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Portrait

Directeur éditorial : à la recherche de votre prochain manga

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Ahmed Agne a créé Ki-oon, avec son associée Cécile Pournin, en 2003. Véritable success story, leur société est aujourd’hui le quatrième éditeur de mangas en France. // © Cyril Entzmann / Divergence pour l'Etudiant
Ahmed Agne a créé Ki-oon, avec son associée Cécile Pournin, en 2003. Véritable success story, leur société est aujourd’hui le quatrième éditeur de mangas en France. // © Cyril Entzmann / Divergence pour l'Etudiant

Quand il a commencé ses études, Ahmed Agne, 39 ans, n’avait pas de plan de carrière. C’est sa passion pour les mangas qui l’a amené à créer sa propre maison d’édition, Ki-oon, en 2003.

Amoureux des livres depuis l'enfance, Ahmed Agne ne s'imaginait pas pour autant devenir un jour éditeur. Au collège, c'était même à un tout autre parcours qu'il se destinait : "J'adore l'histoire ancienne, l'Égypte et la Grèce antique. Je voulais faire des études d'histoire pour devenir archéologue", se souvient-il.

Au lycée, la découverte du monde des mangas et de l'animation japonaise fait évoluer ses perspectives. "J'ai commencé à acheter des tomes en version originale que je ne comprenais pas et que j'essayais de déchiffrer avec la méthode Assimile !". Pourtant, pas d'études dans l'édition pour Ahmed. Sa volonté d'apprendre la langue japonaise le pousse à s'inscrire à l'université Paris 7 en licence LLCE (langues, lettres et civilisations étrangères), où il rencontre Cécile Pournin. Elle deviendra une amie et surtout son associée dans l'aventure Ki-oon.

De traducteur à directeur

Diplômé, Ahmed travaille au Japon en tant que traducteur-interprète pour une mairie de campagne entre 1999 et 2001. "J'écrivais aussi des articles pour des journaux locaux et je faisais le tour des écoles pour sensibiliser les enfants japonais à la culture française. Je leur apprenais à chanter 'Sur le pont d'Avignon' !", se remémore-t-il, amusé. Cette première expérience professionnelle se révèle particulièrement formatrice et épanouissante.

De retour en France, Ahmed se fait embaucher en tant qu'assistant-réalisateur dans une entreprise japonaise spécialisée dans la production des films publicitaires. "Des sociétés comme Toyota et Mitsubishi venaient tourner leurs spots en France ou aux Pays-Bas", explique-t-il. C'est au cours de cette seconde expérience qu'il prend conscience de son besoin de devenir son propre patron : "Je me suis rendu compte que j'avais une idée trop arrêtée et précise des choses pour que cela fonctionne avec une hiérarchie."

Souhaitant tenter l'aventure de l'entrepreneuriat, Ahmed reprend contact avec son amie Cécile, alors traductrice de romans pour de grandes maisons d'édition. Toujours fans de mangas, tous deux déplorent que les éditeurs français ne publient pas certains titres de qualité qu'ils suivent en langue originale. "Je lisais surtout des seinens – des mangas pour adultes – là où le marché français se focalisait plus sur le shōnen, le manga pour adolescent."

Après un tournage délicat en Hollande, Ahmed se lance : "Il était temps que je fasse quelque chose qui me plaise vraiment et dans laquelle je puisse m'épanouir à 100 %". Ki-oon voit ainsi le jour en 2003.

Lire, compter et gérer

Après des débuts compliqués et cinq ans de travail acharné (convaincre des partenaires japonais de faire confiance à sa très jeune entreprise n'était pas une tâche aisée), Ahmed arrive enfin à dégager un chiffre d'affaires suffisant pour se rémunérer. C'est une nouvelle étape pour sa société, qui ouvre des bureaux à Paris (dans le IXe arrondissement) et peut enfin embaucher des salariés.

Depuis, le jeune chef d'entreprise partage son temps entre la gestion et l'éditorial. "J'aimerais bien pouvoir dire que je lis des mangas du matin au soir pour choisir des séries. Mais chef d'entreprise, c'est aussi faire beaucoup de choses pénibles et fastidieuses", sourit Ahmed. Entre la comptabilité et l'administratif, il est souvent obligé de remettre au soir la recherche des prochains titres qui rejoindront son catalogue. "Mon métier d'éditeur consiste avant tout à lire les magazines de prépublication, une quarantaine par mois. C'est la manière la plus efficace et rapide de repérer les séries intéressantes." Vient ensuite le moment de déposer une offre commerciale, qu'Ahmed travaille toujours avec soin afin de convaincre ses partenaires.

En tant que directeur éditorial, il multiplie aussi les voyages au Japon à la rencontre des maisons d'édition et des auteurs. "Nous avons été parmi les premiers à travailler directement avec des auteurs japonais pour construire avec eux des histoires à destination du public français !", souligne-t-il. "Cet aspect création représente un investissement important, mais est aussi la partie plus intéressante en tant qu'éditeur." Le rêve d'Ahmed : porter une série "maison" au même succès que les hits japonais.

Lancez-vous !

Ahmed est catégorique : quand on a un projet, il ne faut pas hésiter à se lancer. "Même si cela avait été un échec, je le referais sans hésiter. Cela m'aurait de toute manière servi pour le reste de ma vie professionnelle", assure-t-il. Et pour cause, l'expérience est formatrice : "En un an d'entrepreneuriat, j'ai appris plus qu'en quatre ans en tant que salarié ! Et pourtant, ces années-là étaient déjà riches en enseignements !".

Attention cependant : monter sa boîte impose aussi des sacrifices. "Pendant cinq ans, je n'ai eu ni week-end, ni vacances. Il faut être prêt à travailler énormément et avoir une idée précise de ce qu'on veut faire, avec une vision entrepreneuriale", prévient Ahmed.

Son manga préféré

"L'attaque des titans", d'Hajime Isayama

Retrouvez aussi l'interview d'Ahmed en vidéo :

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Sommaire du dossier
Retour au dossier Directeur éditorial : à la recherche de votre prochain manga Dessinateur de manga : itinéraire de Shonen, mangaka autodidacte Assistante éditoriale : un pont entre le Japon et la France Responsable artistique chez Ki-oon : Mahé en met plein la vue Responsable de fabrication : Marine transforme le dessin en objet Responsable marketing et commercial : grâce à lui, les mangas touchent leur cible