exige du contenu et un environnement graphique original et abouti… Ce qui laisse un champ assez vaste ! On fonctionne beaucoup aux coups de cœur.”

Une fois les projets retenus, reste à déterminer à quel moment de l'année ils paraîtront. “Idéalement, il faut être présent à peu près tout le temps en librairie, pour faire exister nos auteurs et la maison d’édition. Mais on ne sort pas le même bouquin à Noël et au moment de la rentrée littéraire… Il faut donc tenir compte d’une stratégie commerciale et de la trésorerie dont on dispose”, explique Miquel Clemente.

Une partie du job consiste à communiquer et à se montrer. “C’est notre diffuseur-distributeur qui gère les relations avec les libraires, sauf pour tout ce qui est événementiel : dédicaces, rencontres, festivals…” La maison 6 Pieds Sous Terre participe à une douzaine de festivals par an. “Un festival, c’est un budget, du temps, de l’organisation, du personnel, du mobilier pour monter le stand… énumère l’éditeur. Quand tu es dans une petite structure indépendante, tu conduis le camion et tu portes les cartons !”

Les plus et les moins du métier

Ce qu’il préfère dans son métier ? “Défendre et monter des projets qui sans nous n’existeraient pas. Et la partie la plus difficile, c’est quand on sait qu’on a un super bouquin et qu’il ne décolle pas côté ventes.”

Le métier compte une part administrative : entre les demandes de subvention et la comptabilité, “le gros du boulot, ce sont des tableurs ! reconnaît Miquel. Je suis toujours étonné quand nos stagiaires issus de formations aux métiers du livre n’ont pas ce bagage administratif et comptable. Excel – ou un tableur Open Office – c’est pourtant la base !”

L'éditeur doit en effet savoir à tout moment combien d’exemplaires ont été vendus, combien sont en stock chez le diffuseur ou chez les libraires. “Cela permet notamment de prévoir les rééditions dans la production et de calculer les droits d’auteur”, complète le dirigeant de 6 Pieds.

Les qualités pour devenir éditeur de BD

Pour être éditeur – en plus de connaître les tableurs –, mieux vaut “être curieux de ce que font les autres, notamment à l’étranger, parce qu’on peut aussi faire des traductions”, conseille Miquel. Mais il n’est pas nécessaire d’être un dévoreur de BD. “Il faut s’y intéresser, bien sûr, mais sans oublier le théâtre, le cinéma, la littérature, la musique, l'art contemporain…”

Il faut connaître les différentes formes d’édition, les encres, les papiers… “Un des gros plus que l’on apporte en tant qu’éditeur, c'est la fabrication du livre, qui complète le projet d’auteur. Il faut que le livre valorise le contenu. Selon les albums, on choisit un dos rond cousu/collé, cartonné/toilé avec des pages sérigraphiées, avec des rabats, un papier plus épais, des encres dorées, des gaufrages… On discute des techniques avec l’imprimeur, parfois avec des sérigraphes ou des graveurs.”

Même si beaucoup d’échanges se font par mail, aimer le contact est un plus. “Pour défendre les livres, il faut quand même parler avec les gens dans les festivals, rencontrer les auteurs... et répondre à la presse !” 

Formations et débouchés
Pour devenir responsable d’édition, les parcours sont variés, mais, désormais, les jeunes diplômés arrivant sur le marché du travail sont titulaires d’un bac+5.
Voir la fiche métier “Responsable d'édition”.

Sommaire du dossier
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