Julien Bastard-Rosset, dameur : "Au-delà de 2.500 mètres, aucune nuit ne se ressemble"

Par Céline Authemayou, publié le 05 Mars 2013
5 min

Chaque nuit, Julien Bastard-Rosset conduit sa dameuse sur les pistes de l'Alpe d'Huez pour assurer aux skieurs la meilleure qualité de neige possible. Son outil pour y parvenir : un monstre de plusieurs tonnes monté sur chenillettes qu'il faut apprendre à dompter.

Les pistes de l'Alpe d'Huez n'ont pas de secret pour Julien Bastard-Rosset. A 27 ans, le jeune homme les arpente, chaque nuit, au volant de sa dameuse. Sans pause, parfois par – 30° C. Pour entretenir les 350 km de pistes de ski alpin, ils sont 53 dameurs à travailler pour la Sata, société de remontées mécaniques en charge du domaine skiable de la station. A raison de deux services par nuit (17 heures – 1h30 et 1h30 – 10 heures), les 23 engins s'élancent à l'assaut du grand désert blanc.

Julien, Dameur

Julien passe ses nuits dans sa dameuse pour permettre aux skieurs
d'avoir une bonne qualité de neige. // © Cyril Entzmann.

Julien est du "matin". Il prend son service à 1h30. Il dispose d'une dameuse surmontée d'un treuil. Grâce à cet outil, il peut travailler sur les pistes les plus pentues et les plus hautes. Dans la montagne, des points d'accroche ont été fixés dans la roche. En plein cœur de la nuit, il sort de sa machine, accroche le treuil et dame la piste suspendu à ce câble métallique. "Aujourd'hui, les GPS nous permettent de repérer les points d'ancrage, note le jeune homme. Mais avant, il fallait avoir une excellente mémoire !". Régulièrement, il monte au sommet de la station, au pic Blanc, à 3.300 mètres d'altitude. Dans certaines zones, le portable et la radio ne passent plus...

Damer, pour assurer la saison de ski

Pour être dameur, il faut être bon conducteur. Mais pas seulement. Le jeune homme connaît la montagne sur le bout des doigts, analyse les conditions météorologiques et manie la neige avec dextérité. "La règle de base du damage est l'albédo, ou coefficient de réflexion, explique Julien. Si la neige reste blanche, elle fondra moins vite que si elle est souillée de terre. Il faut donc travailler avec minutie car de notre travail, dépend la bonne tenue du manteau neigeux pour le reste de la saison."

Métier risqué pour passionnés

Le métier n'est pas sans risque. Il y a quelques semaines, un dameur a sauté en pleine nuit hors de son engin, qui venait de glisser dans un ravin. Les risques d'avalanche sont eux aussi bien réels. "Parfois, la visibilité est quasi nulle, ajoute Julien. On redoute tous ce phénomène, qu'on appelle le jour blanc : dans ces moments-là, il nous est impossible de distinguer le sol du ciel...". Malgré ces conditions de travail rudes, Julien ne changerait de métier pour rien au monde. "Lorsque je passe les 2.500 mètres d'altitude, les décors sont chaque jour différent... Aucune nuit ne se ressemble !"

Son parcours

Julien est "tombé dedans" lorsqu'il était enfant. Elevé au Grand-Bornand, une station de ski de Haute-Savoie, le jeune homme a découvert le métier de dameur grâce à son père, qui exerce lui-même cette profession. "J'avais à peine dix ans et j'étais déjà passionné par cet univers, se souvient-il. J'ai passé des nuits entières avec mon père, sur les pistes de la station. J'adorais ça !"

Faute de formation dédiée au métier, Julien s'oriente vers un BEP mécanique engins et poursuit avec un CAP conduite d'engins travaux publics, qu'il obtient en 2003 par la voie de l'apprentissage. La même année, il décroche son premier emploi de chauffeur au sein d'une entreprise locale de transport... Et devient, l'hiver, dameur sur le site du Grand-Bornand. Deux activités saisonnières qui se complètent bien car l'hiver, l'entreprise de transport tourne au ralenti.

L'année suivante, une opportunité se présente pour rejoindre l'équipe des dameurs de l'Alpe d'Huez. "J'ai sauté sur l'occasion, se souvient Julien. Je commençais à trouver mon activité monotone au Grand Bornant. Ici, à l'Alpe, les décors sont à couper le souffle".

Lorsque l'hiver se termine, Julien rejoint sa région natale. Il travaille désormais dans une société de BTP. Depuis peu, il est chef de chantier. "Mon ambition ? Devenir chef d'un service de damage. Le gros avantage de ce métier est que l'évolution de carrière se joue essentiellement à la motivation et à l'expérience."

Ses conseils

"C'est un métier de passion. Passion de la neige, de la montagne, mais aussi et surtout passion des engins de conduite. Certains de mes collègues sont agriculteurs le reste de l'année et s'ils ne sont pas des fous de neige, ils apprécient en revanche cette conduite si particulière qu'offre la dameuse."

Le salaire dans le métier

Entre 1.400 et 2.000 euros bruts mensuels (+ primes)

La formation

À ce jour, il n'existe pas de formation dédiée à l'activité de dameur. Mais un diplôme type CAP ou bac pro conduite d'engins permet d'appréhender une partie du métier.

Avant de conduire une dameuse, les professionnels doivent obtenir l'assermentation du constructeur de la machine. Enfin, il est également possible de passer un permis damage. Aujourd'hui facultatif et proposé par le syndicat Domaines skiables de France (www.domaines-skiables.fr), il devrait devenir obligatoire dans les prochaines années.

À consulter aussi

Les études
- L'Ecole nationale des sports de montagne
Devenir nivoculteur
Les formations de moniteur de ski
Les formations pour travailler dans le sport
Le sport en alternance
Les formations des métiers de la montagne
Se former comme pisteur-secouriste
Devenir maître chien d'avalanche

Les métiers
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Le métier de maître-chien
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