1. Les 20 ans de Christophe André, psychiatre et psychothérapeute
Témoignage

Les 20 ans de Christophe André, psychiatre et psychothérapeute

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Très tôt, dans le cadre de ses études en psychiatrie, Christophe André s’est intéressé aux troubles émotionnels, anxieux et dépressifs. // © Eric Garault / Pasco
Très tôt, dans le cadre de ses études en psychiatrie, Christophe André s’est intéressé aux troubles émotionnels, anxieux et dépressifs. // © Eric Garault / Pasco

Christophe André, psychiatre et auteur à succès, est l’un des chefs de file de la psychologie positive. Dans son bureau de l’hôpital Sainte-Anne à Paris, il revient sur sa vie d’étudiant et l’évolution de ses pratiques professionnelles.

Adolescent, pensiez-vous devenir psychiatre ?

Dans ma famille, assez pauvre, il n’y avait jamais eu de médecins. Quand j’étais au collège et au lycée, en banlieue toulousaine, au début des années 1970, c’était l’époque des missions spatiales et du Concorde, tout le monde rêvait d’être ingénieur. J’avais une âme de littéraire, pourtant j’étais en série scientifique. En terminale, en cours de philosophie, j’ai eu un coup de foudre pour l’œuvre de Freud. Je me suis dit : "Ce type est passionnant, je veux faire comme lui." Je me suis donc tourné vers des études de médecine. Voilà comment je ne suis pas devenu ingénieur.

Quelle était votre matière préférée ?

J’étais très bon en français et en philosophie. C’était avec les professeurs de ces matières que j’avais les meilleures relations. Pour autant, j’ai développé une puissance de travail en série scientifique qui m’a servi ensuite.

Étiez-vous bon élève ?

Je l’étais pour des raisons précises : je ne voulais pas mettre mes parents dans le pétrin en redoublant, cela aurait été compliqué pour eux financièrement. J’étais anxieux, je n’avais pas envie de décevoir les professeurs et de passer au tableau sans connaître ma leçon. J’aimais bien étudier, l’école n’était pas douloureuse pour moi.

Vous souvenez-vous de votre bac ?

En 1973, avec mes copains, nous étions tous venus en pyjama au lycée, un mois avant le bac. Et à l’époque, ça ne rigolait pas. Nous nous étions tous fait exclure définitivement, sans possibilité de revenir. Mes parents étaient furieux, ils m’ont menacé de me mettre dehors si je ne décrochais pas le bac. J’avais intérêt à l’avoir !

Ici, en 1978. Il a 22 ans et il a déjà choisi de s’orienter vers des études de médecine.  // © Photo fournie par le témoin
Ici, en 1978. Il a 22 ans et il a déjà choisi de s’orienter vers des études de médecine. // © Photo fournie par le témoin

Votre légendaire "zénitude" était-elle naturelle à l’époque ?

Elle ne l’est même pas aujourd’hui ! J’y ai travaillé. Elle n’est ni génétique ni transmise. Mes parents étaient de grands anxieux, dépressifs, très fragiles, aux vies compliquées. Mais j’ai vite compris qu’il était plus agréable d’être heureux que malheureux, d’être zen que stressé. C’est pourquoi très rapidement, en psychiatrie, je me suis intéressé à ces questions.

Où avez-vous fait vos études de médecine ?

À l’université Toulouse 3-Paul-Sabatier. Je suis arrivé la première année où il y avait un concours de sélection pour accéder en deuxième année de médecine. J’ai été reçu au concours du premier coup.

Lire aussi : Êtes-vous fait(e) pour les études de médecine ?

J’avais choisi de me mettre en colocation avec le plus gros bosseur de ma promotion. À chaque fois que je levais la tête ou que j’avais envie de faire autre chose, il m’engueulait, car il voulait que je l’aide à rester motivé aussi. Il a été mon arme fatale pour ne pas redoubler.

Étiez-vous engagé ?

Au lycée, pas du tout : j’étais très gamin, j’avais des copains mais j’étais un peu solitaire, rêveur, hors du monde. C’est à la fac que j’ai découvert la notion d’engagement. C’était l’époque post-68, très idéologisée, avec ses combats politiques, ses manifestations… J’avoue que j’étais plutôt attiré par le côté festif des manifs : scander des slogans ensemble, ou se bagarrer un peu avec les étudiants d’extrême droite ! J’allais manifester car mes petites amies y allaient, mais je n’ai jamais eu la fibre politique.

Auriez-vous aimé devenir enseignant ?

J’ai enseigné la psychothérapie et la thérapie comportementale à l’université Paris-Nanterre, et j’ai donné des leçons dans des cursus universitaires de méditation et de neurosciences. J’aime enseigner. Mes livres, aussi, sont pédagogiques, j’essaie de transmettre des connaissances que je pense utiles pour le lecteur.

Avez-vous été marqué par des figures imaginaires ou réelles ?

Comme tous les gamins de familles communistes, j’étais abonné à la revue des jeunes communistes. Au début, elle s’appelait "Vaillant", puis "Pif Gadget". Cet hebdo mettait en scène des héros qui incarnaient l’idéal communiste de l’époque : la fraternité, la justice, etc. L’un d’entre eux s’appelait Docteur Justice, c’était un médecin, un peu le précurseur de Médecins sans frontières. J’adorais cette BD, à une époque où pourtant je n’avais pas encore décidé de l’imiter. Il m’a peut-être in­consciemment influencé. J’ai aussi été très inspiré par Martin Luther King, figure qui m’a ému aux larmes dans son combat non violent pour les droits civiques.

