1. Tanguy de Lamotte : “Je ne suis pas un skipper mais un architecte et un aventurier”

Tanguy de Lamotte : “Je ne suis pas un skipper mais un architecte et un aventurier”

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Navigateur… Un métier qui a fait rêver des générations de marins d’eau douce. Mais comment devient-on skipper sur un bateau de course au large ? Et quels sont les métiers qui permettent de travailler au plus près de ces voiliers à la pointe de la techonologie ? Suivez letudiant.fr à bord de bateaux engagés sur le Vendée Globe 2012.

Optimiste né, mais pas né dans un Optimist, Tanguy de Lamotte, qui a pris le départ du Vendée Globe 2012, n’est pas tombé dans l’eau salée quand il était petit. C’est au lycée que le bambin constructeur de bateaux en bois qu’il regarde naviguer s’est révélé skipper. Devenu architecte naval, il a déjà dessiné et construit deux de ses bateaux. Et compte bien continuer après son tour du monde.
 
 
Tanguy Delamotte-Vendée Globe 2012
© I.Maradan

Un bricolage de moins de 50 centimètres fait de bouts de cagettes peintes en rouge et de voiles en tissu. Un bateau rapide, rouge et blanc, comme celui avec lequel Tanguy de Lamotte, 34 ans, a quitté les Sables d’Olonne samedi 10 novembre 2012 pour boucler son premier tour du monde sur le Vendée Globe 2012. Ce premier bateau – maquette du catamaran de Loïc Caradec, disparu à l’âge de 38 ans sur la Route du Rhum 1986 –, Tanguy n’avait pas 8 ans quand il l’a construit.
 
Constructeur-bricoleur d’abord
À l’époque, le jeune garçon reste souvent à quai pour regarder naviguer sa construction – qu'il reprend pour faire évoluer – sur le bassin du parc du château de Versailles ou à Saint-Malo, où il passe ses vacances chez ses grands-parents. Avec son grand-père, il assiste à toutes les Routes du Rhum et aux arrivées de la Transat Québec-Saint Malo. “C’était notre passion familiale. On n’était pas sur les pistes de skis ou les aérodromes, on regardait les bateaux”, raconte le skipper. Il en profite aussi pour naviguer un peu sur le petit bateau de son grand-père, prend quelques cours de voiles payés par sa grand-mère et tire des bords sur une planche à voile, avec son frère.
 
Des tatamis aux régates
Avant de braver les océans, c’est les pieds sur terre, sur les tatamis, que le collégien se distingue. Jusqu’à ce que Tanguy ne se blesse les cervicales en compétition, par deux fois, à quelques mois d’intervalles. Sa minerve retirée, il arrête le judo.

Des copains lui parlent alors du Trophée des lycées auquel ils ont participé. Tanguy, qui n’a jamais fait de régate de sa vie, arrive en seconde au lycée Hoche à Versailles avec ce projet impliquant des équipages composés de 5 élèves d’un même lycée. Son lycée ne participe pas encore au Trophée, mais il n’a pas de mal à convaincre son professeur de sport, Didier Arrondelle (“un prof sympa qui faisait de la voile”) de l’aider à le monter. 
 
Skipper pour le Trophée des lycées
Le navigateur occasionnel devient skipper d’un bateau de 8 mètres et s’entraîne pendant les vacances avec son équipe à La Trinité-sur-Mer. L’équipage change chaque année, mais l’aventure continue jusqu’en terminale pour Tanguy et son professeur de sport. La dernière année, les Versaillais terminent 5e sur 60 et prennent la première place des équipages n’habitant pas sur la cote.

Il fallait trouver les sous, faire des plaquettes de communication. Cela m’a donné une rigueur de préparation de projet que j’ai encore. Pour le Vendée Globe, c’est pareil, c’est le budget des bonnes volontés. J’ai constitué une équipe de copains. Il n’y en a pas un qui l’avait déjà fait”, s’enthousiasme  le navigateur, tout sourire à quelques heures de son départ pour le tour du monde.

Celui qui profite d’un créneau entre deux interviews sur le village du Vendée Globe 2012 pour aller faire un “petit footing de trois quart d’heures”, voit toujours Didier Arrondelle, avec lequel il pratique le triathlon et qui fait désormais parti des proches présents aux côté des deux sœurs, du frère et des parents de Tanguy sur le ponton des Sables d’Olonne.

 
Tanguy Delamotte dans son bateau - Vendée Globe 2012
© I.Maradan
De pilote à architecte naval
Côté scolaire, au lycée, la vitesse de croisière de Tanguy ne décoiffe pas. “J’étais au ras-des-pâquerettes dans un bon lycée. J’ai forcé le passage pour entrer en première S et pour avoir le bac. Parmi tous mes copains j’ai été le seul à l’avoir au rattrapage.” Cela n’empêche pas le lycéen de savoir ce qu’il veut faire. “Attiré par le développement, la technique, la technologie, la technique de pointe”, le maquettiste-bricoleur s’est imaginé un temps pilote de ligne ou d’essai. Devenu skipper au lycée, l’architecture navale s’impose à lui.
 
Cap en Angleterre pour ses études…
En classe de première, il frappe à la porte de Jean-Marie Finot et Pascal Conq, “des précurseurs”. Les deux associés ont dessiné les bateaux qui ont gagné les 2e, 3e, 4e et 5 e éditions du Vendée Globe. La voie la plus simple est à l’étranger. Les spécialistes lui conseillent 3 écoles : Delft aux Pays-Bas, le MIT (Massachusetts Institute of Technology) aux États-Unis et Southampton en Angleterre.

Tanguy fait cap sur l’Outre-manche, en solitaire, mais soutenu par ses parents. “Partir, c’était le début de la vie. J’avais le niveau d’anglais d’un lycéen, sans plus, mais l’école de Southampton était très accueillante. Je n’ai pas payé de droits d’inscription. Je vivais dans le campus et Southampton, c’est comme La Trinité, la marina est accessible en vélo et il n’y a que la voile pour vivre”, explique le navigateur.
 
… où il rencontre Ellen MacArthur
C’est là qu’il croise la route d’Ellen MacArthur, par l’intermédiaire d’un Français pris en stop dans la voiture d’un copain au retour de la marina qui dit “bosser pour une nana qui fait la mini et aura peut être besoin d’un coup de main”. Joli hasard et rencontre déterminante.

Comme l’étudiant met un point d’honneur à travailler pour aider ses parents qui le soutiennent dans ses études, il rejoint l’équipe de la navigatrice. Tanguy travaille de 8 à 20 heures pour Ellen, tout en préparant son diplôme d’architecte en 3 ans [le diplôme se prépare aujourd’hui en 4 ans, NDLR]. 
 
Dessiner, construire et skipper son propre bateau
L’aventurier se réveille au contact de la navigatrice. “Je me suis dit que j’étais capable de faire une mini”. L’architecte naval touche l’un de ces rêves des doigts en dessinant et construisant son mini, puis un class 40. Si la maquette de catamaran du bambin tenait l’eau douce et salée, les deux bateaux de l’architecte lui font gagner des courses. “Je ne suis ni un skipper ni un régatier, je suis un architecte et un aventurier, tient à préciser Tanguy. Sur la mini, j’ai passé 3 semaines en mer qui m’ont transformé. Je n’avais pas de téléphone satellite et je recevais 5 minutes d’informations par jour, j’avais froid, faim, mais la proportion de positif dépassait largement le négatif.”
 
Après le Vendée Globe, d'autres défis à relever
Le Vendée Globe n’était pas une obsession, mais “c’est le bon moment, estime Tanguy. J’ai fait des transatlantiques, j’ai un super bateau et un partenaire formidable”. Il n’est pas parti pour gagner mais “pour être seul en mer et vérifier que la terre et ronde, un rêve de gamin sans que cela ne m’ait obnubilé”. Il s’émerveille de ce qu’il appelle “sa chance d’être un aventurier”.
 
Avant de prendre le large, le Versaillais d’origine a bouclé un projet bien terrien en achetant sa première maison. Outre réaliser son bateau et boucler son tour du monde, un autre rêve attend Tanguy au port de Lorient, son nouveau port d’attache à son retour : “bosser comme architecte naval sur la coupe de l’América”. À entendre Jérôme, son frère, on voit mal ce qui pourrait empêcher Tanguy, “bulldozer déterminé, qui se lève le matin pour aller courir et bosse à fond avec rage et passion sur ses projets” d’y arriver. 
 
Le cœur sur les voiles
 
Depuis sa première traversée de l’Atlantique en 2004, Tanguy de Lamotte est le porte-drapeau de Mécénat chirurgie cardiaque, une association qui permet à des enfants souffrant de malformations cardiaques et ne pouvant pas être opérés dans leur pays d’origine, d’être pris en charge dans des familles d’accueil et soignés en France.
 
Pour chaque clic “J’AIME” sur la page Facebook de l’association, 1 € est reversé pour financer des opérations du cœur. Un cœur blanc sur fond rouge orne les voiles d’Initiatives-cœur.fr, le bateau sur lequel Tanguy de Lamotte est parti pour le Vendée Globe 2012. “Ce sont mes sponsors qui donnent les sous à l’association, précise le navigateur, moi j’ai juste le cœur sur les voiles.” Et sur la main.

Isabelle Maradan
Novembre 2012

Sommaire du dossier
Retour au dossier Métiers de la voile : embarquez avec les marins du “Groupe Bel” Kito de Pavant, skipper de Groupe Bel : “Pour percer dans la voile, avant il fallait du bagout, maintenant il faut du bagage” François Gabart, skipper de Macif : "A 10 ans, je partais déjà seul en mer sur mon Optimist" Yann Régniau, voilier : “Il faut montrer qu’on est prêt à travailler beaucoup” Brice de Crisenoy, boat captain de Groupe Bel : “Mon travail : m’assurer que le bateau est en état de partir” Sylvain Raimbault, préparateur nautique de Groupe Bel : “Ma spécialité : intervenir sur les composites, 80 % de la structure du bateau” Tanguy de Lamotte : “Je ne suis pas un skipper mais un architecte et un aventurier”