1. Métiers de la BNF : des livres et des hommes
Reportage

Métiers de la BNF : des livres et des hommes

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Depuis 1996, la Bibliothèque nationale de France s'est installée dans le XIIIe arrondissement. 430.000 documents arrivent quotidiennement au titre du dépôt légal. Restaurateur, magasinier, conservateur s'activent chaque jour pour faire vivre cette institution. Visite guidée.

À la Bibliothèque nationale de France

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  •  // © Marie-Pierre Dieterlé pour l'Etudiant
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  • La Bibliothèque nationale de France : 40 millions de documents pour un million de visiteurs

    Installée dans le XIIIe arrondissement de Paris depuis 1996, la bibliothèque François-Mitterrand est l’un des sept sites de la Bibliothèque nationale de France. Chargée de conserver le patrimoine de notre pays, cette institution renferme pas moins de 40 millions de documents, dont 14 millions de livres, de périodiques, ou encore d’imprimés, mis à l’abri dans les quatre grandes tours et sous-sols du site François-Mitterrand qui s’étend sur 200.000 mètres carrés. Chaque année, plus d’un million de visiteurs arpentent les couloirs de la BNF, pour emprunter des revues, consulter des ouvrages pour leurs recherches, écouter de la musique ou visiter des expositions. Autant d’activités gérées par les employés de ce monument de la culture française.

  • Lucie, régisseur général : décider de l'agencement des expositions

    Autrefois assistante d’un commissaire artistique, après avoir obtenu un master en droit, arts plastiques et lettres modernes, Lucie fait maintenant des "choix techniques" pour les expositions de la BNF : à 36 ans, elle est régisseur général. Quels revêtements de sol installer ? Faut-il des cimaises ? Des cloches de verre pour protéger les objets ? Lucie décide de l’agencement général de l’exposition, selon les idées du commissaire d’exposition et du scénographe, mais aussi selon les contraintes du site. 

    Quand vient la phase de montage, la jeune femme se transforme en véritable chef d’orchestre : elle met au point les plannings des intervenants (menuisiers, électriciens…) et passe la majeure partie de son temps au cœur du chantier, pour vérifier que les tableaux sont accrochés au bon endroit, que la lumière éclaire les objets de la bonne manière, que la température n’abîme pas les œuvres… 

  • Luc, chargé de numérisation : être le plus fidèle à l'original

    Chargée de conserver les livres, la BNF préserve aussi les documents audiovisuels. Luc, 49 ans, numérise les contenus des CD, des disques, des cassettes audio et des jeux vidéo. Première étape : nettoyer les supports. Deuxième étape : trouver l’appareil qui lira ce 78 tours ou ce jeu de Game Boy. Un convertisseur permet ensuite d’enregistrer sur un disque dur de la musique ou le parcours de Prince of Persia. 

    Ce "clone" numérique, conservé avec les autres documents de la BNF, pourra ainsi être consulté. Si besoin, Luc peut procéder à une restauration à l’aide de logiciels spécifiques. Cet expert de l’audiovisuel a débarqué à la BNF peu avant l’ouverture du site François-Mitterrand, après être passé par les bancs de l’ESRA (École supérieure de réalisation audiovisuelle) et par le cinéma des armées.

  • Joachim, magasinier : fournir les livres demandés par les lecteurs

    Ces immenses placards rouges, ce sont ceux des magasins de la bibliothèque : ici, sont abrités tous les ouvrages de la BNF, classés selon des cotes bien précises. Joachim, 51 ans, a obtenu le concours de magasinier en 2000. À la BNF, il partage son temps entre ces magasins, perchés dans les tours, et les salles de lecture, en rez-de-jardin. Lorsqu’il est en haut, il reçoit les commandes de lecteurs qui souhaitent consulter des livres qui ne sont pas en libre accès. Joachim part à la recherche de l’ouvrage demandé, parmi les centaines de milliers. Lorsqu’il l’a déniché, il le "piste" : il indique quel lecteur l’emprunte, dans quelle salle, etc. Puis il le glisse dans une nacelle : un système de rails traverse en effet les couloirs et les étages de la BNF, pour faire circuler plus rapidement les livres. Celui préparé par Joachim arrive alors en "arrière-banque" de la salle de lecture. Là-bas, il sera réceptionné par un autre magasinier, et prêté au lecteur qui l’a demandé. 

