Big Data : de nouveaux métiers pour une nouvelle économie

Par Céline Authemayou, Olivier Monod, publié le 15 Mars 2013
4 min

Phénomène de mode ou évolution technologique profonde ? Le Big Data est devenu en quelques mois une préoccupation majeure dans de nombreuses entreprises. Face à la profusion de données numériques produites à travers le monde, les besoins en compétences sont nombreux. Ils concernent la gestion de ces données, mais aussi l’analyse et la communication de ces informations. Autant de fonctions qui devraient largement recruter.

Distribution, télécoms, énergie, marketing, santé... les champs d'application du Big Data sont très vastes. La finance est le premier secteur à avoir compris l'importance des données, notamment pour limiter les risques de fraude. Mais aujourd'hui, le Big Data peut aussi, entre autres, être appliqué à la gestion d'une ville : des capteurs placés dans les rues permettent par exemple de réguler en temps réel les feux tricolores.

"Augmentation de la production, diminution des coûts de fabrication, génération de revenus, lutte contre la fraude... selon leur secteur d'activité, les entreprises attendent différentes retombées", constate Hammou Messatfa, responsable Europe solutions gestion du risque, secteur public chez IBM. Dans le secteur du commerce en ligne, le Big Data est même devenu le nerf de la guerre. Grâce à l'analyse des données, les professionnels peuvent cibler avec plus de finesse leurs clients et adapter ainsi les offres à leurs profils.

Nouveaux métiers, nouveaux profils

Avec l'apparition du phénomène Big Data, les besoins des entreprises ont évolué. Si auparavant, les métiers liés aux données étaient cantonnés aux directions informatiques, ce n'est plus le cas : les compétences deviennent transversales. Plusieurs fonctions sont apparues. C'est le cas du data scientist. Ce statisticien et informaticien est l'interface entre tous les métiers de l'entreprise. "C'est un profil très recherché, mais ouvert à des professionnels ayant derrière eux sept à dix années d'études", constate Lucile Hyon Le Gourrierec, à la tête du service Big Data d'IBM France. 

Data miner, chief data officer, les nouvelles fonctions fleurissent, et les métiers existants évoluent. Dans les grandes entreprises, mais pas seulement. "N'hésitez pas à vous tourner vers les petites ou moyennes structures, conseille Lucile Hyon Le Gourrierec. On considère qu'à partir de 100.000 clients, une entreprise peut réussir à faire des analyses de données intéressantes."

Les métiers "classiques" sont aussi concernés

Le phénomène Big Data n'impacte pas uniquement les fonctions de statisticien. Car qui dit multiplication du nombre de données, dit conséquences sur leur stockage, leur acheminement et leur sécurisation. Les fonctions concernées de près ou de loin par le sujet sont donc nombreuses. Elles concernent les profils d'administrateur réseau, d'ingénieur système, d'ingénieur sécurité informatique, d'assistant statisticien, ou encore de Web designer. Toute une économie se met en place autour de l'exploitation et de la compréhension des masses de données produites à l'ère numérique.

La double compétence valorisée

Face à ces nouveaux besoins, les formations s'adaptent et évoluent, notamment vers la double compétence. "C'est le cas du DUT STID (statistique et informatique décisionnelle), qui combine connaissances statistiques et compétences informatiques", note Jean-Michel Poggi, professeur à l'université Paris-Descartes. Les cursus dédiés aux statistiques, à l'image des écoles d'ingénieurs ENSAI et ENSAE, restent des valeurs sûres. "Les parcours doubles du type école d'ingénieurs/école de commerce sont très prisés, constate Lucile Hyon Le Gourrierec. L'Université a elle aussi sa carte à jouer : les entreprises apprécient la méthodologie et la rigueur acquises en particulier durant le doctorat."

Le Big Data est également ouvert aux niveaux bac+2 ou bac+3. "La moitié de nos étudiants en licence professionnelle ont déjà un contrat lorsqu'ils passent leur oral", témoigne François-Xavier Jollois, chef du département STID à l'université Paris-Descartes. Un constat que partage son collègue de l'IUT STID de Grenoble, Olivier Renault. "Nos étudiants acquièrent une compétence statistique chez nous. Ils poursuivent ensuite leurs études afin de se spécialiser dans un secteur d'application, que ce soit le marketing, la santé ou les systèmes d'information géographique." Les personnes aptes à comprendre l'informatique et les statistiques puis à les appliquer à un domaine particulier sont très recherchées.

Pour le moment, les entreprises sont ouvertes à des profils atypiques, mais des formations spécialisées vont voir le jour. Télécom ParisTech ouvre ainsi à la rentrée 2013 un mastère spécialisé Big Data.

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