Charlotte Duda, DRH

publié le 23 Mai 2007
6 min

DRH : derrière ces initiales clairement identifiables se cache un métier aux réalités assez méconnues et souvent sujet à bien des idées reçues. Charlotte Duda en sait quelque chose. Psychologue clinicienne de formation, elle a passé quinze années dans le secteur social avant de prendre son premier poste de DRH, puis de rejoindre, en 1999, la filiale française de Stream International, entreprise de services spécialisés dans les hautes technologies.« C’est un métier de relations, mais dans un cadre prédéfini », souligne cette femme de 50 ans qui vient d’être réélue à la tête de l’Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel.

En quoi la fonction de DRH consiste-t-elle ?

Le DRH a la responsabilité de toutes les questions sociales d’une entreprise : de l’entrée à la sortie d’un collaborateur, en passant par la formation, le développement des compétences, la rémunération, la santé dans le cas d’activités professionnelles jugées dangereuses… On gère également les relations avec les partenaires sociaux : négociations collectives, comité d’entreprise, etc.

Le recrutement est le volet le plus connu du métier. Comment cela se passe-t-il ?

Recruter ne consiste pas simplement à sélectionner un candidat pour savoir s’il convient ou non à tel ou tel poste. L’essentiel est de rencontrer les équipes en place dans chaque service, pour comprendre leurs besoins et définir le profil recherché. C’est avant tout un travail d’anticipation. Par exemple, quand je recherche un cadre dirigeant, je m’adresse à des chasseurs de têtes après avoir tracé le profil type du candidat et le contexte dans lequel il va évoluer : le marché, la concurrence, les enjeux financiers, les équipes avec lesquels il va travailler. Côté candidat, il faut intégrer les attentes de carrière pour avoir les moyens de fidéliser les recrues.

La manière de recruter varie-t-elle selon les profils recherchés ?

Oui. Par exemple, avant d’embaucher de jeunes diplômés, nous travaillons avec les écoles pour identifier les viviers. Nous organisons des événements pour être attractifs : forums, salons, interventions dans les écoles… Accueillir des stagiaires est aussi une manière d’anticiper sur les recrutements.

Comment menez-vous un entretien d’embauche ?

Le recrutement n’est ni une science exacte ni une opération de séduction. Il faut donner envie à quelqu’un de venir travailler dans l’entreprise, tout en ayant une grille de lecture très concrète : compétences, expériences, potentiels… Je m’entoure de collaborateurs qui connaissent les métiers et la chaîne des relations dans l’entreprise. Le souci du recruteur est de sortir de l’impression subjective. Certes, il y a un feeling qui passe ou pas, mais je me méfie d’une approche trop psychologique.

Quelles sont les autres missions d’un DRH ?

C’est un métier très varié, ce qui le rend passionnant. Il y a notamment un travail en amont et en continu qui se fait avec les managers pour gérer les carrières et détecter les potentiels en interne. Avant de mettre en place des formations pour favoriser la mobilité, chaque manager est incité à identifier parmi ses collaborateurs ceux qui sont prêts à évoluer.

Et le travail de négociation avec les partenaires sociaux ?

Négocier les accords, répondre aux questions du comité d’entreprise…, c’est ce qui fait la vie collective de l’entreprise. Certains DRH considèrent que les relations avec les représentants du personnel sont un problème à gérer. Moi j’estime que c’est un partenariat à mener. Sans angélisme, à chaque fois que l’on travaille de façon ouverte et transparente, cela se passe bien. L’objectif est de convaincre, non pas grâce à un rapport de force, mais de conviction. Et la conviction, ça ne se décrète pas, ça se démontre.

Le DRH est aussi chargé de gérer des licenciements, voire des plans sociaux… Comment vivez-vous cette facette du métier ?

Un plan social ou un licenciement économique se vit toujours mal. C’est pourquoi on cherche à anticiper les difficultés. Et quand il faut licencier, le DRH va tenter de démontrer à la direction que des mesures d’accompagnement seront toujours moins coûteuses qu’un conflit social… Même si on travaille sur de l’immatériel, le fait de négocier de bons accords, d’avoir un recrutement efficace qui limite le turnover ou une politique de rémunération attractive qui diminue l’absentéisme, s’évalue aussi en termes de gains financiers.

Entre les salariés d’un côté, la direction de l’autre, votre position ne doit pas être très confortable…

C’est difficile et c’est ce qui rend le métier excitant. Nous sommes souvent dans une position de funambule. Il faut être en phase avec la direction sans être « béni oui-oui ». C’est un métier passionnant, mais de solitude. Le management a tendance à nous voir trop « prosalariés », et les salariés nous jugent « propatron ». Un DRH ne doit pas s’épancher en interne. Il lui est nécessaire de garder une certaine distance.

Les étudiants n’ont-ils pas une vision idéalisée du métier ?

Beaucoup disent en effet choisir ce métier pour le relationnel. Certes, c’est un métier de relations, mais dans un cadre prédéfini. Par ailleurs, une direction des ressources humaines n’est ni un service d’assistants sociaux ni un centre d’orientation professionnelle.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui vise ce métier ?

D’avoir un domaine de compétences fort : en politique salariale, en détection de potentiels, en droit… Car tout apprendre dans tous les domaines est difficile. Et puis, il faut être sur le terrain, c’est-à-dire au plus près des métiers, pour ne pas se retrouver dans une tour d’ivoire.

Son parcours

? 1956 : naissance à Briey (54).
? 1982 : diplômée d’un DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées, actuel master pro) en psychologie clinique (Paris 7).
? 1983 : diplômée d’un DEA (diplôme d’études supérieures approfondies, actuel master recherche) en psychanalyse (Paris 7).
? 1982-1989 : travaille dans le secteur social puis dirige un centre de formation de travailleurs sociaux.
? 1989 : premier poste de DRH, chez DEC.
? 1999 : DRH de Stream International.
? 2004 : élue présidente de l’ANDCP (Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel).

Articles les plus lus

A la Une portraits métiers

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !