1. Comment je suis devenue ingénieure hydraulicienne
Portrait

Comment je suis devenue ingénieure hydraulicienne

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C'est notamment grâce à un film de Al Gore, l'ancien vice-président des États-Unis (1993 à 2001), que Constance a trouvé sa voie. // © Photo fournie par le témoin
C'est notamment grâce à un film de Al Gore, l'ancien vice-président des États-Unis (1993 à 2001), que Constance a trouvé sa voie. // © Photo fournie par le témoin

À 26 ans, Constance exerce un métier peu commun, surtout pour une femme, elle est ingénieure hydraulicienne. Un choix motivé par la passion des sciences et une sensibilité aigüe aux enjeux environnementaux.

8 heures, dans les bureaux d’Artelia, numéro deux français de l’ingénierie, à Pau (64). Constance rejoint son poste, au pôle fluvial, au sein d’une équipe composée de quatre autres ingénieurs et de deux techniciens. "Ma mission : étudier les cours d’eau et gérer les eaux pluviales, en résumé, tout ce qui est causé par des intempéries !".

Les problématiques de ses clients, des communautés de communes ou des entreprises privées, sont le point de départ de ses "diagnostics". "Je me rends sur place pour localiser les endroits précis où sont concentrés les débordements, je prends des photos, et j’identifie les 'laisses de crues', pour savoir jusqu’où l’eau est montée. De retour au bureau, je réalise, grâce à un logiciel spécifique, des cartographies des zones inondables", explique Constance. Rigueur, sens de l’observation et précision extrême sont les atouts de son métier, qu’elle exerce avec passion depuis deux ans.

Les maths et les sciences comme passe-temps

Trouver sa voie n’a pas été une mince affaire. Élève studieuse et brillante au collège Jean Monnet à Feucherolles (78), elle n’a aucune idée précise de son avenir professionnel. Fille de militaire, elle est rodée aux déménagements fréquents et s’acclimate sans problème à son nouvel établissement, le lycée René Cassin de Bayonne (64), où elle entre en seconde. Les mathématiques et les sciences ? Un jeu d’enfant qui la conduit tout droit en première, puis terminale scientifique avec l'option spécialité mathématiques.

Son bac en poche, assorti de la mention très bien, la jeune fille, qui n’a aucune passion, "excepté le sport et les matières scientifiques", procède par élimination : "J’ai pensé à la médecine du sport, puis au métier de vétérinaire. Mais il y avait de la géologie dans la prépa de la filière SVT-Biologie, une matière que je déteste, donc, j’ai renoncé ! J’ai opté pour la facilité, en intégrant la prépa en deux ans physique-chimie de mon lycée".

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Un film signé Al Gore comme déclic

En dépit d’un parcours fluide et de brillants résultats, Constance redouble sa deuxième année. "N’ayant pas eu l’école souhaitée, Phelma à Grenoble (38) dans le domaine du génie biomédical, j’ai changé mon fusil d’épaule en m’intéressant à celui de l’environnement et de l’eau, même s’il paye moins que d’autres. Le film Une vérité qui dérange d’Al Gore, sortie en 2006, a aussi joué le rôle de déclic dans mon changement de voie", affirme la jeune femme.

La filière hydraulique, une des clés du défi environnemental

Un jour, une plaquette de présentation de l’école ENSEEIHT de Toulouse (31) lui tombe entre les mains. Aussitôt, elle décide de tenter le concours de cette école qui comporte seulement 20% de filles.
Admise en première année, elle intègre la filière hydraulique, "pendant cette phase de tronc commun, je suivais des cours de mécanique des fluides, informatique, thermodynamique, anglais, espagnol etc.", explique Constance. Ensuite, pour le premier semestre de sa deuxième année, elle s'envole pour le Canada pour rejoindre l’Ecole Polytechnique de Montréal, où elle se plonge avec délices dans l’hydraulique des cours d’eau.

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À son retour, elle poursuit son cursus à l’ENSEEIHT, avec des cours de plus en plus spécifiques (météorologie, modélisation des écoulements à surface libre…), jusqu’à sa troisième et dernière année, où elle intègre la filière sciences de l’eau et environnement.

Tout juste diplômée, Constance remporte le prestigieux prix de l’INP (Institut National Polytechnique), qui récompense un parcours de formation exceptionnel. Après un mois et demi de vacances bien méritées, elle surfe sur des sites d’offres d’emploi et repère un CDD de huit mois d’ingénieur en hydraulique fluviale. Devenue la benjamine d’une équipe expérimentée, avec laquelle elle s’entend parfaitement, "une chance dans le monde du travail", la jeune femme voit son contrat prolongé pour un semestre, et signe un CDI dans la foulée. Épanouie, elle apprécie plus que tout son cadre de vie, les Pyrénées en décor et les cours d’eau en guise d’outil professionnel : un parcours de long fleuve tranquille.

Constance Xerri en 6 dates
3 mai 1993 : Naissance à Mont-de-Marsan (40)
Juillet 2011 : Bac S option spécialité maths, mention très bien
Septembre 2011 : Intègre la classe prépa physique-chimie du lycée René Cassin à Bayonne (64)
Septembre 2014 : Entre à l’ENSEEIHT à Toulouse (31), en filière hydraulique
De septembre à décembre 2015 : Etudie à l’École Polytechnique de Montréal
Mars 2019 : Décroche un CDI d’Ingénieure d’études chez Artélia (Pau, 64)

Formation :
Il faut compter cinq ans d’études en moyenne, dont deux ans de prépa et trois ans d’école d’ingénieurs. Différentes écoles préparent à ce métier, comme l’ENSEEIHT de Toulouse, l’ENGEES de Strasbourg, Polytech à Montpellier, l’ENSIP à Poitiers ou encore l’ENSIL-ENSC à Limoges. Des masters sont également possibles, comme le master sciences de l'eau et de l'environnement spécialité hydrosystèmes et bassins versants : diagnostic et risque environnemental, et le master agrosciences spécialité hydrogéologie, sol et environnement.

Salaire : De 2.500 € à 3.000 € bruts mensuels pour un débutant à environ 3.500 € bruts mensuels pour un senior.