Comment je suis devenu chef de zone export

Par Nathalie Helal, publié le 10 Avril 2019
7 min

Après cinq années d’études commerciales, qui l’ont fait voyager du Liban à la Chine, Pierre, 24 ans, a été embauché dans l’entreprise qui l’avait accueilli pour son premier contrat en alternance. Il gère aujourd’hui une zone géographique qui s’étend sur 15 pays.

Pierre Hirsch, 24 ans, vient tout juste de rentrer d’une "tournée" commerciale de dix jours en Scandinavie. En télétravail aujourd’hui, il a consacré sa matinée et son début d’après-midi à suivre les commandes et à analyser les contrats en cours. Son portefeuille, riche d’une bonne cinquantaine de clients répartis sur 15 pays, est composé d’une majorité d’importateurs et de supermarchés. Interval, son entreprise, est une PME (petite et moyenne entreprise) française qui représente une douzaine de laiteries et de coopératives, dont la plupart sont médaillées pour l’excellence des fromages qu’elles produisent. "J’aime le produit que je vends et j’apprécie énormément la manière dont l’entreprise gère ses employés, c’est-à-dire avec une dimension humaine", affirme-t-il.

Le métier de footballeur-banquier comme objectif

Pierre a grandi à Chaville (92) et a connu une scolarité sans histoires. Bon en langues, moyen en maths, plutôt littéraire, il a suivi un cursus de classe bilingue français-allemand dès le collège. Néanmoins, c’est en série ES qu’il atterrit. "J’aimais tout ce qui était concret, je m’intéressais à tout, mais mon attirance pour telle ou telle matière dépendait surtout de mes profs", raconte celui qui envisageait d’être "footballeur-banquier" à l’adolescence.

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Un an et demi à l'étranger : l'appât

Durant son année de terminale, le lycéen passe plusieurs concours, comme Sésame, qui donne accès à plusieurs écoles de management postbac et celui de l’EBS (European Business School de Paris). Son bac en poche, c’est dans cette dernière qu’il choisit finalement d’étudier : l’idée d’une année et demie (sur un cursus de cinq ans au total) à l’étranger est irrésistible ! Et naturellement, il se tourne vers le master en affaires internationales. Au menu : de la sociologie des entreprises, de la comptabilité et un bon nombre de matières économiques, dont les cours sont dispensés en anglais. "Il y avait aussi pas mal de travaux de groupe, de présentation de projets. On nous faisait travailler avec des gens de toute la promo et c’était bien : cela permettait de se mettre en condition, de nous préparer à la vraie vie active", résume Pierre.

À 24 ans, Pierre Hirsch, chef de zone export, a déjà voyagé du Liban à la Chine pour vendre des fromages français.
À 24 ans, Pierre Hirsch, chef de zone export, a déjà voyagé du Liban à la Chine pour vendre des fromages français. // © Photo fournie par le témoin

Six mois au Liban

Ses bons résultats obtenus en première année lui permettent de partir dès le second semestre de la deuxième année : une opportunité qu’il vit comme un cadeau.
"Je n’avais aucune envie d’aller dans des grandes métropoles comme New York ou Londres. Grâce à des amis de mes parents, je suis parti six mois au Liban, comme chargé d’affaires. J’étais à vingt-cinq minutes de Beyrouth, dans une petite entreprise d’import-export de pièces détachées pour l’alimentation du bétail. J’étais peu payé, mais nourri et logé par mon boss. J’ai gardé de ce séjour une passion pour ce pays, pour la générosité et l’hospitalité de ses habitants", souligne-t-il.

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La Chine, plus festive que l'Allemagne

À peine rentré en France, il repart, direction l’Allemagne cette fois, dans le cadre d’un échange Erasmus. À l’université d’Elmshorn, près d’Hambourg, les cours sont tous en allemand, et il peine à suivre. La rigueur lui pèse… Cinq mois plus tard, il décide de poursuivre le second semestre de sa troisième année d’école en Chine, un pays dont le dynamisme le fascine. "J’étais en coloc internationale, dans un grand appart, avec des gens super sympas, venus des quatre coins du monde. On faisait beaucoup la fête, c’était tout le contraire de l’université allemande où on bossait énormément. Je me souviens de profs qui s’endormaient parfois pendant nos présentations PowerPoint. Surréaliste !", s’amuse-t-il.

Des petits marchés pour commencer

Durant son séjour à Shanghai, il s’évertue à dénicher une entreprise capable de l’accepter en alternance pour son master en affaires internationales. "J’ai envoyé une tonne de CV et de lettres de motivation. J’ai eu la chance de tomber sur mon entreprise actuelle, la seule à m’avoir répondu", se réjouit Pierre.

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Dès le mois d’août 2015, il débute comme assistant-chef de zone export, en contrat d’alternance d’un an. On lui confie d’abord de petits marchés : Europe de l’Est, Irlande, Grèce… Peu à peu, il devient autonome et récupère le Liban ainsi que le Moyen-Orient, puis l’Italie.

De l'alternance au CDI

Deux ans plus tard, en même temps que grossit son portefeuille de clients, il décroche son diplôme. Son entreprise lui propose alors un CDI (contrat à durée indéterminée) de chef de zone. À l’aise avec son équipe, "jeune, dynamique et sympa", Pierre n’hésite pas une seconde. Très souvent sur les routes ou entre deux avions, il a à cœur de suivre au plus près chacun de ses clients, de façon à rendre des comptes à la fois à ses supérieurs et aux différentes laiteries représentées par le groupe. "Si on n’a pas d’appétence pour le voyage, si on ne parle pas bien anglais, voire une ou deux autres langues, c’est mort ! Et contrairement aux apparences, il faut être carré et rigoureux, avec un net penchant pour l’autonomie."

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