1. Les 20 ans d'Antonin Baudry, scénariste de BD : " Je me suis rendu compte que les maths ne permettaient pas de tout comprendre"
Interview

Les 20 ans d'Antonin Baudry, scénariste de BD : " Je me suis rendu compte que les maths ne permettaient pas de tout comprendre"

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Antonin Baudry // © marion Gambin
Antonin Baudry // © marion Gambin

C’est sous le pseudonyme d'Abel Lanzac qu’Antonin Baudry a signé la bande dessinée "Quai d’Orsay", adaptée au cinéma en novembre 2013. Poursuivant en parallèle sa carrière au sein de l'administration culturelle, il a été nommé à la présidence de l'Institut français en octobre 2014. Un an plus tôt, le trentenaire avait fait part à l'Etudiant de son cheminement, de ses moments de doute et de ses choix.

Quels souvenirs gardez-vous de vos années au lycée ?

 
C'est là où je suis tombé amoureux la première fois ! C'est Baudelaire qui m'a permis de supporter l'anxiété extrême où m'avait mis cette situation. Mais à part ça, je ne lisais que des BD : c'est mon père qui m'en a donné le goût, même s'il s'est un peu inquiété ensuite que j'y passe autant de temps.

Pour le bac français, j'ai parcouru les fiches de copains qui résumaient les ouvrages au programme... En revanche, j'aimais bien les maths, que je considérais comme un jeu avec des problèmes à résoudre.
 

C'est ce qui vous a poussé à continuer en prépa scientifique ?

 

De manière assez naïve, je voulais découvrir les équations de l'Univers, sans être fixé sur un métier. Je travaillais beaucoup, mais ces deux années ont été vraiment intéressantes d'un point de vue intellectuel – excepté le mois avant le concours, où il a fallu s'enfermer et bachoter, mais cela n'a duré qu'un mois !

Contrairement à ce qu'on entend parfois sur un lycée comme Louis-le-Grand, l'ambiance était bonne : il n'y avait pas tant de compétition entre les élèves, au contraire j'y ai trouvé beaucoup de solidarité et d'amitié. En tout cas, cela a été mon expérience. Côté enseignants, j'ai eu un professeur de maths qui m'a particulièrement marqué, parce qu'il était à la fois très puissant intellectuellement et très pédagogue. Il se mettait toujours à notre niveau, sans essayer de nous rabaisser. Depuis, on a gardé le contact.


À l'issue des concours, vous êtes reçu à l'École polytechnique, à Palaiseau. Comment s'est passée votre intégration ?

 

On oublie parfois que c'est une école militaire. Quand vous arrivez, un coiffeur vous attend avec la tondeuse. J'avais les cheveux longs et il s'est fait plaisir... Ensuite, j'ai fait mes classes, puis mon service dans l'armée de terre à Coëtquidan [56]. Je n'étais pas très à l'aise dans cet univers. Finalement, j'ai appris beaucoup de choses, notamment en termes de résistance physique : on crapahutait toute la nuit dans la boue et quand on rentrait, il fallait nettoyer son Famas (le fameux fusil français...) pendant plusieurs heures avant d'aller se coucher. S'il y avait la moindre poussière, on démontait tout et on recommençait. Et le lendemain, pas question de s'endormir pendant les cours théoriques... C'était éprouvant, mais intéressant.


Une fois revenu sur le campus de Palaiseau, vous avez davantage profité de la vie étudiante ?

 

Je me suis mis à l'escrime et me suis plongé dans le cinéma asiatique, tout en continuant les maths, et j'ai découvert la biologie, la physique quantique. Puis, un ami m'a prêté le Quatuor d'Alexandrie, de Lawrence Durrell. C'est comme si on m'avait ouvert une porte sur le monde. J'ai compris que les maths ne permettaient pas de tout comprendre, et j'ai fait une sorte de crise mystique. En voyage à Rome, j'ai pris conscience de ce qu'était l'histoire et de l'importance des civilisations. Les maths enseignent la continuité ; l'histoire, ce sont les ruptures.

