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Interview

Les 20 ans de Frédéric Borel, architecte

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À 20 ans, Frédéric Borel, lauréat du Grand Prix national d’architecture en 2011, étudie à l’École spéciale d’architecture à Paris. Une période déterminante, car il rencontre notamment Christian de Portzamparc, jeune professeur à l’école, dont il deviendra le collaborateur.



De haut en bas et de gauche à droite : Halte-garderie Valmy à Paris, Palais de Justice à Laval,
Immeuble rue Pelleport à Paris,  Ecole d'architecture de Paris-Val-de-Seine,
Restaurant interentreprises à Roissy-en-France, Théâtre et conservatoire de musique à Dreux,
quelques-unes des réalisations de Frédéric Borel.


Quels souvenirs gardez-vous de vos années de lycée ?

 
Hormis le déménagement de toute la famille d’Avignon [84] à Annecy [74] qui a entraîné des ruptures amicales, c’est une période plutôt agréable. Je n’étais pas un excellent élève, mais je me situais dans le premier tiers de la classe. J’aimais bien les sciences naturelles, la géométrie et le dessin, bien sûr. J’appréciais aussi le sport. Je faisais beaucoup de foot, un peu de handball ainsi que de la course à pied que je pratique toujours.

Comment votre vocation pour l’architecture est-elle née ?

 
Elle est venue assez tard. C’est un métier à la convergence de divers désirs et matières. J’ai toujours aimé bâtir, depuis l’enfance. Avec un grand-père menuisier et un père ingénieur, j’ai dû récupérer quelques gènes ! Et puis, à l’adolescence, j’ai découvert la peinture et son côté visionnaire, surtout à travers les livres. Ce qui me fascinait, c’était le fait d’être dans une bulle. Au travers de la peinture, la réalité semble transfigurée, on a l’impression qu’elle est plus belle ou plus forte.

Quels étaient vos coups de cœur en matière picturale ?

 
J’aimais les peintres passionnés ou visionnaires comme Vlaminck, Van Gogh mais également Dali, pour le côté surréalisme et son perfectionnisme. J’ai eu un choc en découvrant à Paris le tableau de Gustave Caillebotte, les Raboteurs de parquet, lors d’une visite annuelle à la capitale. C’est une peinture hyperréaliste qui donne l’impression que les ouvriers sont devant nous. C’est l’énigme d’une peinture qui raconte du temps, c’est une chose formidable ! À 18 ans, je voulais devenir peintre, mais mes parents n’étaient pas trop favorables, sans pour autant exprimer une interdiction.

Comment, de la peinture, arrive-t-on à l’architecture ?

 
Je pense être allé vers ce qui pouvait me correspondre : entreprendre, bâtir tout en faisant travailler son imaginaire. J’allais peu au cinéma, mais cette capacité du 7è art à nous emmener ailleurs, comme la peinture, me fascinait. C’est un peu ce que j’ai eu envie de faire plus tard dans mon métier. Au moment du bac, il a fallu choisir une voie. L’architecture était une activité inconnue dans ma famille, mais j’ai osé ce choix, en douceur et naturellement.

Pourquoi avoir choisi Paris pour faire vos études ?

 
J’aurais pu rester à Grenoble ou à Lyon, mais mes parents, qui avaient eux-mêmes fait leurs études à Paris, m’ont poussé vers la capitale. Je me suis retrouvé seul et c’était un peu dur, mais j’avais le sport comme exutoire. J’ai choisi l’École spéciale d’architecture, car à l’époque, c’était le seul établissement qui accueillait des jeunes venant de province ou de l’étranger. Il y avait d’ailleurs des étudiants d’une cinquantaine de nationalités différentes. J’avais des copains riches et pauvres, c’était très varié et beaucoup moins élitiste qu’aujourd’hui. C’était une école ouverte et un peu chaotique, sans véritable ligne d’enseignement ou de profs d’exception.

Comment financiez-vous vos études ?

