Métiers du vin : le critique

Par Ophélie Neiman, publié le 21 Mai 2007
4 min

Qui sait combien de visages une bouteille de vin a pu croiser dans sa vie avant de tomber entre vos mains ? Son raisin a salué le passage de l’agriculteur, puis sans doute de l’œnologue, du vendangeur, du trieur, du maître de chai, d’un autre œnologue, d’un négociant, voire d’un caviste ou d’un sommelier. Dans son ouvrage “Le vin pour ceux qui n'y connaissent rien” (éd. l'Etudiant), Ophélie Neiman vous plonge dans le quotidien de six professionnels du secteur. Extraits.

Tout comme le critique de musique ou de cinéma, le critique de vins a ses entrées partout, il est connu comme le loup blanc et son avis s’impose comme une référence. La finesse de son palais, ses connaissances encyclopédiques sur les vins et sa prodigieuse mémoire gustative sont ses principaux atouts. Il scotche son auditoire car il est capable de se rappeler et de raconter pratiquement chaque vin et chaque millésime qu’il a dégusté pour son journal ou son guide.

Presque toujours en déplacement 

Il écume les domaines et châteaux à la recherche de la bonne affaire, de l’étoile montante ou simplement pour vérifier si les classiques sont bien à leur place. Selon son caractère, il est accueilli par le vigneron avec appréhension (certains dégustateurs sont connus pour goûter et noter un vin sans faire le moindre commentaire oral) ou avec complicité. Les critiques qui ont "un peu de bouteille" connaissent les vignerons et leur famille, leur tapent sur l’épaule et ne se gênent pas pour dire que, cette année, son vin n’est pas à son niveau habituel.

Le reste du temps, le critique travaille dans son bureau et reçoit des dizaines de bouteilles envoyées par le producteur, le négociant ou l’attaché de presse. Lors des primeurs ou des dégustations des syndicats d’appellation, le dégustateur professionnel peut goûter entre 50 et 100 vins par jour tout en rédigeant ses appréciations. 

La solitude du critique 

Mais comme pour la musique ou le cinéma, le critique en vin est également l’objet… de vives critiques. D’abord parce que le commentaire d’un grand dégustateur peut faire et défaire la réputation d’un domaine. Ainsi, une note de Robert Parker peut faire exploser la demande et le prix d’une bouteille. C’est d’ailleurs ses notes de dégustation des vins en primeur, notamment à Bordeaux, qui influencent très fortement la tendance générale des prix.

Dans le secteur économique du vin, si puissant, cela fait beaucoup de responsabilités réunies dans les mains de peu de personnes. Car les grands critiques ne sont pas nombreux. Ensuite, et c’est tout aussi gênant, plusieurs vignerons ont été tentés par une course à l’échalote pour la meilleure note. En produisant par exemple, des vins immédiatement charmeurs mais à l’avenir incertain, ou des vins "dans le style de ce qu’aime Parker", créant ainsi tout un mouvement de vins dits "parkerisés".

Une passion qui se démocratise

En réaction à ces critiques gourous, grâce à internet, a émergé une foule de dégustateurs amateurs et avertis. Via un blog ou un forum, ils donnent leur avis sur tel vin, tel vigneron, tel restaurant. Certains blogueurs se spécialisent sur une région, s’engagent sur l’agriculture bio, le vin nature. Donnent leurs conseils. Ces œnophiles sont rejoints par des professionnels, restaurateurs ou sommeliers, qui livrent leurs astuces de service et leurs accords magiques. La diversité des blogs sur le vin participe à la démocratisation de ce "sport" qu’est la dégustation. Si certains calquent le jargon des professionnels et manquent singulièrement de recul, nombre d’entre eux parlent du vin avec humour et décontraction. Ces blogs permettent aux jeunes amateurs de s’identifier à des profils de dégustateurs plus décalés, moins installés. Bref, plus proches d’eux. 


Ces conseils sont extraits du guide “Le vin pour ceux qui n'y connaissent rien” d'Ophélie Neiman, 12,90€, éditions l'Etudiant.

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