Hubert Gourdet, conseiller d’insertion et de probation

publié le 24 Mai 2007
6 min

Il faut passer sous le portique de sécurité avant de rentrer dans le bâtiment du ministère de la Justice qui abrite le service pénitentiaire d’insertion et de probation. Et il faut encore montrer patte blanche pour rejoindre les bureaux des conseillers. C’est là qu’Hubert Gourdet, 34 ans, reçoit. En temps normal, c’est lui qui pose les questions. Cette fois, il y répond pour mettre en lumière une profession méconnue.

Comment êtes-vous devenu conseiller d’insertion et de probation ?

Après l’armée, je ne savais pas trop quoi faire. J’ai regardé tout ce qu’il était possible de tenter comme concours de la fonction publique. Je ciblais les concours de catégorie B [alors que ses diplômes lui permettaient de viser les concours de catégorie A, NDLR] parce j’avais besoin de trouver un boulot rapidement. Et j’ai vu ça…

Ça n’avait rien d’une vocation…

Rien. Autant certains de mes camarades de promo faisaient partie du Genepi [association d’étudiants qui intervient dans le milieu carcéral, NDLR], autant moi, c’est tout juste si je savais que la prison existait. Cet univers m’était étranger. C’est la philosophie du métier qui m’a attiré. Je cherchais un poste qui me permette d’être en contact avec des gens. Le métier était présenté comme ça : vivant. Je ne me suis pas trompé.

Comment les interventions en prison avec les détenus se déroulent-elles ?

En gros, la mission est d’éviter les effets désocialisants de la prison. On maintient le contact avec la famille, en lui expliquant par exemple comment ramener du linge au détenu. On prépare la sortie de ce dernier : on l’oriente vers les soins, les cours scolaires, l’ANPE… On répond aussi à ses interrogations : « Ma copine n’est pas venue au parloir, je suis inquiet, est-ce que vous pouvez l’appeler ? », « Comment je peux faire pour avoir des cours par correspondance ? »… Enfin, on intervient sur les demandes de sortie anticipée, d’aménagement de peine ou de permission.

Vos fonctions ont-elles évolué ?

Je ne travaille plus en prison. Je m’occupe des gens condamnés, mais qui sont libres. Je suis dans une unité chargée d’aménager des peines de prison ferme, c’est-à-dire des gens qui ont écopé de condamnations inférieures à un an et qui n’ont pas été écroués. Mon rôle est de faire une expertise de leur situation et de proposer une mesure d’aménagement de peine : semi-liberté, travaux d’intérêt général, placement sous surveillance électronique…

Comment êtes-vous considéré par les condamnés ?

En milieu fermé, on est perçu comme quelqu’un qui peut les aider à obtenir quelque chose. En milieu ouvert, comme une contrainte de la justice qui les contrôle.

Êtes-vous fier du dénouement de certains dossiers ?

Oui. Dans l’ensemble, quand les gens n’ont plus d’obligations vis-à-vis de la justice, ils ne donnent plus de nouvelles. Mais parfois, ça continue. Je me souviens d’un chef d’entreprise de 51 ans qui avait purgé sa peine et qui n’avait plus rien. Comme il était titulaire d’un permis poids lourd, je l’ai dirigé vers une formation de chauffeur de bus. Il a trouvé un emploi, et pendant longtemps, il m’a appelé des quatre coins de l’Europe.

Y a-t-il beaucoup de récidivistes ?

On cherche à prévenir la récidive, mais ça ne marche pas toujours. Il y a des habitués à qui l’on n’a même plus besoin de demander leur carte d’identité. Il y a sept ans, j’ai connu un gars à la Santé. J’ai préparé sa sortie de prison. Il a replongé, et je l’ai retrouvé quand je m’occupais des sortants. Et je le vois encore revenir… Ça m’est arrivé de m’occuper de personnes, de leur trouver un travail, un hébergement : on n’a plus de nouvelles, et puis un jour, on les revoit.

Vous laissez-vous attendrir par certains ?

Ce qui est compliqué, c’est de mettre de la distance. Il faut se saisir des problèmes de la personne sans les absorber. Au début, quand on rentre chez soi, on a du mal à couper avec la journée de boulot. C’est dur de rester insensible. Seulement, on n’est pas là pour être sympa, mais pour faire un travail. On doit dire certaines vérités. Je me souviens d’un détenu qui n’arrêtait pas de nous insulter. On ne savait pas de quoi il était capable et j’en avais un peu peur. Un jour, je me suis énervé et je lui ai parlé durement. Je me disais qu’il allait m’en retourner une. En fait, ça a eu l’effet inverse : il s’est confié et, par la suite, il a été charmant.

Avez-vous peur parfois ?

Oui. Quand il y a des gens que je ne sens pas. Si le mec que je reçois a été condamné plusieurs fois pour violence sur personne chargée d’une mission de service public, je fais plus attention.

Vous êtes-vous déjà senti en danger ?

Ça m’est arrivé une fois, et la personne a été condamnée pour ça. Elle a essayé de me mettre une claque. Mes collègues se sont interposés, la police est venue. Mais il a menacé de m’attendre à la sortie du boulot. Ma hiérarchie m’a demandé de porter plainte, il a pris six mois. Quand il est sorti, j’ai eu un peu peur. Pendant quelque temps, j’ai regardé partout dès que je prenais le métro.

Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui débutent ?

Quand on aime le contact humain, ce métier ne déçoit pas. Il faut avoir le sens de l’empathie, être ouvert, s’intéresser aux autres. Il faut aussi être prêt à entendre des choses déplaisantes avec des gens qui ont fait des choses horribles. Il ne faut pas attendre beaucoup de reconnaissance, mais quand il arrive qu’on ait un petit retour, c’est sympa.


Son parcours

? 1972 : naissance en Charente-Maritime.
? 1990 : passe son bac littéraire.
? 1995 : obtient une maîtrise de science politique après une licence de droit.
? 1998 : réussit le concours de conseiller d’insertion et de probation (ministère de la Justice).
? 2000 : décroche son premier poste à la prison de la Santé, à Paris.
? 2002 : intègre le SRAIOSP (Service régional d’accueil, d’information et d’orientation pour les sortants de prison), puis le service aménagement des peines, à Paris.



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