  • Sarah, chargée de collection en littérature francophone : assurer une veille documentaire des nouveautés

    Les livres qui remplissent les rayons des salles de lecture ont été choisis par des conservateurs tels que Sarah, 42 ans, chargée de collection en littérature francophone. Livres, e-books, périodiques… la jeune femme achète toute la documentation susceptible d’intéresser les lecteurs. Elle trouve ces titres sur des bases de données commerciales ou des sites d’éditeurs. Quand elle choisit d’acquérir un livre, elle remplit un bon de commande et indique à quel endroit l’ouvrage sera déposé. 

    Pour éviter que les rayons ne plient sous le poids des livres, les conservateurs procèdent de temps en temps à un "désherbage" : "Nous enlevons les ouvrages abîmés, ou plus d’actualité ", explique Sarah. Deux fois par semaine, la conservatrice est au plus près des lecteurs, dans les salles de la bibliothèque, prête à les conseiller sur le dernier Leïla Slimani ou sur un classique d’Aimé Césaire. Un travail "gratifiant" pour cette bibliophile, arrivée comme magasinier à la BNF, et passée par l’ENSSIB (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques).

  • Alice, chef du service dédié aux périodiques : répertorier toutes les publications

    Chaque année, 90.000 livres et 240.000 périodiques entrent à la BNF, avant même d’être vendus dans les librairies et les kiosques. Tout ce qui est publié en France fait en effet l’objet du "dépôt légal" : un exemplaire de chaque parution doit être conservé à la Bibliothèque nationale, afin que soit constitué un "patrimoine pour l’éternité". Ainsi, chaque matin, des dizaines de documents arrivent dans le département des périodiques de la bibliothèque des livres et des revues bien sûr, mais aussi parfois des documents cartographiques, des affiches, des photographies… 

    Avant d’être rangés dans l’une des tours de l’immense bâtiment, ces exemplaires reçoivent un coup de tampon, et des catalogueurs dressent leur fiche d’identité. Alice, 25 ans, est chef du service dédié aux périodiques. Lorsqu’un nouveau quotidien, hebdomadaire ou mensuel paraît, elle vérifie que la BNF en a reçu un exemplaire et qu’il figure bien au catalogue. Elle répertorie aussi les changements de titre de certaines publications, ou encore leur disparition. Alice est à la fois diplômée de l’École nationale des chartes, spécialisée dans la recherche scientifique, et de l’ENSSIB.

  • Christophe, chef de l'atelier restauration : 1.500 documents restaurés chaque année

    Quand des ouvrages sont abîmés, les magasiniers les mettent sous pochette et les envoient à l’atelier de restauration. Là, Christophe et son équipe s’arment de ciseaux, de colle, de papier Japon ou de parchemin, pour "réparer les reliures qui tombent en miettes, gommer les taches sur les pages et colmater les déchirures", précise le chef de service. "Nous nous efforçons de conserver le plus possible les matériaux d’origine, tels que le papier ou le cuir", poursuit cet expert. 

    Dans l’atelier, penchés sur d’épais grimoires ou de minuscules carnets, les relieurs se concentrent sur leur tâche : "C’est un travail au millimètre près", confie l’une d’entre eux. Si certaines réparations sont effectuées en deux heures, d’autres travaux s’étalent sur plusieurs jours. L’École de Condé ou encore le master de conservation et restauration de la Sorbonne préparent à ces métiers de la reliure. Âgé aujourd’hui de 46 ans, Christophe s’est formé sur le tas, en prenant des cours "pour s’amuser", alors qu’il était entré comme magasinier à la BNF. Il a ensuite obtenu son CAP (certificat d’aptitude professionnelle) de reliure, avant de passer un concours de technicien d’art et d’intégrer les ateliers tant convoités.

