1. L’amour des mots

L’amour des mots

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Carla BruniPourquoi avoir publié ce recueil ?

Après No promises, les éditions Naïve m’ont proposé de faire un recueil de poésies que j’aimais. J’avais lu environ 2 000 poèmes pour préparer cet album… ça m’a pris trois mois ! Je n’avais pas pu utiliser tous ceux que j’avais mis en musique. Sans parler de ceux que j’avais lus, relus et encore relus mais que je n’avais pas utilisés. Je les avais déjà marqués, annotés et aimés. Ce recueil est une suite logique, artistique à l’album. Ce n’est pas une suite commerciale.

Comment avez-vous choisi ces 50 poèmes ?

Je ne me serais pas permis de faire une vraie anthologie. Je ne suis pas assez cultivée pour cela. Il aurait fallu prendre des spécialistes, des poètes... Je les ai choisis au fil des pages. Avec une grande ignorance et un grand instinct. Il y avait cette part de découverte. Le choix des poèmes contenus dans ce recueil est complètement hasardeux et un peu amoureux.

William Butler Yeats, Wystan Hugh Auden, Emily Dickinson... Qu'est-ce qui vous a retenu chez ces auteurs en particulier ?

Les onze poèmes de l’album précisément. Et leur profond romantisme. Ce plaisir d’être triste. Un petit peu... Et puis, la nostalgie. Aujourd’hui, la nostalgie est vue comme une chose négative. Dans le romantisme, la nostalgie, la langueur, la tristesse étaient prépondérantes. C’était la matière de ces poètes. C’est un peu démodé, mais j’adore ça. À leur lecture, on ne peut pas échapper à cette solitude presque charmante et on ressent l’acceptation de cette solitude. Ces poèmes traitent également du sens de la vie, du temps qui passe, de la jeunesse perdue, de l’amour et de la mort. Des thèmes toujours d’actualité.

Justement, ce recueil vous révèle plus sombre…

Dans la vie, je suis quelqu’un de très gai. Pourtant, certains côtés de ma personnalité sont assez sombres. Quand j’écris, ils se diluent. Ils sont masqués par un peu de malice et une certaine habileté. J’arrive à rendre drôle une chanson sur la mort. Mais ça c’est moi ! C’est parce que je n’ose pas.

Vous n’osez pas parler de la mort ?

La mort m’inspire, m’aspire... Elle nous aspire tous, mais elle est effrayante. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut se plonger dans un thème comme celui-là. Il y a quelque chose de glacé dans la peur de la mort. Je ne suis ni poète ni née au XIXe siècle. Je ne vais pas au fin fond d’endroits aussi obscurs. Si je m’y aventure, c’est très dilué par l’époque dans laquelle je vis et par ma personnalité.

Les poèmes que vous avez mis en musique parlent pratiquement tous d’amour…

Musicalement, j’ai choisi les poèmes qui parlent d’amour. L’amour est un sentiment plus tendre à utiliser. Dans mon premier album, la Dernière Minute parlait de la mort. En y réfléchissant, c’est une chanson sur le contraire de la mort. Finalement, c’est plutôt une chanson sur la vie !

Votre musique canalise-t-elle le côté sombre que pourraient avoir vos paroles ?

La musique arrête les paroles. Quand je commence une chanson, les paroles et la musique viennent plus ou moins en même temps jusqu’au moment où la musique prend le pas sur les paroles qui n’ont plus qu’à suivre. Dans une chanson, la partie musicale apporte une certaine légèreté. En revanche, le poème est seul. Les paroles sont seules. Elles ont leur propre musique. Elles sont comme une pierre ou un bijou posé là. Il y a quelque chose de plus brutal.

Pourquoi avoir choisi des poètes anglais plutôt qu’italiens ?

Je connais moins bien la poésie italienne que la poésie anglaise ou française. C’est juste un hasard, un manque de matière. Mais j’aurais aimé, car j’adore chanter en italien. Un jour peut-être...

Bio express

1968 : naissance à Turin.
1987 : à 19 ans, Carla Bruni devient mannequin.
1994 : elle joue son propre rôle dans Prêt-à-porter de Robert Altman.
1999 : elle compose six chansons pour l’album Si j’étais elle de Julien Clerc.
5 novembre 2002 : sortie de Quelqu’un m’a dit, vendu à deux millions d’exemplaires.
15 janvier 2007 : sortie de No promises, second album de la miss.


Vous trouverez plus d’infos sur www.carlabruni.com.

Propos recueillis par Ludivine Coste