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Trader : un métier à risques

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Dans une salle de marché de la Défense, le quartier des affaires parisien, les acteurs de la finance doivent prendre des décisions rapides et gérer leur stress.

Pas d’invectives, ni d’ordres d’achat ou de vente hurlés au téléphone. Chez Cardif Asset Management, filiale de BNP Paribas installée au onzième étage d’une tour de la Défense, avec vue panoramique sur Paris, on est loin des clichés sur l’ambiance survoltée d'une salle marché. "Parfois ça s’agite, il y a un peu de tension surtout à l’annonce de chiffres comme la baisse brutale des taux d’intérêt par une banque centrale, ou des résultats inédits sur une entreprise, mais ce n’est jamais spectaculaire", note un opérateur de marché, une main sur le téléphone et l’œil rivé sur ses écrans où défilent les cours des actions.

Parier hors des sentiers battus

Avec plus 15 milliards d’euros d’actifs à faire fructifier au fil de l’année, le stress est une donnée que les financiers de Cardif doivent savoir gérer. Dans son bureau à l’écart de la salle, Philippe Forni, 49 ans, directeur général, y veille : "Les équipes sont immergées dans les marchés qui imposent des décisions rapides. Je suis là pour les titiller et les aider à prendre un peu de recul quand c’est nécessaire, pour voir si les décisions sont conformes à notre stratégie maison." Une stratégie maison qui se résume en un slogan : "Faire de la gestion de conviction non benchmarkée" (sic). Traduction : ici on ne se cale pas sur les indices, type CAC 40, mais on mise en masse sur des titres ciblés en pariant sur des rentabilités record. "Si on croit à une valeur, on en achète beaucoup", précise Philippe Forni. Le "non benchmarké", Eric Bernard, gestionnaire actions, en raffole. "C’est ce qui fait l’intérêt du métier. Plutôt que d’avoir des directives du genre "ne pas s’écarter de plus ou moins 1 % de la moyenne du marché", nous avons une liberté d’initiative dans nos choix d’investissement au service de nos clients." A lui seul, ce financier de 46 ans gère treize portefeuilles, des Sicav, des institutionnels et des "particuliers grandes fortunes", pour un montant total d’environ un milliard d’euros.

L’art de la prévision

Intermédiaire entre le client et le marché, Eric Bernard doit savoir prendre les bonnes décisions au bon moment. "Pour chaque portefeuille client, j’ai un cahier des charges précis avec un niveau de risque et une rentabilité attendue", explique ce gestionnaire qui est installé au milieu de la salle des marchés. Mais il est plus souvent en rendez-vous extérieurs à l’affût d’informations financières à collecter auprès d’économistes, de chefs d’entreprise, de brokers et d'analystes financiers. "Avec l’expérience et la connaissance des marchés, je traduis ces informations en anticipations boursières", souligne Eric Bernard. En face de son bureau, Brice Mano, bouchons coincés dans les oreilles pour mieux se concentrer, est justement l’un des analystes financiers qui conseille les gestionnaires. Cet expert en finance de 30 ans est l’une des têtes pensantes de l’équipe. "Je suis un apporteur d’inputs (d'informations) qui aident à la décision, explique cet analyste qui passe ces journées à mouliner et interpréter toutes sortes de données macroéconomiques. Je fournis des notes de conjoncture que le gestionnaire suit ou non." Et les analyses sont parfois discordantes. Alors qu’Eric Bernard est actuellement plutôt "super bull" (traduire : super taureau, c’est à dire misant à la hausse), Brice Mano s’affiche "plutôt neutral", quand d’autres sont "bearish" (c’est à dire tendance ours, autrement dit à la baisse).

Des opérations sous contrôle

Pendant que les gestionnaires et les analystes dissertent sur l’état du marché, les négociateurs passent les ordres au téléphone. L‘un d’entre eux, Cyril Geada, 26 ans, est face à ses trois écrans et à son téléphone sur console qui lui permet d’appeler en instantané les banques et les brokers. "Mon client, c’est le gestionnaire. C’est lui qui me dit quels titres acheter et à quel moment. Mon travail consiste à rechercher le meilleur prix en mettant en concurrence les banques que j’ai en ligne." Au fil des heures, les prix sont négociés et les ordres envoyés. Un peu à l’écart, Anne-Laure Hamon suit les opérations. Chargée du contrôle interne, elle veille à leur bon déroulement. "Nous avons un peu un rôle de gendarme", avoue cette jeune femme de 32 ans qui vérifie que chaque ordre a été passé en bonne et due forme, respectant notamment une réglementation bancaire très stricte. Le contrôle interne surveille aussi la déontologie des collaborateurs, vérifie que les informations financières ne sont pas utilisées à des fins personnelles pour éviter les délits d’initiés, et est responsable de la lutte anti-blanchiment. La moindre erreur ou faute non repérée peut coûter très cher en sanctions de la part des autorités du marché... et en réputation pour l’entreprise. "Je suis aussi l’évolution de la réglementation pour l’adapter au jour le jour au fonctionnement de l’entreprise", précise Anne-Laure Hamon.

Des performances à la loupe

Enfin, dans un bureau attenant à la salle de marché, le département mesure et analyse de la performance est l’objet de toutes les attentions. Ici on relève les comptes et on regarde ce que l’on a gagné ou… perdu. C’est la mission délicate et complexe à laquelle se livre chaque jour Olwenn Le Guen, 26 ans, chargée d’analyse. "Mesurer la performance d’un fonds, c’est calculer comment a évolué chaque actif qui le constitue : actions, obligations…" Simples sur le principe, les calculs dits de reporting se révèlent extrêmement complexes. Pas matheux s’abstenir. "C’est l’heure de vérité, souligne cette jeune femme. Nos résultats servent au gestionnaire pour lui permettre de rectifier le tir ou le conforter dans ses décisions d’investissement." Ils sont aussi un outil de communication à destination des clients, évidemment soucieux de savoir comment leur argent a été géré et investi.


Chiffres

Effectifs. Parmi les quelque 400 000 salariés travaillent dans la banque en France, moins de 15 % occupent des postes dans la finance (contre plus de 85 % en banques de détails, notamment sur des profils de commerciaux et de chargés de clientèle).
Salaires mensuels bruts : Gestionnaire de portefeuille : de 6000 à 10 000 € (hors primes), analyste financier de 4000 à 7500 € (hors primes), négociateur : de 2500 à 4000 € (hors primes), contrôleur interne ou analyste de performance : entre 2000 et 3000 €.


Emmanuel Vaillant

Sommaire du dossier
Le directeur général : Philippe Forni, 49 ans Le gestionnaire actions : Eric Bernard, 46 ans L’analyste financier : Brice Mano, 30 ans Le négociateur : Cyril Geada, 26 ans La contrôleur interne : Anne-Laure Hamon, 32 ans L’analyste de performance : Olwenn Le Guen, 26 ans Bac + 5 indispensable