  • 7,5 kilomètres de rails mécanisés pour véhiculer les documents

    Des magasins aux arrière-banques des salles de lecture, les documents de la bibliothèque sont transportés dans des nacelles. Ces petites boîtes circulent dans les tours et les couloirs de la BNF, sur 7,5 kilomètres de rails mécanisés. Ce système permet de transporter les livres, CD, DVD ou magazines sans les abîmer ; à l’abri dans leur nacelle, ils traversent les étages rapidement.

La plupart des métiers des bibliothèques sont accessibles via des concours de la fonction publique. Si certaines professions sont propres à la BNF, comme celles liées au dépôt légal, d’autres existent dans toutes les bibliothèques du territoire.

Magasinier

Le magasinier accueille, informe et oriente le lecteur en salle. Il enregistre les demandes de prêts et les retours de documents et assure le rangement des livres en libre accès. "Nous sommes aussi chargés de la sécurité des collections et des personnes, de la préservation et de la conservation des ouvrages", ajoute ­Joachim, magasinier à la BNF. Être consciencieux et ordonné sont quelques-unes des qualités indispensables de cette profession : les livres sont rangés selon des méthodes précises de classement, par auteur, par titre, par collection… Le magasinier doit se montrer soigneux, d’autant plus dans des établissements (comme la BNF) qui regorgent de livres anciens, parfois fragiles. Ce métier est accessible sur concours de la fonction publique, en catégorie C. Il est aussi possible de commencer en tant que contractuel, c’est-à-dire sans concours.

Catalogueur

La BNF est la seule bibliothèque de France chargée du dépôt légal : toute nouvelle publication est envoyée en un exemplaire dans ses locaux. Lorsqu’ils reçoivent un nouveau document, les catalogueurs sont chargés de le décrire : grâce à un logiciel, et en suivant des normes internationales, ils établissent une "fiche d’identité", répertoriant différents éléments inhérents à l’ouvrage. Pour un périodique, la description reste générique : à la sortie du premier numéro, le catalogueur indique la nature de la nouvelle publication, sa périodicité, etc. Un travail qu’il ne renouvellera pas pour les numéros suivants.

Lire aussi : Le métier de bibliothécaire

Pour un livre, la description se fait "à la pièce". Outre le titre, l’auteur et l’éditeur, les catalogueurs intègrent une "indexation matière" : ils indiquent différents mots clés permettant de classer finement chaque ouvrage qu’ils reçoivent. Ces fiches d’identité sont publiées dans la bibliographie nationale française et dans le catalogue général de la bibliothèque. Les catalogueurs ont souvent suivi des parcours métiers du livre de DUT et de licence.

Conservateur

Le conservateur peut être chargé d’une ou de plusieurs collections d’une bibliothèque. Comme Sarah, de la BNF, il peut s’occuper de littérature francophone, mais aussi d’ouvrages scientifiques ou économiques… Son rôle est d’enrichir la collection en achetant de nouveaux ouvrages. Il assure une veille quotidienne de l’actualité de son domaine, sur les sites des éditeurs notamment, afin d’avoir une offre complète à destination des lecteurs. Si le conservateur est un amoureux de la lecture, il doit aussi faire preuve de pédagogie et de sens de la communication. Il est là aussi pour conseiller les lecteurs dans leurs recherches documentaires. Une seule école forme les conservateurs de bibliothèque : l’ENSSIB (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques), située à ­Villeurbanne (69). La formation dure dix-huit mois, durant lesquels les étudiants sont rémunérés. L’entrée se fait via un concours, ouvert aux titulaires d’un bac+3, au minimum, âgés de moins de 30 ans. Ce concours permet de devenir fonctionnaire territorial ou d’État. Une troisième voie est ouverte aux diplômés de la prestigieuse École des chartes.