Comment je suis devenu fabricant de vêtements recyclés

Par Nathalie Helal, publié le 12 Septembre 2019
7 min

La fibre artistique de Clément, conjuguée à sa passion pour les sports de glisse, l’ont conduit à lancer à 26 ans une marque écolo et tendance de vêtements.

9 heures, dans les bureaux de la marque Hopaal, récemment installée à Anglet dans les Pyrénées-Atlantiques. Clément, l’un des deux fondateurs de l’entreprise, se dirige vers le bureau de la styliste maison. Avec son associé, ils choisissent les matières qui composeront les prochaines créations et sélectionnent les partenaires adéquats, puis déterminent le calendrier pour communiquer sur les nouveaux produits.
Aujourd’hui, Clément doit se rendre sur l’un des 30 sites de production, tous dispatchés sur le territoire. Mais son activité principale est d’assurer le lien entre la partie production et la partie communication. A 18 heures, sa journée s’arrête. Il en profite pour se livrer à son sport préféré, le surf !

L’impulsion des sports de plein air

"Le sport et les activités de plein air font partie intégrante de ma vie", déclare Clément. Une année en collège sport-études à Valence (26), où il grandit, le conforte dans sa passion. Malgré tout, les copains lui manquent et il les rejoint en revenant à un cursus classique, au collège et lycée Emile Loubet, puis au lycée Camille Vernet de Valence.
L’adolescent a des facilités dans toutes les matières. Il est attiré par l’histoire de l’art, mais se contente d’assurer le "service minimum". La terminale S le conduit à un bac mention assez bien, pas à une vocation.
"J’ai décidé d’intégrer une prépa HEC, celle du lycée Saint-Just à Lyon (69), pour me donner le temps de choisir. Je pensais me faire admettre dans une école de management à Grenoble (38), pour faire régulièrement du ski !", raconte le jeune entrepreneur.

Lire aussi

La stratégie d’entreprise en fil rouge

Quelques dixièmes de points manquants vont en décider autrement : c’est dans le sud de la France, à l’école Toulouse Business School (TBS) qu’il atterrit en 2013.
Comptabilité, statistiques, droit, macro et micro-économie, management, négociation et langues constituent le tronc commun de la 1ère année. S’ensuit un stage de 6 mois dans un fond d’investissement parisien, "un peu trop rigide à mon goût", précise Clément, pas vraiment fan du "costard-cravate".
Après les 6 mois de spécialisation de sa 2ème année, il s’inscrit, toujours au sein de son école toulousaine, dans une majeure, entreprenariat et stratégie d’entreprise. Entretemps, il a identifié ce qui lui tient vraiment à cœur : "j’aimais le ski et le surf. J’ai réfléchi et j’ai trouvé le point commun entre les deux : le textile technique", explique-t-il.

Le textile recyclé en guise de fibre entrepreneuriale

Après avoir écumé la liste des formations possibles, il en déniche une, adaptée à ses besoins, à l’IUT d’Annecy (74). Il postule, est retenu, et s’arrange avec son école pour suivre les cours dans la ville savoyarde en 2015–2016, durant son année de césure. "Pour me familiariser avec l’univers du textile, rien de tel que l’Inde ! Je suis parti en stage à Bengalore, dans une entreprise de confection. J’ai adoré et j’y ai noué des contacts essentiels pour mon futur projet".

A TBS, Clément a fait la connaissance de son futur associé, Mathieu. Ensemble, ils ont décidé de monter une marque de vêtements à l’impact environnemental irréprochable : Hopaal naît en avril 2016, avec une particularité : des fibres recyclées, récupérées dans les chutes de production des ateliers indiens, composent l’ensemble de ses modèles. "Grâce à la plate-forme Kisskissbankbank, on a obtenu pour plus de 22.000 euros de tee-shirts en pré-commande. Notre idée était de nous lancer dans un produit simple, pas trop technique pour commencer, mais avec une valeur ajoutée écolo. On a tout de suite lancé la production en Inde", précise Clément.

Lire aussi

Recyclé et "made in France"

Mais l’envie de produire du "made in France" pousse les deux associés à rapatrier la gamme en France. Aidé par des prêts bancaires et des prêts d’honneur, pour un total de 130.000 euros, Clément cherche activement des filatures, des tisserands, des ateliers de confections et des fournisseurs divers dans l’hexagone. La difficulté est, bien entendu, de veiller à ce que tous soient spécialistes du recyclage. "Cela implique un coût certain, mais c’est autant un choix qu’un engagement et une valorisation de notre marque", constate Clément.

Bientôt, la chaîne de fabrication se dessine, et la gamme Hopaal s’agrandit. En 2018, Clément et Mathieu ont recruté une styliste, un chargé de com et deux stagiaires. Aujourd’hui, forte de 60 références, dont une veste mixte, certifiée "Origine France Garantie", fierté de la marque, l’enseigne est basée à Biarritz où elle s’est dotée d’une boutique. Proche des surfeurs dans lesquels elle puise son ADN, mais aussi tout en haut de la vague anti-gaspi.

Articles les plus lus

A la Une portraits métiers

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !