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Interview

Les 20 ans de Pénélope Bagieu : "Ma mère était persuadée que j’étais une artiste"

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Les 20 ans de Pénélope Bagieu : "Ma mère était persuadée que j’étais une artiste" // © DR
Les 20 ans de Pénélope Bagieu : "Ma mère était persuadée que j’étais une artiste" // © DR

Aujourd’hui illustratrice et dessinatrice de BD, Pénélope Bagieu a dû s’accorder une année de réflexion après le bac pour pouvoir envisager de faire du dessin son métier et découvrir le plaisir d’aller en cours. À 20 ans, elle entrait aux Arts déco de Paris.

Étiez-vous une bonne élève au lycée ?

 

J'avais joué la carte "divorce des parents" – même si ce n'était pas vrai – pour passer en seconde. Au lycée, à part en anglais, je n'étais pas une bonne élève. J'étais nulle en maths et en physique. À tel point que des mots comme "mol" ou "ion" m'angoissent encore aujourd'hui ! Au lycée, j'étais "la fille qui dessine bien".


À quel âge avez-vous commencé à dessiner ?

 

Dès que j'ai su tenir un crayon, je me suis mise à dessiner tout le temps. Mes parents voulaient que je prenne des cours, mais j'étais feignasse !
 

Aviez-vous déjà l'intention d'en faire votre métier ?

 

Je ne concevais pas que dessiner puisse être un métier. J'ai pensé devenir psy, parce que j'aimais observer les gens. J'ai aussi envisagé d'être prof d'anglais, avec l'idée que ce métier aller me laisser du temps libre pour dessiner.
 

L'idée selon laquelle dessiner n'est pas un métier venait-elle de vos parents ?

 

Pas du tout. Ma mère était persuadée que j'étais une artiste. À ce titre, elle estimait même qu'il ne fallait pas m'obliger à ranger ma chambre ! Mes parents pensaient que j'allais découvrir le plaisir d'étudier dès que j'aurais trouvé ma voie. En attendant, ils m'ont incitée à passer mon bac pour ne pas avoir à choisir trop tôt une orientation. Mais ils ne sacralisaient pas du tout l'académique et ne m'ont jamais soûlée avec mes notes.
 

Qu'ont-ils pensé de votre année "sabbatique" juste après le bac ?

 

Ils m'avaient dit qu'il valait mieux prendre le temps de réfléchir plutôt que me lancer dans une voie et faire un burn out dix ans plus tard. Comme mon père voulait m'offrir un "beau bijou qui reste" pour mes 18 ans, je lui ai demandé de m'acheter un billet pour New York à la place.


Cette année de réflexion a-t-elle porté ses fruits ?

 

J'ai débarqué à New York à 18 ans. Cela m'a fait un bien fou de voir que le monde dépassait mon cocon parisien… Quand je n'avais plus d'argent, je rentrais à Paris, je travaillais, puis je repartais. J'ai aussi passé pas mal de temps à la fac, en auditeur libre, en archéologie, histoire de l'art, droit… Et j'ai découvert que je voulais faire du dessin mon métier.
 

Vous êtes donc entrée en prépa à l'Atelier de Sèvres…

 

Même s'il a été dur de se lever à 7h00 tous les jours, c'était top ! Chaque cours semblait durer cinq minutes. J'ai pris une leçon d'humilité. Je n'étais plus "la fille qui dessine bien". Tout le monde dessinait bien. J'ai tenté de me rassurer en me disant que le dessin était une passion pour moi depuis des années. Mais ils étaient tous dans ce cas. J'avais même un désavantage par rapport à d'autres. Je n'avais aucune culture artistique. La prépa a été l'occasion de tout reprendre en histoire de l'art.


Quels souvenirs gardez-vous du concours d'entrée aux Arts décoratifs de Paris ?

 

Un stress de folie ! Le concours se déroulait en quatre rounds espacés d'un mois à partir de février. 1.000 candidats au départ, 80 à l'arrivée. On commence dans l'anonymat, on finit devant un jury de dix personnes chargé d'évaluer votre curiosité et votre envie. Je l'ai raté. J'ai fait un prêt et passé un an dans une école de graphisme en attendant de le repasser.


Les 20 ans de Pénélope Bagieu : Les 20 ans de Pénélope Bagieu :

Et vous avez été admise la deuxième année…

 

Le jour des résultats, j'avais commencé par lire les noms sur la liste d'attente. Comme je n'y étais pas, je ne pensais pas l'avoir. J'ai quand même regardé la liste principale, de bas en haut. Plus je la remontais, moins j'y croyais. Mon nom est apparu vers le haut de la feuille, j'étais très bien classée. C'est l'un des plus beaux jours de ma vie.


Comment vos années aux Arts déco se sont-elles passées ?

 

J'étais nulle et doutais beaucoup, mais j'étais dans la pratique artistique et j'apprenais. Les Arts déco, c'est quatre années pendant lesquelles on peut expérimenter, tout essayer... Cela n'arrive plus jamais après dans de telles conditions.


Vous étiez nulle, dites-vous, mais vous avez décroché votre diplôme…

 

Avec la plus mauvaise note de ma promo ! J'avais fait un film d'animation de dix minutes. Il devait faire rire. Le jury a été silencieux durant la projection et m'a dit qu'il n'était pas trop tard pour changer de voie. J'ai pleuré pendant trois jours. Plus tard, le film a été acheté par Canal + et a obtenu le prix du public à Annecy. Je me suis dit que ça n'était sans doute pas top au niveau artistique mais que cela faisait marrer les gens.


Jeune diplômée, avez-vous trouvé facilement du travail ?

 

J'avais un prêt à rembourser. J'ai commencé avec un boulot alimentaire dans une galerie de mobilier le matin. L'après-midi, j'allais voir les éditeurs et les magazines pour faire de l'illustration. À l'époque, on ne mettait pas de blagues dans un magazine féminin. Heureusement, cela a bien changé depuis !


Vous avez pris un agent pour vous lancer…

 

Dans ma tête, un travail, c'était un bureau, un employeur, des horaires et l'agent représentait cela. J'ai cherché "agent d'illustrateur" sur Internet et j'ai appelé la première de la liste. Virginie est encore mon agent aujourd'hui. Elle a repéré des petits dessins dans un coin de mon book, et m'a dit : "Ça, je n'en ai pas." Pour moi, ce n'était rien d'important et pourtant, c'est ce que je fais aujourd'hui. Elle m'a conseillé de continuer à expérimenter et m'a prévenue que les premiers trucs que j'allais faire allaient définir mon style. J'ai commencé à bosser dans la pub. J'ai découvert les briefs et les codes des publicitaires. Très vite, je n'ai plus dessiné avec passion.


Votre blog est-il né du besoin de dessiner librement ?

 

Je pouvais dessiner sans que personne ne me dise quoi faire. Je ne pensais pas que Ma vie est tout à fait fascinante intéresserait grand monde, parce que je racontais des anecdotes de ma vie quotidienne… Fémina, pour qui j'étais illustratrice, m'a proposé une BD par semaine. Et moins de trois mois après le démarrage du blog, l'attachée de presse d'un éditeur m'a appelée pour me ­proposer d'en faire un livre. Il s'est vendu à 150.000 exemplaires !


Comment avez-vous rencontré Joann Sfar, qui a écrit le scénario de votre dernière BD, "Stars of the Stars", paru le 5 septembre 2013 chez Gallimard Jeunesse ?

 

Sfar s'est assis en face de moi dans le train qui me ramenait du festival d'Angoulême. Il m'a demandé si je pensais faire une BD avec une vraie histoire. Comme j'ai opposé que je ne savais pas faire ça, il m'a lancé : "Si tu sais écrire une dissert', tu sais écrire une BD." Je lui ai envoyé des propositions d'histoires. Il m'a répondu que c'était nul, jusqu'à ce que je lui propose Cadavre exquis.


Qu'avez-vous envie de dire à quelqu'un qui veut devenir illustrateur ?

 

Si tu sens que tu peux dessiner douze heures par jour, alors tu es fait pour ce métier ! Et je conseille de dessiner tous les jours d'après le réel, sans chercher son style, qui va s'imposer de lui-même. Il n'y a pas plus différent que deux dessins réalisés d'après le réel par deux personnes différentes.
 

Biographie express
22 janvier 1982
: naissance à Paris.
1999 : bac ES.
2000 : prépa à l'Atelier de Sèvres.
2002 : admise au concours des Arts déco à Paris.
2006 : diplôme des Arts déco.
2006 : dessine sa première campagne de pub pour le Crédit agricole.
2007 : ouvre son blog Ma vie est tout à fait fascinante.
2008 : publication du premier livre tiré du blog.2010 : parution du premier tome de Joséphine.
2011 : Cadavre exquis décroche le prix des Cheminots au festival d'Angoulême.
2013 : parution de la BD Stars of the Stars (Gallimard Jeunesse) sur un scénario de Joann Sfar.
 


Et si c'était à refaire ?

Pénélope Bagieu a passé le T.O.P, le test d'orientation de l'Etudiant. A-t-elle le profil polyvalent d'une dessinatrice, illustratrice, auteure d'un blog plein d'humour ?

Les 20 ans de Pénélope Bagieu :


Son bilan T.O.P
 

Pénélope Bagieu a surtout un profil "Artiste", complété par les pôles "Social" et "Entreprenant". Tout le potentiel qui a fait son succès !

Pôle "Artiste" : imagination, curiosité, créativité, intuition, passion sont les mots-clés de la sphère de compétences liée au pôle "Artiste". Il caractérise des personnes qui ont des idées et ont besoin de les exprimer souvent par le biais de l'expression artistique (dessin, écriture, musique…). Elles sont capables de se passionner, de suivre leurs émotions et leurs intuitions. Elles ont en général besoin de découvertes, de variété, de liberté. Elles aiment se démarquer.

Pôle "Social" : contact, communication, transmission sont quelques-uns des mots-clés du pôle "Social". Il indique un bon sens relationnel. Il correspond souvent à des personnes qui ont besoin de se sentir utiles, qui veulent exercer un métier tourné vers les autres.

Pôle "Entreprenant" : c'est la capacité à agir qui se trouve derrière le pôle "Entreprenant" : la prise d'initiatives, l'autonomie… Ce pôle caractérise des personnalités dynamiques, réactives, qui aiment décider par elles-mêmes et souvent diriger. Elles osent et sont capables de prendre des risques. Leur détermination les aide à réussir.
 

Son profil, son métier…
 

C'est le pôle "Artiste" qui prend le dessus dans les résultats de Pénélope Bagieu. Et il est très fort ! Cela correspond à son parcours et son métier ! Elle s'est, en effet, rapidement tournée vers les études et les métiers de la création après son bac, en intégrant les Arts déco. Elle en est sortie diplômée dans la filière animation pour devenir dessinatrice, illustratrice, auteure de BD. Le dessin est au cœur de son parcours comme de son métier.

Les personnes caractérisées par le pôle "Artiste" ont besoin de s'exprimer et cela passe en général, dès l'adolescence, par l'expression artistique (dessin, écriture, musique, théâtre…). C'est aussi un pôle qui aide à partir à l'aventure, vers des métiers moins "sûrs" que d'autres, c'est celui qui permet de combiner passion et métier.

Pénélope Bagieu a une capacité à oser, renforcée par le pôle "Entreprenant" adossé à son profil d'artiste.

Le pôle "Social", qui indique un goût et une capacité pour le contact et la communication, correspond bien également à son choix d'un métier qui lui permet de transmettre aux autres.

On peut enfin noter que les aptitudes manuelles et techniques (animation et construction de sites Web), ainsi que le goût du concret sont dans le pôle "Réaliste", qui apparaît aussi dans son bilan.

Pour aller plus loin : Arts-Déco, Beaux-Arts ou Ateliers : quelle école nationale supérieure d’art choisir ? / Ils sont en écoles d’art