1. Les 20 ans de Marie Desplechin : "En hypokhâgne et en khâgne, j'ai le sentiment de n'avoir rien appris"
Interview

Les 20 ans de Marie Desplechin : "En hypokhâgne et en khâgne, j'ai le sentiment de n'avoir rien appris"

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Les 20 ans de Marie Desplechin. // © Frédéric Stucin/Pasco and Co
Les 20 ans de Marie Desplechin. // © Frédéric Stucin/Pasco and Co

Marie Desplechin, auteur de livres pour enfants, puis pour adultes, a été une lycéenne engagée. Elle revient sur son parcours étudiant qui l’a conduite en classe prépa, en fac, puis en école de journalisme.

Vous saviez lire dès l'âge de 4 ans, comment avez-vous abordé l'école 

J'ai détesté aller à l'école jusqu'en CM2. J'ai appris à lire très tôt, ce qui fait que je me suis ennuyée par la suite. Heureusement, en dernière année d'école primaire, j'ai eu une maîtresse géniale. Elle nous faisait travailler en groupe, ne donnait pas de devoirs – je me suis rendu compte, des années après, qu'elle employait la méthode Freinet. J'avais inventé un travail de broderie à réaliser pendant les récréations rien que pour rester auprès d'elle. Elle m'a réconciliée avec le système scolaire.

Quelles étaient vos matières préférées ?

J'ai toujours été bonne en français et nulle en maths. J'ai donc dû renoncer à mon envie de collégienne de devenir médecin. Et pourtant… j'en ai pris des cours particuliers de maths, avec des professeurs, des amis. En vain ! Cependant, comme je lisais énormément et que j'adorais écrire, les enseignants ne se faisaient pas trop de soucis pour moi. J'étais une bonne élève qui aimait apprendre mais pas forcément en travaillant en classe ou en faisant ses devoirs. Je me suis intéressée à l'histoire, à la géographie ou à la philosophie en participant aux mouvements politiques très vivants, à l'époque, dans le milieu lycéen.

Étiez-vous une lycéenne engagée ?

Je faisais partie d'un comité d'action lycéen et de différentes associations de gauche, ou plutôt d'extrême gauche. C'est l'idéal quand on est jeune pour apprendre à parler en public, défendre ses idées, organiser un événement, récolter des soutiens… Je me souviens de la mobilisation contre la réforme Haby [ancien ministre de l'Éducation nationale qui a mis en place le collège unique en 1975, NDLR] ou pour la défense de militants basques exécutés par le régime de Franco. Nos professeurs, au lycée Baudelaire [à Roubaix, dans le Nord], étaient bienveillants. L'une d'entre elles demandait, par exemple : "Qui a écrit le tract de samedi dernier ? Il est très bien !" La plupart étaient des femmes, agrégées, souvent engagées. Elles étaient brillantes. J'ai su construire des plans structurés bien avant d'aller en prépa.

Vos parents vous encourageaient-ils à militer ? À suivre des études ?

Mes parents militaient au PSU [Parti socialiste unifié] et nous avions parfois des opinions divergentes. Mais ils nous laissaient libres de faire ce que nous voulions. Ils avaient le regret de n'avoir pas pu faire d'études. Ils considéraient donc comme une chance merveilleuse, pour leurs quatre enfants, d'étudier. Dès lors, la question de savoir si nous devions réussir ne se posait pas.

Après le bac, vous entrez en prépa. Quel était votre projet professionnel ?

Je n'ai jamais eu de projet professionnel. Ce sont mes professeurs qui m'ont inscrite en prépa littéraire, au lycée Faidherbe, à Lille [59]. Comme je n'avais pas de petit ami cette année-là, je me suis mise au travail et j'ai eu de très bonnes notes. Puis, j'ai voulu rejoindre mon copain à Paris. Parce que le nom de ce lycée sonnait bien, j'ai envoyé un dossier à Henri-IV. Je garde un très mauvais souvenir de mon année de khâgne là-bas. L'histoire d'amour était terminée et je vivais seule, à Sèvres [92]. J'étais complètement perdue dans Paris ! J'ai mis six mois à me rendre compte que je ne descendais pas à la bonne station de métro pour me rendre au lycée ! Surtout, je n'avais aucun ami. Personne, dans la classe, ne lisait de romans, ni le journal. Ils ne pensaient qu'aux concours. Je ne savais pas avec qui aller manifester ! Je me souviens d'avoir finalement défilé avec des préparationnaires de l'École des chartes qui étaient à la NAF [Nouvelle action française, mouvement royaliste de gauche].

