1. François Ozon, réalisateur

François Ozon, réalisateur

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Avec presque un film par an depuis son premier long-métrage, en 1998, François Ozon est l’un des réalisateurs français les plus prolifiques de sa génération. Ce diplômé de la FEMIS (École nationale supérieure des métiers de limage et du son) est réputé pour son éclectisme – sa filmographie va du documentaire politique au drame intimiste, en passant par la comédie policière – et sa passion des acteurs.Sa dernière œuvre, le Temps qui reste, sorti le 30 novembre, avec Melvil Poupaud et Jeanne Moreau, retrace les derniers mois d’un jeune photographe atteint d’un cancer. Rencontre avec un homme à l’allure juvénile, déjà plongé dans son prochain projet, un film en costumes.

Le réalisateur est, selon François Truffaut, « l’homme qui doit avoir les réponses à toutes les questions ». Qu’en pensez-vous ?François Ozon

C’est vrai que, sur un tournage, on est harcelé de questions concernant la couleur d’un costume, l’emplacement d’un travelling, le choix d’un filtre sur un objectif… Un cauchemar, car très souvent, on ne sait pas quoi répondre. Or c’est un métier où il faut être sûr de soi, quitte parfois à se tromper. Avec l’expérience, le luxe est de pouvoir dire : « Je ne sais pas. » Et comme on me pose des questions très en amont du tournage, objectivement, je n’ai pas la réponse. Mais c’est un travail collectif, notamment avec les techniciens, auxquels je demande souvent de me faire des propositions.

Comment travaillez-vous sur le scénario ?

Pour le Temps qui reste, j’ai écrit le scénario seul. Puis je l’ai fait lire à un médecin, qui m’a indiqué ce qu’il pensait être juste ou non. Par exemple, dans la première scène, le médecin disait : « Vous n’avez plus que trois mois à vivre : cela ne sert à rien de faire une chimiothérapie. » Le médecin m’a dit qu’il était impossible qu’un professionnel tienne ce discours. Souvent, je demande aussi à des amis de me faire des notes de lecture. Ils me signalent si une scène ne fonctionne pas ou si les intentions d’un personnage ne sont pas compréhensibles. Cela me permet de retravailler le scénario.

À quel stade les producteurs interviennent-ils ?

Quand les producteurs sont satisfaits du scénario, ils démarchent des partenaires, notamment des chaînes de télé, pour financer le film. Pour mon dernier long-métrage, comme le sujet de la mort fait peur, mes producteurs m’ont demandé de retravailler le scénario en justifiant mieux les motivations des personnages. Au final, le film a coûté 5 millions d’euros, ce qui est un budget assez confortable pour un projet de cette ampleur.

Comment un tournage se déroule-t-il ?

Celui-là a duré deux mois. Pour la direction d’acteurs, il n’y a pas une seule manière de faire. Il faut s’adapter à chaque comédien : certains demandent des explications sur le passé du personnage, d’autres, comme Jeanne Moreau, préfèrent se renseigner sur la mise en scène. Quand au choix de l’équipe technique, j’aime bien collaborer avec les mêmes personnes, car elles connaissent ma manière de travailler. Et puis, un tournage est une affaire d’amitié : on vit ensemble pendant deux mois, on dort dans le même hôtel. Alors, autant être avec des personnes que l’on apprécie.

Demandez-vous à vos acteurs une préparation particulière ?

Pour le Temps qui reste, la préparation physique était importante, puisque c’est l’histoire d’un homme qui se dégrade. Je voulais terminer par cette scène sur la plage où le personnage, très amaigri, est proche de la mort. Sur les conseils d’un coach, Melvil Poupaud a dû grossir au début du film afin que l’effet soit spectaculaire. Il a pratiqué beaucoup de sport pour se muscler et, ensuite, il a suivi un régime au cours du tournage. Il a donc fallu tourner en respectant la chronologie de l’histoire, ce qui est assez rare.

De toutes les étapes de la réalisation, laquelle préférez-vous ?

Le montage, car on raconte à nouveau le film avec des images et du son. C’est un travail très cérébral et sensoriel. Ici, cette phase, qui a duré plus de trois mois, a été dure. Avec un sujet sur la mort, il ne fallait pas tomber dans le pathos. Il a aussi fallu couper de nombreuses scènes qui, au final, n’étaient pas réussies. C’est très difficile, surtout quand on se rappelle combien on a galéré pour les tourner !

Que vous ont apporté vos études à la FEMIS ?

Cela m’a aidé, car on y tourne des films en travaillant avec de vrais techniciens et des comédiens. Cela permet d’apprendre, sans qu’il y ait d’enjeu commercial. L’école m’a aussi permis de faire des rencontres, notamment avec les deux producteurs qui ont fondé Fidélité Productions pour mon premier long-métrage, et aussi un chef opérateur, avec lequel j’ai travaillé sur plusieurs films.

Finalement, quelles sont les qualités nécessaires pour être réalisateur ?

Il faut une force physique, car ce métier nécessite beaucoup d’énergie. On sort lessivé d’un film. La préparation génère beaucoup d’angoisses et d’attentes, notamment par rapport au financement. Il faut être capable de prendre sur soi ou de rebondir. Il arrive souvent que l’on travaille six mois sur un projet et que tout s’arrête brutalement, faute de financement. Cela m’est arrivé lors du tournage de Sous le sable. On a finalement repris le projet en faisant des économies. La leçon, c’est qu’il est important de connaître les bases de la production et d’être proche de son producteur.


Son parcours

? 1967 : naissance à Paris.
? 1990 : réussit le concours de la FEMIS à la seconde tentative, après des études de cinéma à Paris 1.
? 1998 : premier film, Sitcom, présenté à la Semaine de la critique, à Cannes.
? 1998 : les Amants criminels.
? 1999 : Gouttes d’eau sur pierres brûlantes.
? 2000 : Sous le sable.
? 2001 : Huit Femmes.
? 2003 : Swimming Pool.
? 2004 : Cinq fois deux.
? 2005 : le Temps qui reste, sélectionné au Festival de Cannes.

Sommaire du dossier
Formation : une école pour apprendre les techniques et se faire des relations