1. Comment je suis devenu steward
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Comment je suis devenu steward

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Lors d'un vol, le travail de Bababar, steward, est très méticuleux. // © Photo fournie par le témoin
Lors d'un vol, le travail de Bababar, steward, est très méticuleux. // © Photo fournie par le témoin

En quelques années à peine, et grâce à l’alternance, Babacar, 27 ans, est passé du nettoyage des avions à la concrétisation de son rêve : voler revêtu de l’uniforme des stewards d’Air France.

10 h 30, Cité PNC (Personnel navigant commercial) d’Air France, à Roissy. Babacar se rend au briefing obligatoire avant le décollage, qui aura lieu 1 h 30 plus tard : sécurité du vol, particularités de l’avion et de la destination et l'emplacement de chacun des membres du staff dans l’appareil, sont les points essentiels évoqués en présence des chefs de cabine. S’ensuit une reconnaissance de l’avion et de l’ensemble de ses items de sécurité, un contrôle minutieux des PA (les interphones de bord), ainsi qu’un compte-rendu aux chefs de cabine. "En réalité, je suis toujours sur place au minimum 3 heures avant", explique Babacar. "Il y a un adage dans notre métier qui dit qu’un PNC qui arrive à l’heure est en retard !", sourit-il.

Du nettoyage des appareils…

À 27 ans, le jeune homme, qui a rejoint il y a deux ans seulement les bancs de la prestigieuse compagnie, est littéralement habité par sa mission. "À bord, notre premier devoir, c’est la sécurité. Et la sécurité, cela implique aussi de tendre l’oreille aux bruits suspects, de détecter des odeurs inhabituelles, bref, d’être en état de vigilance extrême. Dans l’absolu, on doit même être en mesure d’analyser l’état émotionnel de nos passagers, au moment où ils embarquent, et garder un œil sur eux même après l’atterrissage, par exemple au moment de l’ouverture des coffres à bagages", précise-t-il.
Ces procédures méticuleuses et cette attention exacerbée à ses clients, propres à Air France, Babacar en rêvait depuis le moment où il a posé pour la première fois le pied dans un appareil : "mon premier contact avec les avions, et le métier de steward, s’est fait 'de l’autre côté du miroir' : je venais de décrocher mon bac pro hôtellerie-restauration, et je me suis fait embaucher durant l’été chez GSF Aéro, une entreprise de nettoyage des avions".

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… à la cabine

Une expérience qui lui donne l’idée de postuler pour des missions d’intérim aux wagons-bars, sur les conseils d’un steward. "J’ai ainsi mis de l’argent de côté et j’ai suivi le CCA (Cabin Crew Attestation), une formation préliminaire au métier de PNC, permettant de postuler auprès des compagnies aériennes durant six semaines, à l’Aeroschool de Nanterre mas j’avais un handicap : je ne savais pas nager, or le brevet de natation 50 mètres nage libre est obligatoire. J’ai dû passer trois mois à m’entraîner comme un fou à la piscine", confesse Babacar.

Des tests intensifs et permanents

L'environnement aérien, les départs de feux, la météo, les procédures en cas d’évacuation, le secourisme ou encore des cours d'anglais sont au programme de la formation privée, qui débouche sur des tests théoriques et pratiques. "C’est très dur et très intense. On passe devant d’anciens navigants, ou des navigants encore en activité", détaille le jeune homme de 27 ans. Son anglais étant insuffisant, Babacar décide de partir pour Londres, où il intègre le Sofitel Saint-James comme commis de restaurant.

Un peu moins d’un an plus tard, il intègre la compagnie Corsair, avec le statut de PCB (Personnel complémentaire de bord) où les tâches sécuritaires à bord de l'avion ne lui sont pas demandées, il doit juste assurer le service. Après un CDD de deux mois et demi, il décide de passer les sélections d’Air France. Il a bien choisi son moment : l’entreprise, qui privilégiait les recrutements en interne depuis 2008, s’ouvre à l’embauche externe.
Des tests d’anglais, psychotechniques et des tests de groupe ainsi que des jeux de rôles destinés à apprécier la gestion des problématiques internes et du rapport aux autres membres de l’équipage jalonnent les journées de sélections.

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Quand alternance rime avec "chance"

"Si on franchit les tests sans encombre, l’étape finale est un entretien face à un recruteur. Cela a été mon cas, et en janvier 2017, je suis rentré chez Air France en alternance, en signant un contrat d’apprentissage".
Trois fois deux semaines de formation rémunérée, réparties sur une année, à l’AFMAE de Roissy, constituent l’aboutissement du rêve de Babacar. "À la fin de cette formation, il y a un test, ainsi qu’une évaluation à bord, en réel et en fictif et au cours de l'année, on vole une fois par mois avec un tuteur différent à chaque fois, pour professionnaliser notre parcours. À la fin, un instructeur fait une synthèse de l’ensemble des vols, et envoie son rapport à un jury", souligne -t-il.
Depuis, Babacar a fait du chemin : embauché en CDI à Air France, il fait désormais partie des 14.400 PNC de la compagnie. Épanoui et heureux, mais réfléchi et professionnel avant tout, le jeune homme célèbre aussi une victoire sur ses origines modestes et des débuts plus laborieux que d’autres. Une façon de déployer ses ailes, au propre comme au figuré.

Babacar Diouf en 6 dates
30 juillet 1992 : Naissance à Laval (Mayenne)
Juillet 2011 : Bac pro hôtellerie-restauration
Juillet-août 2011 : Job d’étudiant à GSF Aéro
Décembre 2013 : Inscription à l’Aéro School de Nanterre
Juin 2016 : Intègre Corsair en tant que PCB
Septembre 2018 : Il est embauché en CDI à Air France

Formation :
Après le bac, et avec un anglais courant (plus une seconde langue si possible), il y a une condition indispensable : le CCA (Cabin Crew Attestation), un certificat reconnu par les compagnies aériennes, dispensé par différents organismes de formation privés. Ce document est indispensable pour passer les tests d’entrée dans les compagnies visées. Attention, il faut être âgé de 18 ans minimum et être ressortissant de l’Union européenne.
À noter qu'il y a des possibles évolutions de carrière, comme par exemple : chef de cabine et chef de cabine principal avec l'admissibilité à passer les sélections chef de cabine après huit ans d’ancienneté dans la fonction actuelle.

Salaire :
1.800 euros nets mensuels pour le salaire de base. Il est variable en fonction de l’activité mensuelle, tout particulièrement sur les vols long-courriers.