En février 2012, vous avez écrit un texte sur le mal de vivre des élèves de prépa…

J'ai énormément travaillé en hypokhâgne et en khâgne et j'ai le sentiment de n'avoir rien appris… À part le découragement, peut-être. L'univers des prépas correspond à certains profils, protégés par leur famille et qui possèdent une intelligence de type professorale. Mon article sur les prépas, publié dans Le Monde et intitulé "L'excellence au prix fort", a suscité une avalanche de réactions. Je ne m'y attendais pas et je regrette de n'avoir pas été un peu plus radicale. Au moins, le papier aurait mérité la polémique !

Lorsque vous arrivez à l'université, êtes-vous plus à l'aise dans vos études ?

Je me souviens de tous mes professeurs de fac alors que j'ai oublié ceux de prépa, à l'exception du prof d'histoire d'hypokhâgne qui avait choisi de s'écarter du programme pour nous ouvrir à l'histoire de l'art. En licence de lettres classiques, à Paris 4, le professeur de littérature médiévale, Charles Méla [également écrivain, grand spécialiste des légendes du roi Arthur], était remarquable.

Vous destiniez-vous à devenir professeur ?

Je me suis inscrite en maîtrise mais j'avais choisi un sujet de mémoire trop ambitieux. J'étais suivie par Charles Méla qui m'a déconseillé de continuer dans la voie universitaire. Une amie de mon père, journaliste au Figaro, m'a donné envie de faire ce métier. J'ai passé le concours d'entrée au CFJ [Centre de formation des journalistes, à Paris] en étant persuadée que je ne l'aurais pas. Parmi les épreuves, il fallait tirer un sujet d'enquête au sort. Je suis tombée sur "La Villette". Je ne savais même pas ce que c'était ! Je me suis renseignée à l'Office du tourisme, puis je suis allée sur place. En une journée, j'ai pu joindre tous les protagonistes du projet d'aménagement du site et j'ai eu une très bonne note. Mais je me suis plantée à l'écrit : mon style était littéraire et non journalistique.

Finalement, vous intégrez le CFJ…

Je n'y croyais tellement pas que je n'ai pas ouvert mon courrier. Un matin, je reçois un coup de fil de l'école, qui me dit : "Où êtes-vous ? Les cours commencent aujourd'hui." La promo était constituée d'une quarantaine de personnalités différentes : il y avait un petit contingent d'étudiants de Sciences po – reconnaissables à leur tenue vestimentaire ! -, un garçon qui n'avait pas eu le bac, une fille de 28 ans qui avait déjà travaillé et moi… la cruchette de gauche, sans doute.

La vocation journalistique est-elle venue pendant vos études ?

Ce n'était pas difficile. Je suis curieuse et je m'intéresse à ce qui se passe. J'ai un bon souvenir de nos cours généraux. J'ai d'autant plus appris qu'il fallait travailler sur des mémoires dont nous choisissions le sujet. Les journalistes professionnels, eux, n'étaient pas pédagogues. L'un d'entre eux m'a dit : "Vous ne savez pas écrire, vous ne saurez jamais écrire." Alors… je me suis tournée vers le secrétariat de rédaction et la mise en page, moi qui suis plutôt bordélique ! Une fois diplômée, j'ai travaillé pour des journaux professionnels ou institutionnels, je faisais un peu de tout jusqu'à ce qu'on me propose de participer au lancement de l'agence Textuel. Quatre ans plus tard, je démissionnais pour travailler en free-lance. J'ai ensuite écrit des livres pour enfants… Et il a fallu que j'aie passé 40 ans pour publier des articles dans la presse !

Referiez-vous le même parcours ?

