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Interview

Les 20 ans d’Amanda Sthers : "Mon père disait qu’il fallait que je trouve un vrai métier"

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Adolescente, Amanda Sthers écrivait déjà et envoyait ses textes aux maisons d'édition. // © JF Paga/Grasset
Adolescente, Amanda Sthers écrivait déjà et envoyait ses textes aux maisons d'édition. // © JF Paga/Grasset

Toute jeune, Amanda Sthers envoie déjà des manuscrits aux maisons d’édition. À 20 ans, après s’être formée dans une école de scénaristes aux États-Unis, elle réalise des reportages. À 37 ans, elle signe son dernier roman "Les Promesses", chez Grasset. Pour l'Etudiant, elle revient sur ses 20 ans.

À 15 ans, imaginiez-vous devenir écrivaine ?

 

À cet âge-là, j'écrivais déjà et j'envoyais mes textes à différentes maisons d'édition. Mon premier roman, que j'ai écrit en première, raconte l'histoire d'un homme qui tue des chiens la nuit pour calmer ses pulsions meurtrières. Marié à une femme issue d'un milieu social très aisé, il vit dans un monde qui n'est pas en adéquation avec ce qu'il est. Ma meilleure amie a gardé le manuscrit. Elle l'adore. C'est dire si c'est une amie, car c'était vraiment nul ! Je n'ai jamais spécialement aimé écrire. Je trouve cela aussi douloureux qu'agréable. Mais je ne pouvais pas faire autre chose.

Dans quel lycée étiez-vous élève ?

 

J'ai fait mes études au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine [92], celui où se sont rencontrés les comédiens du Splendid. En leur honneur, d'ailleurs, nous avions remonté leur pièce de théâtre "le Père Noël est une ordure", à mon initiative. Je me suis occupée de la mise en scène. Je n'avais aucune appétence pour le jeu, mais une grande envie de participer à l'aventure.

Vous aviez donc plutôt un tempérament de leader ?

 

Du collège au lycée, j'ai beaucoup changé. Au collège Carnot, j'étais très introvertie. J'étais en avance, donc plus jeune. J'ai mis du temps à rattraper les autres élèves en maturité. En arrivant au lycée, j'ai pu devenir quelqu'un d'autre. Je me suis affirmée. La seconde a été aussi l'année où les garçons ont commencé à me regarder...

Vous en avez profité ?

 

Pas du tout ! A priori, toutes les filles avaient déjà vécu des aventures. J'ai mis des siècles à me laisser embrasser. Mon premier petit ami – à qui j'avais fait croire que j'étais expérimentée – a dû me raccompagner en bas de chez moi pendant 6 mois avant notre premier baiser, alors qu'il habitait à l'autre bout du quartier. Il s'appelait Thibault, et je le vois encore aujourd'hui.

Vous avez obtenu le bac à 16 ans. Vous deviez donc être une "tête"...

 

Je n'étais pas une excellente élève, mais je m'en sortais toujours. Dans certaines matières, j'étais hyperforte, dans d'autres j'étais vraiment nulle. Cela s'équilibrait au final. J'ai surtout aimé les cours à partir de la première, quand je me suis orientée vers la série littéraire. J'aimais la littérature et j'avais horreur des maths jusqu'en première où mon professeur m'a dit : "Toi, tu ne peux pas faire des maths comme les autres." Il me les a apprises avec de la philosophie. En terminale, j'étais réconciliée avec la matière.

Que lisiez-vous à l'époque ?

 

Beaucoup de classiques. Avec Alexandra, ma meilleure amie, nous lisions énormément. Au lycée, j'ai fait aussi une rencontre très importante : Nicolas Bedos, un grand lecteur. Il m'a fait découvrir Bukowski et beaucoup d'écrivains vers lesquels je n'allais pas spontanément. Avoir un entourage qui aime lire, cela tire vers le haut. On s'échange des bouquins, des impressions... En cours de français, on s'envoyait, Alexandra et moi, des mots sur les soirées, les garçons, etc. La seule fois où l'on s'est fait choper, c'était le jour où l'on débattait sur "le Misanthrope", de Molière. Le prof a lu nos mots, a souri. Pendant le reste de l'année, nous avons été ses chouchoutes.

À 20 ans, Amanda Sthers commence sa carrière de scénariste.

Vous avez l'air très fidèle en amitié...

 

Mes deux meilleures amies, je les ai connues à la maternelle. Alexandra est presque une sœur que j'aurais choisie. Elle me connaît avec mes défauts, mes qualités. J'ai quelque chose de très droit. J'ai besoin de gens autour de moi qui ont cette intégrité-là. Et seul le temps peut révéler cela.

Aviez-vous d'autres hobbies que la lecture ?

 

Je montais à cheval. Ma mère s'est remariée quand j'avais 12 ans, et la fille de mon beau-père, Joséphine, était passionnée d'équitation. C'est elle qui m'a amenée à monter. Ce sport a joué un grand rôle dans l'affirmation de ma personnalité. Cela m'a permis de surmonter mes peurs, et m'a formée également à une certaine discipline. J'ai beaucoup pratiqué jusqu'à mes 20 ans. Pour moi, il valait mieux faire passer ma passion avant des choses qui, à cet âge, peuvent paraître essentielles, comme les soirées.

