Comment je suis devenu chef de projet digital vidéo dans une maison de disques

Par Nathalie Helal, publié le 17 Avril 2019
8 min

Bercé depuis l’enfance par la musique, Cédric, passionné de graphisme et de vidéo, quasi autodidacte, a réussi à intégrer un poste convoité pour la promotion des artistes dans une maison de disques internationale.

Ce dimanche matin, Cédric Passinay revient tout juste d’une tournée en province où il a accompagné et filmé l'un des artistes "maison" les plus populaires du moment. Depuis septembre 2018, il enchaîne les missions du même genre, sans jamais se lasser. "Il ne faut pas compter ses heures et savoir gérer les imprévus, qui sont nombreux dans ce métier", sourit-il.
À 29 ans, avant d’être recruté en CDI (contrat à durée indéterminée) par une grande maison de disques, Cédric a travaillé durant plus de cinq ans pour une radio musicale. Par un concours de circonstances, l’univers de la radio et de la musique lui étaient déjà familiers.

Une enfance rythmée par la musique

Né à Saint-Pierre de la Réunion, Cédric a connu une enfance particulière, avec un grand-père propriétaire de l’une des discothèques les plus réputées de l’île, le Star Club. Tout petit, il prend l’habitude de descendre dans la boîte à ses côtés, fasciné par les artistes et les groupes tendance qui s’y produisent. Mais ce n'est pas tout. "Mon grand-père avait aussi créé, avec ses fonds propres, une radio locale appelée Radio star, où mon père travaillait à la fois comme animateur et DJ. On y diffusait la programmation de la boîte, tous les week-ends, à partir de 22 heures. C’était vraiment une affaire familiale", raconte Cédric. Les vinyles, les cassettes de chansons qu’il enregistre puis les CD qu’il grave font partie intégrante de son univers.

Baisse de régime

Bon élément, il est élève depuis la 6e au collège et lycée Saint-Charles, où il excelle dans toutes les matières. L’histoire, les textes classiques, les sciences et en particulier, la volcanologie – le Piton de la Fournaise voisin fournissant un champ d’observation idéal -, le passionnent.

En 4e, les choses se gâtent : son grand-père vient de mourir, la discothèque est fermée et Cédric se morfond à l’école. Ses notes baissent, il passe d’excellent à élève moyen. Plus turbulent, il enchaîne sur ses années-lycée, avec une première et une terminale ES. Il consacre la plus grande partie de ses cours à la pratique du dessin et des graffiti, quasiment sans se cacher de ses professeurs qu’il n’écoute pas. "Mon dossier d’admission postbac était plombé par de mauvaises appréciations de mes profs, sauf de ma prof principale, qui m’avait cerné et me protégeait. Mais, ni ses encouragements, ni mon bac obtenu avec mention ne m’ont permis d’être admis là où j’avais postulé !", se souvient-il.

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La vidéo sur YouTube qui change tout

L’issue viendra d’un concours passé un peu avant le bac pour intégrer l’école Sup de Pub, en métropole, basé sur un partenariat entre La Réunion et le groupe INSEEC. Les aides régionales pour le voyage et les frais de scolarité sont les bienvenues. Cédric complètera le tout avec un prêt étudiant. Installé à Paris, tout près de son école, il suit pendant deux ans les cours, sans conviction : la théorie l’ennuie, il a envie de concret.

À force de bricoler sur Illustrator et Photoshop et de tourner des petites vidéos, il devient, en parallèle de ses cours, graphiste et vidéaste free-lance. Une rencontre improbable avec les créateurs d’une marque de vêtements streetwear réunionnaise, basée à Paris, fait basculer son destin. "Coqlakour faisait promotionner ses vêtements par des artistes en concert. J’y suis allé, j’ai filmé, j'ai fait un montage et j'ai posté le tout sur YouTube. Ma vidéo a été repérée, j’ai rencontré les boss. Quelques mois après, je faisais pour eux le montage d’un clip musical. Je m’éclatais et je n’allais presque plus en cours, mais j’ai quand même décroché mon BTS [brevet de technicien supérieur] sans problème !", avoue-t-il. Cédric enchaîne avec une formation en alternance dans une nouvelle école en arts numériques, histoire de rassurer ses parents et de décrocher une licence. Très vite déçu par le cursus, il décroche et s’investit toujours plus avec la marque qui lui fait confiance.

Du son à l’image, il n’y a qu’un pas

Au même moment, sa famille décide d’acheter la franchise Fun Radio pour la Réunion. Cédric est chargé de rencontrer les équipes parisiennes pour aider son père à se lancer. L’expérience est fructueuse : quelques mois après avoir livré un site Internet pour le lancement de la marque Fun Radio Espagne, il est contacté par le directeur des programmes. "Il cherchait un réalisateur d’émissions, mais avec un profil de graphiste pour sortir des images, raconte-t-il. Au culot, je lui ai demandé de me laisser un week-end en formation avec un réalisateur, en lui promettant d’être opérationnel dès le lundi matin. C’est ce qui s’est passé. J’ai passé deux nuits blanches, et j’ai eu le job !"

En tout, il y passera cinq ans, d’abord en tant que réalisateur, puis graphiste pour l’antenne, vidéaste et enfin chef de projet digital, c’est-à-dire celui qui fait le lien entre l’antenne et le service digital du groupe RTL. Repéré par la maison de disques où il évolue actuellement, Cédric, "débrouillard et toujours à l’affût de tout ce qui se passe", comme il se définit lui-même, adore la polyvalence de son métier : "Créer des vidéos pour promouvoir les artistes et créer du contenu vidéo original pour diffuser sur des plates-formes de streaming vidéo, tout en développant et en monétisant l’audience, voilà ce que je fais au quotidien. Être autonome, être libre de créer et d’agir, sans jamais faire deux fois la même chose, cela secoue et me passionne !"

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