 
J’ai travaillé dur ! J’ai fait un peu tous les métiers, comme manutentionnaire de nuit à décharger des cagettes à Annecy pendant les vacances. Durant l’année, j’ai fait beaucoup de petits boulots, notamment à l’école, à la cafétéria ou à la bibliothèque. À l’époque, les études duraient 4 ans et, pour payer les frais de 10.000 F l’année [environ 1.500 €, NDLR], il fallait travailler au moins deux mois et demi par an. Je vivais dans une chambre de bonne avec un budget très modique.


Comment vos parents ont-ils réagi quant à votre choix d’orientation ? Le fait de vous savoir à Paris était-il une garantie ?

 
Ça les rassurait de se dire que j’allais rencontrer des gens, et ils avaient complètement raison. Plus que la qualité des études, l’intérêt d’être à Paris vient du fait que c’est la ville de la richesse. J’emploie ce terme non pas dans un sens monétaire mais dans le sens des rencontres, de l’échange et de la culture. C’était un lieu de possibilités pour se construire. À l’École spéciale d’architecture, j’ai d’ailleurs eu la chance de rencontrer un enseignant qui m’a invité à travailler à ses côtés.

En quoi cette rencontre avec ce jeune architecte, Christian de Portzamparc, a-t-elle été importante ?

 
Je l’ai rencontré presque à la fin de mes études et il m’a permis de travailler à ses côtés pendant 3 ou 4 ans. C’était une période d’émulation réciproque, très riche et formatrice. On découvre des choses, on apprend et on comprend ce que peut être l’architecture. Il débutait son activité professionnelle et il était un peu seul. C’était une période intéressante, car j’étais encore étudiant tout en ayant un pied dans le milieu.
J’ai travaillé un peu sur le projet du Conservatoire de musique de Paris et je suis parti de son agence au moment où celle-ci a remporté le concours de la Cité de la musique, à La Villette. Au bout de 4 ans de collaboration, j’ai eu besoin de prendre l’air et d’essayer des choses tout seul.

Que s’est-il passé alors ?

 
J’ai tenté un concours pour de jeunes architectes, le programme d’architecture nouvelle, le PAN. Le sujet, cette année-là, portait sur la banlieue. J’ai proposé un projet fondé sur un parcours dans la ville à Romainville [93] et j’ai été un des lauréats. Cela représentait une bonne carte auprès des institutions et des maîtres d’ouvrage.

Quelle a été votre première construction personnelle ?

 
C’était un immeuble de logements situé boulevard de Belleville, dans le nord de Paris. En France, on a la chance de pouvoir faire les choses quand on est jeune. Le prix dans le cadre du PAN m’a ouvert des portes, bien sûr, mais il y a aussi du travail derrière ce projet. La caractéristique de cet immeuble est d’être un espace offert, ouvert sur le boulevard. Plutôt que de cadenasser la rue, comme c’est le cas des immeubles haussmanniens, j’ai tourné cet espace protecteur vers les autres, en offrant aux habitants de l’immeuble la vie du boulevard, le marché, ses couleurs et l’ambiance cosmopolite. C’est un projet qui a fait évoluer le regard et qui a été une réussite.

Au final, que retenez-vous de cette période de jeunesse ?

 
Le plus important pour moi a été les rencontres qui m’ont aidé à me construire. Contrairement à la peinture, l’architecture est un métier que l’on ne peut pas exercer sans les autres. Mais je n’ai jamais eu vraiment de maître. J’ai réussi à mener un parcours assez libre : je ne suis pas entré en religion ! Même si notre sensibilité se construit autour et grâce aux autres, il faut avoir le courage de rester vigilant quant à ses propres désirs.

Pour conclure, quelles sont les qualités nécessaires pour devenir architecte ?