J'ai perdu du temps, mais les ratages aussi ont leur intérêt. J'ai fait un peu de Qi Gong, avec un professeur chinois qui disait, avec son merveilleux accent : "Si réussi, réussi, si pas réussi, s'en fout." C'est devenu une de mes devises. J'ai adopté une autre maxime, de Lao Tseu : "Assieds-toi au bord de la rivière et attends, tu verras passer le cadavre de ton ennemi." Certaines personnes peuvent vous juger ou vous faire mal. Au point de changer vos projets. Mais il ne faut lâcher qu'en surface. Plus tard, d'une façon ou d'une autre, on arrivera à faire ce qu'on voulait.

Biographie express
1959 : naissance le 7 janvier à Roubaix (59).1976 : obtient son bac et entre en classe prépa littéraire.
1980 :
entre au CFJ (Centre de formation des journalistes).
1993 :
parution de son premier roman jeunesse, “Le Sac à dos d'Alphonse” (École des loisirs).
1998 :
parution de “Sans moi” (éditions de l'Olivier).
2013 :
parution de “La Classe” (éditions Odile Jacob), à partir de rencontres entre des élèves de Sciences po Lille et des collégiens.

Et si c'était à refaire ?

Marie Desplechin a passé le T.O.P., le test d'orientation de l'Etudiant. Son profil reflète-t-il le parcours de cette romancière, journaliste, auteure jeunesse, scénariste ?

fleche-rouge Son bilan T.O.P.

Les résultats sont très tranchés dans le bilan de Marie Desplechin. C'est le pôle "Artiste" qui prend la tête de son profil, suivi d'une combinaison des pôles "Social" et "Investigateur" quasiment au même niveau.

Les 20 ans de Marie Desplechin

Pôle "Artiste" : imagination, curiosité, créativité, intuition, passion sont les mots-clés du pôle "Artiste". Il caractérise des personnes qui ont des idées. Elles peuvent être passionnées, suivent leurs émotions et leurs intuitions et ont en général besoin de découvertes, de variété. Elles ont parfois peur de la routine, aiment se démarquer et affirment un besoin de liberté.

Pôle "Social" : contact, communication, transmettre sont quelques termes associés au pôle "Social". Il indique un bon sens relationnel et est souvent lié à des personnes qui veulent se sentir utiles et exercent un métier tourné vers les autres.

Pôle "Investigateur" : apprendre, réfléchir, chercher, sont les mots-clés du pôle "Investigateur". Il révèle des personnes qui aiment se questionner, rechercher des informations afin de mieux comprendre leur environnement, et qui sont souvent attirées par ce qui est d'ordre intellectuel ou scientifique.

fleche-rouge Son profil, son métier…

Les activités qui jalonnent le parcours de l'écrivain Marie Desplechin font toutes appel aux trois pôles de compétences qui se dégagent dans ses résultats au T.O.P.

Ainsi, le pôle "Artiste", qui prend la première place de son profil, combiné aux pôles complémentaires du contact et du besoin de transmettre d'une part et de l'envie d'apprendre et de comprendre, de l'autre, correspondent bien à son parcours de journaliste et d'écrivain passée par la communication, la littérature jeunesse, le scénario…

Les métiers qui font appel à la créativité, à l'imagination, au sens de l'esthétique, à la curiosité sont au cœur du pôle "Artiste" : il caractérise des personnes qui se laissent guider par leurs émotions, leur intuition et qui, très souvent, écrivent. C'est très probablement ce profil créatif et littéraire qui a poussé la future auteure de Trop sensibles vers des études de journalisme et les métiers de la communication.

Les deux autres pôles dominants chez Marie Desplechin, "Social" et "Investigateur", se retrouvent dans les métiers impliquant le goût des autres, le besoin d'utilité sociale, l'envie de transmettre, l'esprit d'investigation, le plaisir de l'enquête et de la recherche, la curiosité intellectuelle.

fleche-rouge Les secteurs et les métiers que peuvent viser ceux qui ont le profil ASI/AIS

ASI

AIS

Administrateur(trice) de théâtre

Chanteur(se)

Concepteur(trice)-rédacteur(trice) de pub

Journaliste radio

Professeur d'art/musique/danse

Voyagiste

Architecte

Auteur(e) dramatique

Chef d'orchestre

Compositeur(trice)

Critique d'art

Écrivain(e)

Humoriste

Journaliste de presse écrite

Scénariste