1. Alexandre Le Cuziat, chef de mission humanitaire

Alexandre Le Cuziat, chef de mission humanitaire

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Alexandre Le Cuziat a rapidement tracé son chemin au sein de l’organisation ACF (Action contre la faim). Ce jeune homme de 28 ans est chef de mission au Zimbabwe. De passage à Paris au siège d’ACF, il nous raconte son parcours et son travail au quotidien.

Comment avez-vous débuté ?
C’est ma femme qui m’a amené à ce métier. Nous étions ensemble à Sciences po Lille et je me dirigeais plutôt vers une carrière dans le privé. J’ai poursuivi mes études à l’ESSEC en travaillant en alternance dans un groupe américain de produits de grande consommation. Quand ma femme a été embauchée par ACF dans la sécurité alimentaire, elle m’a fait découvrir cet univers et sa variété de métiers. Les problématiques, notamment celles liées aux relations internationales, m’ont intéressé. Vu mon profil, j’ai postulé chez ACF pour un poste d’administrateur et j’ai été engagé sur une mission de neuf mois au Darfour.

Comment cette première mission s’est-elle déroulée ?
Après une formation interne, je me suis retrouvé administrateur d’une base ACF au sud du Darfour. La mission consistait à gérer des programmes de nutrition et d’assainissement des eaux. J’étais chargé du suivi comptable des opérations. En plus de gérer la trésorerie, j’avais une activité financière de préparation des budgets et de ressources humaines, avec 500 employés locaux à gérer.

Est-ce cette première expérience qui a marqué le début de votre vocation ?
Oui. J’ai vraiment accroché avec le métier et il n’était plus question de repartir dans le privé. On m’a proposé d’enchaîner, toujours au Darfour, sur un contrat de six mois à un poste de coordination sur une région. Je travaillais sur la stratégie financière des programmes en cours, qui consistaient à fournir aux populations des moyens de redémarrer une activité agricole avec des graines, des outils, des forages d’eau… C’est à mon retour du Darfour, et après une pause de deux mois, qu’on m’a proposé un contrat de chef de mission au Zimbabwe.

En quoi votre mission au Zimbabwe consiste-t-elle ?
Dans ce pays qui plonge, ACF mène des actions de relance agricole pour permettre aux populations d’avoir accès à des semences, des engrais… Un second volet de la mission porte sur des programmes eau et assainissement. Mais depuis 2008, il faut faire face à une épidémie de choléra qui s’est développée sur l’ensemble du pays. J’identifie les urgen°©ces, je mets en place des plans d’action et je recherche des fonds auprès des bailleurs que sont les institutionnels européens, anglais, américains…

Concrètement, comment répondez-vous à l’urgence ?
À mesure que l’épidémie s’est développée, nous avons revu l’affectation de nos moyens. Les équipes déjà sur place pour mener des programmes "eau" ont été mobilisées. Par exemple, nous travaillons avec Médecins sans frontières pour leur assurer, dans leurs centres de soins du choléra, des réseaux d’eau propre. Il faut aussi déployer des ressources matérielles : louer des camions, acheter des voitures, trouver du matériel à distribuer et recruter des personnels. En un an, nous sommes passés de 50 à 120 employés locaux.

Qu’est-ce qui est le plus difficile à vivre dans ces situations d’urgence ?
Tout dépend du pays. Au Zimbabwe, il faut faire face à des pressions administratives dans un contexte de crise économique et d’instabilité politique. Plus généralement, le plus délicat dans la responsabilité d’un chef de mission est d’avoir la bonne analyse des risques, estimer jusqu’à quel point on envoie des équipes porter assistance aux plus vulnérables sans les mettre en danger. Dans des pays en guerre, c’est l’équation la plus difficile à résoudre.

Le travail humanitaire exige-t-il des qualités particulières ?
Il faut avoir conscience que l’on va aider les gens, mais que ce n’est pas simplement une aventure personnelle. Nos actions, souvent techniques comme la réparation d’un réseau, ne sont pas forcément "valorisantes" pour soi. Et on n’est pas toujours en contact direct avec la population. Ce n’est pas de l’humanitaire fantasmé avec un sac de riz sur le dos. Même en tant qu’infirmière, on peut se retrouver plus souvent à gérer des équipes qu’effectuer des soins. Par ailleurs, il faut avoir une ouverture sur le monde, mais pas simplement dans le sens d’aimer les autres. Il faut surtout les comprendre et savoir s’adapter, sans ethnocentrisme.

Quels conseils donneriez-vous à ceux et celles qui veulent "s’engager" dans l’humanitaire ?
Je leur dirais de ne pas se contenter de rêver ces métiers, de rencontrer les gens qui les exercent et de leur poser des questions. Mieux vaut aussi connaître les débouchés. Par exemple, même s’ils sont moins connus que les métiers médicaux, les métiers de la gestion, de la logistique et de l’administration sont très demandés. Avant de postuler, il faut juste avoir un diplôme cohérent avec le métier et, si possible, justifier de deux ans d’expérience en dehors de l’humanitaire.

Propos recueillis par Emmanuel Vaillant
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