 
Il faut de la rigueur, de l’imagination, du courage et, surtout, un bon esprit de synthèse. La rigueur est importante car on ne fait rien tout seul : on travaille pour les autres et avec l’argent des autres. L’imaginaire est un point clé, de même que le plaisir et l’envie de partager. Comme un peintre ou un cinéaste, l’architecte peut montrer le monde autrement. Enfin, il faut du courage pour accepter l’adversité et les aléas de projets qui, parfois, sont arrêtés faute de budget ou à la suite d’un changement politique. Un architecte doit faire la synthèse entre des préoccupations sociales, financières et techniques.
 
 
Biographie express
1959 : naissance à Roanne (42).
1977 : obtient un bac D (l’équivalent aujourd’hui d’un bac S option SVT) à Annecy (74). Entre à l’ESA (École spéciale d’architecture) à Paris.
1981 : commence à collaborer avec Christian de Portzamparc.
1982 : diplômé de l’ESA.
1984 : lauréat du PAN (programme d’architecture nouvelle).
1985 : première commande sur le boulevard de Belleville (achevée en 1989). Crée aussi son agence à Paris.
2006 : palais de justice de Narbonne.
2007 : École d’architecture de Paris-Val-de-Seine.
2011 : reçoit le Grand Prix national de l’architecture.
 

 
 

Et si c’était à refaire ?
 

Frédéric Borel était-il voué à devenir architecte ? Nous lui avons fait passer le T.O.P., le test d’orientation de l’Etudiant.

Son bilan T.O.P.

Un profil "Artiste/Investigateur" tendance "Social" : voilà ce qui se dégage de l’étude des pôles de compétence majeurs de Frédéric Borel, où ressort aussi un fort côté "Réaliste".
 


>Pôle "Artiste" :
ce pôle définit des personnes qui ont des idées, qui peuvent se passionner, suivre leurs émotions et leurs intuitions. Elles ont en général besoin de découvertes, de variété et craignent parfois la routine. Elles aiment se démarquer et ont souvent besoin de liberté.
 
>Pôle "Investigateur" : apprendre, réfléchir, chercher, comprendre sont les notions rattachées à ce pôle. Celui-ci caractérise des personnes qui aiment raisonner, résoudre des problèmes complexes, rechercher des informations afin de mieux comprendre leur environnement. Elles ressentent le besoin d’étudier et de se former.

>Pôle "Social" : contact, communication, transmission… ce pôle indique un bon sens relationnel. Il correspond souvent à des personnes qui ont besoin de se sentir utile, d’avoir un métier tourné vers les autres.

>Pôle "Réaliste" : il indique en général des capacités manuelles, techniques ou physiques/sportives, il peut révéler un intérêt pour la nature comme un besoin de terrain.
 
Son profil, son métier…

Les résultats concernant Frédéric Borel sont clairs et son profil correspond à celui des architectes, qui naviguent souvent entre les profils AIS (Artiste/Investigateur/Social) et AIR (Artiste/Investigateur/Réaliste) ! En effet, il est évident qu’un architecte est le plus souvent créatif, a de l’imagination, des idées.

Le pôle "Artiste" dominant dénote un sens esthétique, le besoin de créer, d’apporter des idées nouvelles. Combiné au pôle "Investigateur", il permet de conceptualiser, d’inventer, de découvrir, d’innover, en associant les idées et le raisonnement. Architecture, écriture, création musicale sont quelques domaines souvent investis par les personnes chez lesquelles ces deux pôles dominent.

C’est le plaisir de transmettre qui ressort de manière également très forte derrière le pôle "Social" de Frédéric Borel, ainsi que le sens relationnel, le goût du contact et de l’échange, le besoin de se sentir utile.

Notons enfin que le bilan détaillé du Test Orien­tation & Potentiel de Frédéric Borel montre une forte pointe sur les dimensions manuelles et/ou techniques du pôle "Réaliste", pôle souvent marqué chez les architectes car ils aiment également travailler dans le concret.

Pour aller plus loin : Quelles études suivre pour devenir architecte ? / Au cœur de l’école d’architecture de Strasbourg : chez les bâtisseurs du futur / Le banc d'essai 2015 des écoles de design : les formations préférées des pros