1. Métiers de l'agroalimentaire : chez Beendhi, de la graine à l’assiette
Reportage

Métiers de l'agroalimentaire : chez Beendhi, de la graine à l’assiette

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Qui a dit qu’agroalimentaire rimait avec grosse entreprise et malbouffe ? Il suffit de faire un tour du côté du marché du bio pour rencontrer de jeunes pousses prometteuses, qui allient qualité des produits et bien-être des salariés. À l’instar de Beendhi, qui conçoit et fabrique des préparations culinaires bio, autour des saveurs du monde. Plongée à Ivry-sur-Seine (94), où l’entreprise a récemment installé ses bureaux et son atelier de production.

De la graine à l’assiette

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  •  // © Thomas Louapre / Divergence pour l'Étudiant
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  • Beendhi : des préparations culinaires bio aux saveurs exotiques

    Surfer sur la révolution des habitudes alimentaires tout en proposant des produits faciles d’utilisation : c’est le concept de Beendhi, entreprise d’une vingtaine de salariés née en 2011, qui propose aujourd’hui, à partir de 70 ingrédients bio, diverses préparations sèches à base de légumes, légumineuses, céréales et épices, comme des lentilles à la coco (prêtes en vingt minutes, promet le paquet !). Après quelques années passées au cœur de Paris, la jeune pousse s’est agrandie et a déménagé à Ivry-sur-Seine, dans des locaux plus adaptés, sur un site d’activités partagé entre plusieurs entreprises. Au rez-de-chaussée, l’atelier de production, où sont fabriqués en direct, puis stockés, les mélanges de la marque ; au premier étage, les bureaux qui se composent de plusieurs espaces communs à tous les salariés (accueil, open space, salles de réunion, cuisine). Résultat : de la réception des matières premières (ici, les tomates séchées) à la sortie des produits finis, l’ensemble de la chaîne des métiers ou presque est présente sur place, dans un environnement aéré et lumineux.

  • Claire, responsable qualité et achats : optimiser les process

    L’atelier de production et la zone de stockage sont le cœur de la machine Beendhi. C’est ici, dans ce grand hangar où flotte en permanence une bonne odeur d’épices, qu’arrivent les matières premières des recettes de la marque. "Les épices proviennent principalement d’Inde et les légumes séchés d’Italie", explique Claire, 24 ans. Diplômée d’une école d’agro (UniLaSalle), la jeune femme qui a fait son stage de fin d’études chez Beendhi, a une double casquette : celle de responsable qualité (elle a par exemple conçu le process qualité pour optimiser le parcours, dans l’atelier, des matières et produits) et celle de responsable des achats (elle se déplace régulièrement pour rencontrer les producteurs, sur des salons professionnels ou dans les pays de production, en particulier l’Italie – on appelle ça le "sourcing produits"). Un travail pour lequel elle est rémunérée entre 35.000 et 40.000 € brut par an.

  • Responsable qualité, c'est aussi tester les recettes

    Cet après-midi-là, Claire s’est installée dans la cuisine de l’entreprise pour préparer des galettes à base de pois chiche, inspiré des "dosa" [crêpes à base de farine de lentilles noires, pois chiches ou de riz] du sud de l’Inde. Elle fera ensuite le tour de l’open space pour faire goûter à toute l’équipe. "L’objectif est que la recette ait toujours le même goût, ce qui n’est pas évident dès qu’on renouvelle une matière première", souligne-t-elle. "On attend encore les meubles de la cuisine équipée. À partir de là, on pourra cuisiner pour tout le monde", explique Claire, qui a mis son grain de sel… en faisant faire les devis. Sur l’un des murs vitrés, une constellation multicolore de post-it, à l’esprit très start-up, indique les différentes missions du quotidien attribuées à chacun des salariés : "Nous n’avons pas d’office manager, donc nous nous sommes répartis les tâches. Grâce à cette méthode d’organisation, nous avons la possibilité de suivre un cours hebdomadaire de yoga dans les locaux ou de créer un mini potager derrière l’atelier…"

  • Lauren, responsable logistique : gérer les flux et le stock

    Lauren, 24 ans et ancienne stagiaire également, diplômée d’une école d’ingénieurs (ESIEE), travaille main dans la main avec Claire. En tant que responsable logistique, c’est à elle de gérer les flux et le stock : volumes et livraisons des matières premières à l’atelier, commandes au packageur (externe), livraisons au conditionneur (qui met en paquet) et aux magasins (pour le vrac). "Je suis au carrefour de tous les métiers", explique la jeune femme, qui gagne 32.000 € brut par an. "J’aime le côté carré indispensable dans le secteur de la logistique. Cela correspond bien à mon caractère ! C’est un poste où il faut aussi savoir gérer les urgences et le stress, par exemple quand une matière n’est pas livrée à temps." Elle se retrouve régulièrement au rez-de-chaussée avec Ishan, le chef d’atelier, pour vérifier les livraisons.