Quel est le pire souvenir de votre vie d'ado ?

 

Quand je me suis rendu compte que je n'étais pas aimée d'un garçon que j'aimais. Lors de la première blessure amoureuse, on ne sait pas quand la douleur va s'arrêter, et on ne sait pas qu'on va se relever. Je me rappelle d'un truc dévastateur : je m'étais fait plaquer comme une malpropre ! Mais sentimentalement, je n'ai jamais eu peur d'essayer. Je ne suis pas quelqu'un qui laisse passer la vie.

Et le meilleur souvenir ?

 

Le week-end de révision du bac. Avec mes amis, nous sommes partis dans la maison de campagne de mon beau-père, dans la Nièvre [53]. On a tout fait sauf réviser... Et tout le monde a eu le bac ! Par la suite, j'ai cherché ma voie. J'ai essayé hypokhâgne et la fac de droit, mais j'ai arrêté.

Vous êtes alors partie étudier un an aux États-Unis. Cela vous a plu ?

 

Jean-Marc Roberts, l'éditeur qui avait refusé mon premier roman, m'avait conseillé d'écrire pour le cinéma. Je n'y avais pas pensé. J'ai donc participé à un concours pour entrer dans une école de scénaristes américaine. Et j'ai gagné ! Je suis restée 6 mois à Miami et 6 mois à New York. Là-bas, l'université et la vie coûtent cher. À Miami, sur le campus de la Florida International University, j'étais un peu bloquée sans voiture, et je me suis retrouvée dans un monde superficiel qui n'était pas le mien. New York, en revanche, c'était génial à l'époque : sa vie artistique très riche, son énergie... C'est une ville pour la jeunesse. Si j'avais pu, je serais restée vivre là-bas.

Puis vous êtes rentrée à Paris et, à 19 ans, vous avez commencé à travailler.

 

J'ai commencé comme scénariste. Après avoir gagné le prix Junior du meilleur scénario au Festival de Paris, j'ai vendu un texte à un producteur. À 20 ans, j'ai réalisé une série de reportages sur TFJ [télévision française juive] qui s'appelait "Histoires d'en parler". Plus tard, j'ai travaillé sur les scénarios de la série "Caméra Café" de M6.

Votre mère est lobbyiste et votre père psychiatre. Comment ont-ils réagi face à votre choix de métier ?

Ils étaient désespérés. Mon père me disait que j'allais finir seule dans une chambre de bonne, avec un chat, et qu'il fallait que je trouve un vrai métier ! L'écriture, cela part d'une envie de faire du bien aux gens. Pour rassurer mes parents, je me suis inscrite en lettres modernes à la Sorbonne. Mais, en gros, je n'allais qu'aux partiels.

 

"L’écriture, c’est la maîtrise des dérapages. Il n’y a pas d’école pour ça"


 

De toute façon, on apprend à écrire en écrivant. Selon moi, les écrivains qui ont été trop scolaires écrivent tous de la même façon. Un style, ce sont des défauts qu'on exagère parfois, au lieu de les camoufler, et qui nous donnent une "gueule" incroyable. L'écriture, c'est la maîtrise des dérapages. Il n'y a pas d'école pour ça. Ma vraie école, à Paris, fut Pierre Canavaggio, un critique littéraire aujourd'hui décédé. Il m'a beaucoup conseillée, et il m'a surtout donné une vraie confiance en moi, à l'époque, où je n'avais qu'une collection de lettres de refus de maisons d'édition.

Étiez-vous indépendante financièrement ?

 

Oui, même si je ne vivais pas que de mon activité de scénariste. J'ai fait plein de petits boulots : serveuse, hôtesse, vendeuse chez Zara... Et je me disais : "Je ne voudrais jamais faire ça." Je partageais un appartement à Paris avec ma petite sœur Orianne. Le métro passait en dessous, cela faisait du bruit... Quand nos parents venaient dîner, nous parlions hyper fort et nous mettions toujours de la musique pour que notre père ne s'en rende pas compte et nous engueule !

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent suivre votre voie ?

 

Le métier d'écrivain fait rêver, mais il faut être passionné pour le choisir. Impossible de ne vivre que de sa plume, à moins d'être Marc Levy ! Un autre conseil : si votre manuscrit est refusé par les maisons d'édition, ne vous obstinez pas à renvoyer le même. Écrivez-en un autre. Il ne faut pas avoir peur de faire le deuil de certaines histoires.
 

Biographie express
1978 : Naissance à Paris.
1993 : Écrit son premier roman.
1994 : Obtient son bac à 16 ans.
1996-1997 : Part étudier aux États-Unis.
1998 : S’inscrit à la Sorbonne.
2000 : Scénariste pour "Caméra Café".
2004 : Son premier roman, "Ma place sur la photo", chez Grasset.
2006 : "Le Vieux Juif blonde", sa première pièce, au Théâtre des Mathurins, à Paris.
2015 : Publication des "Promesses", chez Grasset. "Conseil de famille", au Théâtre de la Renaissance, à Paris.

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