Christophe André exerce à l’hôpital Sainte-Anne à Paris depuis 1992. Chef de file des thérapies comportementales et cognitives, il intègre l’usage de la méditation en psychothérapie dès la fin des années 1990. Ici, en 2008, dans les locaux de l’hôpital. // © Jerome CHATIN/EXPANSION-REA
Christophe André exerce à l’hôpital Sainte-Anne à Paris depuis 1992. Chef de file des thérapies comportementales et cognitives, il intègre l’usage de la méditation en psychothérapie dès la fin des années 1990. Ici, en 2008, dans les locaux de l’hôpital. // © Jerome CHATIN/EXPANSION-REA

Quel lecteur étiez-vous ?

Je lisais tout, j’étais même prêt à lire l’annuaire ! J’ai dû savoir lire à 4 ou 5 ans, ma mère m’ayant appris très tôt. Pour mon anniversaire, mon père m’a offert un livre plutôt qu’un jouet. C’était un petit livre de la Bibliothèque rose, pas un livre d’images. Il y avait du texte, des lettres. Je n’y ai pas touché pendant quinze jours et puis je m’y suis mis et je l’ai dévoré en un après-midi. Ensuite, j’ai lu tout ce qu’il y avait à la maison.

Quelle spécialité avez-vous choisie en psychiatrie ?

Très tôt, je me suis intéressé aux troubles émotionnels, anxieux et dépressifs. C’est-à-dire des émotions normales, qui sont dérégulées, qui sont trop fortes. C’est normal d’être un peu anxieux mais pas de ne pas dormir, c’est normal d’être un peu triste mais pas d’être désespéré.

En 2004, j’ai initié les premiers groupes de méditation à l’hôpital Sainte-Anne.

À l’époque, on se préoccupait davantage des anorexiques, des alcooliques et des schizophrènes. Pour les psychiatres, les autres étaient des "petits patients", alors que leurs perturbations émotionnelles leur gâchaient la vie. Je me suis dit qu’il y avait un service à leur rendre.

Vous avez ainsi mis en place des groupes pour patients souffrant de TOC…

Aux patients qui souffraient de ces troubles obsessionnels compulsifs, on faisait faire des exercices ensemble, comme aller chanter dans le métro, pour traiter leurs phobies sociales. Des méthodes nouvelles ! Et efficaces.

Lire aussi : Êtes-vous fait(e) pour devenir psychiatre ?

En devenant un psychiatre plus expérimenté, je me suis intéressé à la prévention et à la gestion de ces troubles sur le long terme. J’ai alors intégré la méditation et la psychologie positive dans mes travaux à la fin des années 1990. En 2004, j’ai initié les premiers groupes de méditation à l’hôpital Sainte-Anne. C’était perçu avec condescendance, voire avec méfiance – on me suspectait de faire partie d’une secte. Puis, voyant que les résultats étaient positifs, cela a été accepté.

À l’heure du tout numérique, quels conseils donneriez-vous aux étudiants ?

Les écrans, c’est génial, on gagne un temps fou pour accéder au savoir et rester en lien avec les gens qu’on aime. Le problème, c’est la dépendance. Des personnes consultent frénétiquement leur téléphone au moindre temps mort, au lieu de prêter attention à leur environnement. Le temps passé devant un écran s’est imposé au détriment d’autres activités. Il est volé sur le temps de sommeil et sur le temps d’interaction avec les proches. C’est quand même assez grave. Les gens qui travaillent sur leur ordinateur, pour se détendre, envoient des SMS ou vont sur Instagram, au lieu de se lever, de faire des étirements ou de sortir marcher…

Dans votre dernier livre, "La Vie intérieure", vous soulignez l’importance de l’introspection. Comment la cultiver quand on est étudiant ?

Quand on est étudiant, la vie extérieure est très importante, entre les cours, les examens et les sorties. Mais la vie intérieure, c’est la source de ce que nous sommes. De temps en temps, cela vaut la peine de faire une pause et de se demander : comment ça va là-dedans ? Qu’est-ce que je ressens ? Quelles sont mes envies, mes motivations ? On peut faire un peu de méditation, un peu de contemplation, comme observer un coucher de soleil avec les copains. Se demander si on est bien, si on est raccord avec sa vie. La vie intérieure, c’est prendre soin de soi, c’est faire ces petits pas de côté pour se relier à soi avant de se remettre dans le flot. C’est précieux de rester relié à soi et de garder des fenêtres de respiration.

Biographie express

1956 : naissance à Montpellier (34).
1980 : interne en médecine, à Toulouse (31).
1992 : quitte Toulouse et s’installe à Paris.
1995 : publication de son premier livre, La Peur des autres, aux éditions Odile Jacob.
2016 : obtient le prix Jean-Bernard de la Fondation pour la recherche médicale et devient chroniqueur sur France Inter.
2017 : publication de La Vie intérieure, aux éditions de L’Iconoclaste.