  • Ishan, chef d’atelier : veiller à la pesée et aux mélanges des ingrédients

    Ishan, 33 ans, chef d’atelier, est tombé dans la marmite Beendhi, il y a quatre ans. Ancien barman installé depuis sept ans en France, sans diplôme lié de près ou de loin à l’agroalimentaire, il a commencé comme opérateur de production, à la fabrication des mélanges. "On était très peu nombreux au début, c’est Tânia [responsable de l’administration des ventes] qui m’a transmis les recettes élaborées par Beena [la fondatrice et présidente de Beendhi] Je ne connaissais rien au bio, mais j’ai aimé les recettes et j’ai changé mon mode de vie : je suis plus attentif à ce que j’achète et j’ai arrêté de fumer !", raconte, en anglais, ce natif du Sri Lanka. "Il faut que je progresse en français", assure-t-il.

    La croissance de l’activité a rapidement fait monter Ishan en responsabilités : aujourd’hui, il est à la tête d’une équipe de trois personnes à la production, pour 2.700 € brut mensuels. "Il faut être rigoureux dans le pesage notamment", explique-t-il. Peser les ingrédients sur des balances au sol, les transvaser dans de grands sceaux, les verser et les mélanger pour obtenir une préparation… Un travail assez physique, auquel Ishan continue de participer même s’il passe aussi du temps dans son bureau attenant à l’atelier, devant son ordinateur à gérer différents tableurs. 

  • Margaux, chef de produit et commerciale : concevoir le packaging et les animations de vente

    Si chaque recette est conçue par Beena Paradin, présidente de Beendhi, c’est à Margaux et à l’équipe du marketing d’imaginer l’univers dans lequel elle sera vendue. À 23 ans, cette diplômée de l’ENSAT Toulouse partage son temps entre le marketing et le commercial chez Beendhi. Comme chef de produit, elle gère, pour plusieurs recettes, conception du pack (design et impression – réalisés par des prestataires), établissement du prix et mise en avant du produit en magasin. "Je suis fière de pouvoir gérer de A à Z un produit, confie-t-elle. Nous avons revu l’identité visuelle de certains récemment. C’était un défi dans un timing serré, mais ici l’effervescence est communicative !" Un travail qu’elle réalise en lien avec l’ensemble de l’équipe marketing : "Je ne suis jamais seule !". À côté du marketing, Margaux est aussi commerciale (ou "chef de secteur") : elle fait des tournées en magasin pour s’assurer que les produits sont bien mis en avant, en aidant les responsables de rayon (en leur proposant par exemple des animations de vente). À l’aise dans l’univers du marketing et de l’agroalimentaire, la jeune femme estime que son double poste exige adaptabilité et curiosité.

  • Tânia, responsable de l'administration des ventes : conseiller les clients et gérer les commandes

    Ce jour-là, Tânia a décidé de s’asseoir près de la fenêtre. "Le placement est libre dans l’open space, tous les soirs, nous rangeons nos affaires dans les casiers pour faire place nette", explique la jeune femme de 29 ans. Entrée chez Beendhi, il y a quatre ans pour y faire l’entretien des locaux, cette diplômée en comptabilité, venue du Portugal, est vite passée sur un autre poste : d’abord à l’atelier, puis à la préparation si nécessaire des palettes, avant de se poser comme responsable de l’administration des ventes (pour 1.830 € net mensuels). Autrement dit, elle traite les commandes reçues par mail ou téléphone, pour une centaine de clients, magasins et distributeurs, mais aussi clients particuliers. "Je rentre la commande dans notre logiciel, informe les logisticiens qui gèrent nos stocks et se chargent de livrer, tient le client informé de la date de livraison ou d’une éventuelle rupture de stock, édite les factures, les envoie et m’assure des paiements." Au rythme de 7 à 8 commandes par jour, Tânia, qui a vu grandir Beendhi avec fierté, fait beaucoup de relation-client : "J’aime les conseiller, les aider, créer du lien, c’est ce qui me plaît le plus !"

  • Caroline, chef de secteur et responsable trade marketing : créer et développer des outils commerciaux

    Également au contact direct avec le client et donc sur le terrain, Caroline, 27 ans, a plusieurs cordes à son arc. Chef de secteur en Île-de-France comme Margaux, cette diplômée de Montpellier Business School est aussi responsable trade marketing, c’est-à-dire qu’elle crée et développe les outils sur lesquels vont s’appuyer les commerciaux (fiches recettes, affiches, présentoirs, étiquettes de silo, etc.) et prépare les salons : "C’est moi qui ai eu l’idée du meuble de vrac pour les salons, et les magasins sont en train de l’adopter !" Elle gagne 2.100 € net par mois, hors primes. Si elle regrette son manque de temps pour combiner ses missions, Caroline aime le sentiment d’appartenir à une entreprise en croissance et au management fluide. "Il m’a fallu un peu de temps pour m’adapter au fait qu’ici, on nous laisse en complète autonomie, il y a très peu de cadres !"