Je me suis alors senti asphyxié par ce que je faisais. Alors que je terminais mon cursus, je ne me voyais pas devenir ingénieur ni chercheur. J'étais embarqué dans une voie prestigieuse mais dans laquelle j'allais être malheureux, car ce qui me plaisait vraiment, c'étaient les humanités. Il fallait que j'étudie l'histoire, les lettres, la philosophie à fond. J'ai fait part de ce problème à l'école. La réponse de l'institution a été mémorable : dix séances obligatoires chez la psychiatre militaire ! Mais celle-ci m'a dit que j'allais bien, et qu'il fallait que je suive mon intuition.


Vous vous êtes alors lancé dans de nouvelles études, littéraires cette fois. Une réorientation assez radicale...

 

Je me suis en effet inscrit en khâgne. Au mois de mars, alors que je préparais le concours de l'École normale supérieure, mon père est mort. J'avais le choix entre rester chez moi à me morfondre ou travailler à fond. J'ai opté pour la seconde solution et, à la fin de l'année, j'ai intégré Normale sup en lettres et philo. C'était passionnant, mais tout était confus dans ma tête, et je ne savais pas plus ce que je voulais faire ensuite... Pour découvrir d'autres choses, j'ai profité de cette période pour faire des stages à côté de mes études, notamment dans une association à Marseille où l'on organisait des activités culturelles et artistiques pour les gamins des quartiers Nord. J'ai aussi travaillé pendant un an au CRIPS, centre régional d'information et de prévention du sida et de la toxicomanie. Puis j'ai fait un DEA [diplôme d'études approfondies, actuel master 2] de cinéma.


Votre parcours est tout sauf linéaire ?

 

C'est vrai, mais à chaque fois, je me suis réellement passionné pour ce que je faisais, et aujourd'hui je continue à beaucoup m'intéresser aux disciplines que j'ai étudiées, d'autant que j'ai gardé des amis de chacune de ces périodes. Par exemple, je continue à lire des maths la nuit, en essayant de comprendre ce que font mes amis devenus chercheurs. J'ai conscience d'avoir eu beaucoup de chance. J'étais un cas atypique et j'ai pu me former dans des domaines très différents. Pour moi, travailler pour l'État était à la fois une obligation et une évidence, ne serait-ce que pour rendre un peu de ce que j'avais reçu.


C'est ainsi que vous avez rejoint le cabinet de Dominique de Villepin quand il était ministre des Affaires étrangères ?

 

D'anciens élèves de l'ENS m'ont dit qu'il cherchait une plume. Je ne voulais pas forcément me lancer dans cette activité, mais un ami m'a incité à passer un entretien, et quoique plutôt de gauche – j'ai même eu une période trotskiste quand j'étais adolescent –, j'ai été séduit par Dominique de Villepin, par sa personnalité tourbillonnante que je décris dans Quai d'Orsay, ainsi que par son refus de la politique partisane. En 2004, je l'ai suivi au ministère de l'Intérieur puis à Matignon où j'étais en charge des dossiers culturels internationaux. Ensuite, le Quai d'Orsay m'a proposé un poste de conseiller culturel en Espagne, puis à New York.


Saisir les opportunités quand elles se présentent, c'est ainsi que, selon vous, on construit son chemin ?

 

Certains creusent un sillon précis, dans un domaine où ils deviennent experts. Moi, je n'ai jamais su ce que j'allais faire à l'étape d'après. Je vois un peu la vie comme une aventure. C'est peut-être un peu risqué, mais assez enthousiasmant ! Si l'on n'est pas sûr de soi, si l'on n'a pas de vocation, il faut aller vers sa passion, sans trop faire de calculs : c'est là qu'on est le meilleur.


Ne peut-on, cependant, essayer de rationaliser ses choix ?

 

Une décision demande bien sûr d'analyser la situation, mais ensuite, je crois qu'il faut se laisser guider par l'intuition. Et accepter de se tromper parfois : c'est un pari. L'important, selon moi, est surtout de rendre concrets les choix que l'on a en tête. Mais ce n'est pas facile. À 20 ans, on doit prendre des décisions assez lourdes pour la suite, surtout en France où l'on se spécialise très vite : il faut choisir une orientation professionnelle sans savoir exactement ce que recouvre telle discipline à la fac, à quel métier elle mène, ni si cela nous correspond.

