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Portrait

Cette jeune diplômée décroche le prix de l’élève ingénieure 2015

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Mathilde, étudiante à Bordeaux Sciences Agro et fondatrice de "Cheap Trip, Big Impact" a remporté le prix 2015 de l'élève ingénieure organisé par la CDEFI. // © Julien Satre / Le Quotidien
Mathilde, étudiante à Bordeaux Sciences Agro et fondatrice de "Cheap Trip, Big Impact" a remporté le prix 2015 de l'élève ingénieure organisé par la CDEFI. // © Julien Satre / Le Quotidien

LES JEUNES ONT DE L'AVENIR ! Tout juste diplômée de Bordeaux Sciences Agro, Mathilde Vera vient d’être élue élève ingénieure de l’année par la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs). À 24 ans, la jeune femme construit un parcours fait de voyages, de solidarité et d’humanisme.

Elle l'avoue sans détours, Mathilde n'a pas l'âme d'une féministe. Pourtant, la jeune femme n'a pas hésité longtemps lorsqu'elle a entendu parler du concours organisé par la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs), visant à récompenser une élève ingénieure pour l'exemplarité de son parcours. "Lors de mes voyages dans des pays en développement, j'ai pu constater que l'égalité homme-femme était une vaste blague, raconte-t-elle. En France, les différences persistent aujourd'hui encore. En participant à ce concours, j'avais envie de prouver que les jeunes femmes pouvaient s'épanouir dans ce secteur réputé masculin."

Après une enfance passée sur l'Île de la Réunion, Mathilde quitte son île où elle a suivi une CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles). "À l'époque, ce choix s'est fait un peu par défaut. Une conseillère d'orientation m'a dit : 'Vous avez de bons résultats, vous faites partie de l'élite. Il vous faut donc poursuivre en CPGE.' J'aimais la biologie, je me suis donc inscrite en prépa bio." À la fin du cursus, la jeune femme se présente aux concours pour intégrer une école d'ingénieurs, un peu par défaut. "Je me suis très vite rendue compte que mes choix étaient limités, raconte-t-elle. Pour moi, les écoles d'ingénieurs en agro se résumaient à apprendre à planter des carottes et des tomates bio..." Elle obtient finalement une place en métropole, à Bordeaux Sciences Agro. Elle qui visait AgroParis Tech, est déçue : elle hésite à redoubler ("cuber") sa prépa, mais sur les conseils de ses enseignants décide de rejoindre Bordeaux et d'aller de l'avant.

5.000 km en stop au cœur de l'Afrique

10.000 km plus tard, Mathilde entre donc en première année de cycle ingénieur. Bien décidée à croquer le monde à pleines dents, elle étudie toutes les possibilités de mobilité internationale offertes par son établissement et multiplie les expériences durant ses trois années d'études : six mois en Espagne dans le cadre d'Erasmus, échange universitaire au sein de l'université de San Diego, aux États-Unis, stage au Vietnam dans un hôtel 5 étoiles, année de césure passée à parcourir l'Afrique...

C'est d'ailleurs au cours de cette expérience, début 2015, que naît le projet qui lui a valu de décrocher le prix de la CDEFI, doté de 1.000 €. "Je voyageais avec un ami allemand. Il m'a parlé d'une association locale installée au Kenya, qui offrait gratuitement une éducation aux enfants de la région, se souvient Mathilde. Nous étions en Afrique du Sud, nous avions 3.000 € en poche. Nous avons décidé de traverser le continent en stop pour aller faire un don à l'association." Les deux étudiants créent une association, "Cheap Trip, Big Impact" et grâce à la générosité de leurs proches et à leur voyage économique, donnent à l'organisme leurs 3.000 € savamment économisés. "Une fois arrivés sur place, nous nous sommes rendus compte que l'argent servirait seulement à éponger les dettes, raconte Mathilde. Or, nous voulions que le projet soit durable."

Durant un cours auquel assiste l'étudiante, des enfants questionnent leur professeur : "C'est où le pôle Nord ?" "Le professeur n'a pas su répondre, complètement déstabilisé par la question des élèves, se souvient-t-elle. C'est à ce moment-là que l'idée a germé : pourquoi pas faire venir des bénévoles du monde entier, pour offrir aux enfants un enseignement plus construit ?"

"Une expérience d'une richesse incroyable"

Aujourd'hui, "Cheap Trip, Big Impact" continue son travail et réunit une dizaine de personnes au sein de son équipe, dont une majorité de Kenyans. Une maison destinée à accueillir les bénévoles durant leur séjour est en cours de construction. Chaque mois, 8 enseignants volontaires du monde entier - des étudiants comme des jeunes retraités - rejoignent le village pour dispenser des cours. Mathilde, quant à elle, continue de suivre le projet, mais elle a quitté le Kenya. Elle est désormais sur l'île Maurice dans le cadre de son stage de fin d'études, où elle travaille pour la Commission de l'océan indien. "L'expérience de 'Cheap Trip, Big Impact' a été d'une richesse incroyable. J'ai appris à voir le côté positif des choses. Je suis bien avec moi-même..."

Quant à sa vie professionnelle future, Mathilde l'imagine sur l'Île Maurice ou ailleurs. "J'ai tendance à vite me lasser, sourit la jeune ingénieure. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut saisir les opportunités, multiplier les expériences et construire un parcours qui nous ressemble."

Pour aller plus loin : Environnement : des métiers pour sauver la planète / Ces ingénieurs qui inventent l’avenir / Les 45 écoles d’ingénieurs les plus investies dans le développement durable / Quelle filière choisir pour devenir ingénieur ?