  • Lucas, responsable des ventes : coordonner le travail des commerciaux

    Comme chef de secteur, Caroline travaille sous le contrôle de Lucas (à gauche), 25 ans, le responsable des ventes, un des plus anciens de Beendhi, comme elle ! Diplômé de l’université Paris-Dauphine, il a goûté au fil de ses stages à toute la chaîne agroalimentaire avant de se poser ici : "J’ai toujours adoré la cuisine asiatique 
et j’ai la fibre écolo, mais je n’avais jamais mis les pieds dans un magasin bio. Avec Beendhi, j’ai changé ma façon de consommer. Je ne peux pas vendre un produit auquel je ne crois pas !" Au quotidien, Lucas supervise cinq commerciaux en Île-de-France et d’autres en région (pour 2.265 net par mois, hors primes) : recrutement, formation, accompagnement ponctuel sur le terrain (comme ici, dans le magasin Canal Bio, à Paris dans le XIXe, pour faire un point avec le directeur de magasin).

  • Beena Paradin, présidente de Beendhi : allier qualité des produits et bien-être des salariés

    C’est après avoir publié son premier livre de cuisine en 2006 que Beena Paradin s’est tournée vers l’agroalimentaire, après une carrière comme dirigeante d’une grande entreprise et dans le conseil. "J’ai rencontré le chef cuisinier, Olivier Roellinger, et j’ai développé avec lui notre passion pour les épices ! J’ai découvert que j’avais un talent pour trouver des produits alimentaires de qualité, et l’idée de Beendhi est née." La cuisine végétarienne indienne, liée à ses origines, a été le point de départ de son inspiration. Présidente charismatique, elle a inscrit l’entreprise dans un système de valeurs (altruisme, simplicité), en s’inspirant du modèle de "l’entreprise libérée", qui prône cohérence et bien-être. 

Porteuse d’un haut niveau d’exigence, la filière agroalimentaire biologique s’appuie sur d’autres métiers, plus ou moins communs avec l’agroalimentaire "classique". Trois autres pistes à explorer à différents niveaux de qualification.

Compte clé ou responsable d’enseigne

Mieux vaut être diplômé d’une école supérieure de commerce ou justifier d’un bac+5 en économie-gestion pour prétendre à ce type de poste. Le compte clé, appelé aussi responsable d’enseigne, est la personne qui négocie, pour sa marque, les contrats avec les grandes enseignes.

Dans la filière biologique, le compte clé est en relation soit avec les réseaux de grande distribution, soit avec les centrales d’achats de certains magasins bio fonctionnant en réseau, soit directement avec les magasins. Prix, volumes, délais de livraison et de paiement, référencement (intégration dans le catalogue) sont autant de points à négocier. Le merchandising, c’est-à-dire la façon dont les produits seront mis en avant dans les rayons, peut également faire l’objet d’une négociation.

Grossiste

Dans la filière bio, le grossiste est aussi appelé gérant de plates-formes de distribution. Contrairement à la grande distribution, où chaque enseigne possède sa centrale d’achats, les magasins spécialisés bio souvent indépendants, ont besoin de ces plates-formes pour assurer la présence des produits dans leurs rayons, sans rupture de stocks.

Considéré comme chaînon à part entière de la filière agroalimentaire, le grossiste est un entrepreneur qui achète, stocke, revend et livre, en grandes quantités. "Ce n’est pas un métier de marges, tout est dans le flux et le volume", témoigne Jérémie Ginart, directeur général de Relais-Vert, une des plus grosses plates-formes en France (qui en compte une dizaine), "à moins de 100 clients, on ne tourne pas". Avec son entrepôt de 7.000 m2, Jérémie Ginart gère 8.000 références de produits, avec plusieurs zones en fonction de la nature des produits : zone réfrigérée pour "l’ultra-frais" (beurre, œufs, fromage), zone fraîche pour les légumes, zone pour les produits secs.

Lire aussi : Le palmarès des grandes écoles de commerce

Au niveau de la qualification, les écoles de commerce sont un bon point de départ ainsi que les diplômes et les expériences en logistique, indispensable pour faire tourner l’entreprise. Côté salaire : un directeur de plate-forme gagne entre 5.900 et 10.000 € brut par mois, en fonction des résultats.

Manutentionnaire

Ce sont les petites mains de la filière, car ces "gros bras" travaillent dans l’ombre. Sans les manutentionnaires, impossible de faire tourner une plate-forme de distribution bio : ils en constituent l’essentiel de l’effectif. Métier peu qualifié, mais sur lequel il y a souvent pénurie, il consiste à charger et décharger des palettes de produits, à l’arrivée et au départ. Ranger les produits (déjà packagés) au sein des entrepôts, et préparer les commandes, fait aussi partie du travail.

Rigueur et concentration sont essentiels à ce métier, car l’efficacité des manutentionnaires-préparateurs de commandes joue un rôle important dans le respect du délai de livraison, souvent très court, et crucial pour le chiffre d’affaires. Rémunéré au SMIC, ce poste permet d’avoir un aperçu intéressant sur le fonctionnement de la filière. Une porte d’entrée, qui moyennant expérience et formation complémentaire, permet d’accéder à des fonctions plus importantes dans la distribution, en gros ou au détail.

38.200 : c’est le nombre d’emplois en transformation et distribution bio en 2016. La France comptait la même année quelque 10 600 entreprises de transformation bio, en hausse de 9 % par rapport à 2015.
Source : Synabio, Syndicat national des entreprises bio.