C'est souvent très abstrait, d'où l'importance, à mes yeux, de multiplier les expériences via des stages ou un engagement associatif. Rencontrer des gens d'âges et d'horizons différents, discuter avec eux, essayer de comprendre ce qu'ils font et pourquoi ils le font me paraît également fondamental. L'un de mes meilleurs amis a 88 ans, un autre, 17 ans. Et avec chacun d'eux, nous parlons de façon différente, mais nous parlons des mêmes choses ! Chacun apporte sa manière de voir, en fonction de son expérience et de ses problèmes. Cela donne des échanges passionnants. Je pense vraiment qu'il est vital de ne se laisser enfermer dans aucune catégorie, ni sociale, ni générationnelle, ni professionnelle.


 

Biographie express
1975
: naissance à Paris.
1994 : intègre Polytechnique.
1998 : entre à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, à Paris.
2002 : devient conseiller de Dominique de Villepin, chargé des discours, au ministère des Affaires étrangères.
2006 : devient conseiller culturel à l'ambassade de France à Madrid.2010 : devient conseiller culturel de l'ambassade de France à New York. Sortie du tome 1 de la bande dessinée Quai d'Orsay, Chroniques diplomatiques.
2011 : sortie du tome 2 de Quai d'Orsay, Chroniques diplomatiques, Prix du meilleur album de l'année au festival d'Angoulême 2013.
Novembre 2013 : sortie en salles du film.
 


Et si c'était à refaire ?

Antonin Baudry a passé le T.O.P., le test d'orientation de l'Etudiant. A-t-il un profil de polytechnicien, diplomate, devenu scénariste de BD ? Sans aucun doute !

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Son bilan T.O.P
 

Un profil "Artiste Investigateur" tendance "Social" correspond aux pôles de compétences majeurs d'Antonin Baudry, mais le côté "Investigateur" peut prendre la première place, l'aspect "Entreprenant" est très fort et le pôle "Réaliste" est important aussi. De multiples combinaisons sont donc possibles !

Pôle "Artiste" : imagination, curiosité, créativité, passion sont les mots-clés de la sphère de compétences liée à ce pôle. Il caractérise des personnes qui ont des idées et ont besoin de les exprimer via une activité artistique. Capables de se passionner, elles suivent leurs émotions, aiment se démarquer et ont soif de liberté.

Pôle "Investigateur" : apprendre, chercher, comprendre sont les verbes associés à ce pôle. On le retrouve chez celles et ceux qui aiment raisonner, résoudre des problè-mes complexes. Des personnes souvent attirées par ce qui est d'ordre intellectuel ou scientifique.

Pôle "Social" : c'est celui du contact, de la communication, de la transmission. Il indique un bon sens relationnel et correspond à des personnes qui ont besoin d'aider, de transmettre, d'avoir un métier tourné vers les autres ou utile à la société...

Son profil, son métier...

Le pôle "Artiste", dominant dans les résultats d'Antonin Baudry, correspond souvent à des "personnalités" ayant des parcours qui se démarquent et donc à Abel Lanzac, scénariste de BD derrière lequel se cache Antonin Baudry... Ces résultats collent bien à ceux des scénaristes, qui ont en général un profil AIS, AIE ou AIR. Cela dit, le bilan détaillé d'Antonin Baudry montre que le pôle "Investigateur" peut prendre le dessus.

Son parcours d'études est en adéquation avec son profil tourné vers la réflexion et la créativité... Un caractère et des motivations qui poussent à apprendre, chercher, comprendre, créer sans cesse. La personne est guidée par ses passions, ses intuitions et a par ailleurs besoin de reconnaissance et d'utilité sociale.

Normalien, polytechnicien, diplomate, conseiller politique, conseiller culturel, ses études puis sa carrière correspondent bien au profil "Artiste Investigateur" ou "Investigateur Artiste". Sans ce pôle "Investigateur" très fort, il n'aurait sans doute pas fait des études aussi exigeantes et brillantes. La combinaison "AI" se retrouve chez des personnes dotées d'une grande curiosité intellectuelle. Plutôt "IA" quand il est diplomate et spécialiste des questions culturelles le jour, Antonin Baudry est "AI" la nuit, quand il est scénariste de BD !
 

Les secteurs et les métiers que peuvent viser ceux qui ont le profil AIS/IAS/IAE/IES


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