1. Métiers de la construction navale : sur les Chantiers de l'Atlantique
Reportage

Métiers de la construction navale : sur les Chantiers de l'Atlantique

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Le "Symphony of the Seas", le "Queen Mary 2" ou, bien avant eux, le "France"… Les plus grands paquebots du monde sont construits à Saint-Nazaire (44), par les Chantiers de l’Atlantique [anciennement chantiers navals STX France]. L'Etudiant s'est rendu sur place pour rencontrer les professionnels qui travaillent chaque jour sur ces géants des mers.

Sur les chantiers des géants des mers

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  •  // © Thomas Louapre/Divergence pour l'Etudiant
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  •  // © Thomas Louapre / Divergence pour l'Étudiant
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  •  // © Thomas Louapre/Divergence pour l’Etudiant
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  • Les Chantiers de l'Atlantique : une ville dans la ville

    Sur les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, il faut se déplacer en voiture, car les distances entre deux ateliers ou bureaux d’étude peuvent être longues. Il faut emprunter les passages piétons, respecter les feux et panneaux de signalisation… De jour comme de nuit, il y a toujours du monde sur ce site qui héberge aujourd’hui quatre navires civils en construction.  Jusqu’à 7.000 personnes travaillent chaque jour à des postes très divers d’ouvriers, de techniciens ou d’ingénieurs, sur ces navires de luxe. Au total, près de 200 métiers y sont représentés. Le site, aux forts enjeux politiques, a encore prévu d’embaucher. Depuis 2013, 1.000 personnes ont été recrutées.

    Le port du casque et des chaussures de sécurité est obligatoire sur le site. Ici, les matériaux sont au sol et dans les airs. Le portique rouge, capable de soulever jusqu’à 1.400 tonnes, est piloté par un opérateur. C’est d’ici que l’assemblage des pièces du navire est commandé. Une fois terminé, ce dernier change de cale pour la mise à l’eau. Au total, il faut compter plusieurs années entre la commande de l’armateur et la montée des premiers passagers à bord. 

  • Guillaume, responsable qualité : repérer et traiter les assemblages non-conformes

    Guillaume est responsable qualité sur "le G34", un paquebot baptisé MSC Grandiosa. Long de 331 mètres, il pourra accueillir plus de 6.000 passagers dès sa livraison prévue à l’automne 2019. L’ingénieur, âgé de 29 ans, programme et conduit les actions de contrôle, d’inspection et d’audit du montage du navire. Il doit assimiler et comprendre les standards des différents assemblages afin d’aiguiller et de sensibiliser les équipes de production. Il a l’œil pour repérer les non-conformités et les traiter de façon pérenne. 

    Titulaire d’un bac S, Guillaume a d’abord opté pour une formation en informatique décisionnelle à l’ISIMA (Institut supérieur d’information, de modélisation et de leurs applications) à Clermont-Ferrand. Après trois années de consulting, il a décidé de s’inscrire en Mastère Spécialisé ingénierie et énergies marines à Centrale Marseille. Lui qui voulait renouer avec le terrain est servi : aujourd’hui, il ne passe que 20 % de son temps au bureau ! Le reste du temps sur le chantier, muni de son détecteur de CO [monoxyde de carbone] et d’O2 accroché à la ceinture, il se rend sur les navires pour communiquer, analyser, vérifier. "Pour faire mon métier, il faut avoir un bon esprit de synthèse, savoir digérer les informations et retransmettre l’essentiel", précise celui qui pilote une petite équipe de techniciens. Au quotidien, il doit être capable de traiter aussi bien la mise en place des portes incendie que celle de l’air conditionné. Des domaines variés qui font la richesse et la complexité de son poste. 

  • Arnaud, opérateur robot : programmer, entretenir et réparer les appareils

    Arnaud, 33 ans, intervient au début de la fabrication, dans l’atelier "panneaux-plans". Il est soudeur. Opérateur robot exactement. Il s’occupe de programmer les appareils, de les entretenir et de les réparer si besoin. Il travaille de pair avec le tôlier pour assembler les pièces métalliques qui formeront le futur plafond du paquebot. "Le robot va plus vite que l’homme", indique-t-il. Armé de son marteau à piquer, il doit toutefois préparer les zones à souder. 

    Titulaire d’un bac S, Arnaud a d’abord tenté des études de médecine avant de choisir un CQPM (certificat de qualification paritaire de la métallurgie) en un an. Sur les chantiers, il travaille en trois-huit [système d’organisation d’horaires en travail posté qui consiste à faire tourner par roulement de huit heures consécutives trois équipes sur un même poste] : du matin, du soir ou de nuit, pour un salaire de 2.000 € net mensuels.

  • Hugo, responsable fonction technique : définir les fournitures et les équipements à prévoir

    Le responsable fonction technique (RFT) a une formation d’ingénieur. Son travail est plus éloigné du terrain. En effet, il passe la majeure partie de son temps au bureau pour rédiger des spécifications techniques : des documents qui définissent les fournitures et les équipements à prévoir. Hugo, 30 ans, s’occupe notamment du traitement des déchets et des eaux usées. Il intervient sur la partie non visible du navire, sous la ligne de flottaison. Il existe également des RFT production d’eau douce, moquette, piscine-jacuzzi… 

    Embauché sur les chantiers en 2014 avec un bon bagage en anglais, ce diplômé des Mines de Nantes a étoffé son vocabulaire technique sur le terrain. En travaillant sur plusieurs navires en même temps, il a aussi gagné en organisation. 

  • Ophélie, superviseure : organiser et planifier les tâches de chacun

    Ophélie, 23 ans, superviseure, a aussi un job de planification : c’est elle qui organise les travaux avec les sous-traitants en charge de la peinture anticorrosion. Dans son bureau, à deux pas des ateliers appelés "Alvéoles", elle établit son calendrier, programme les tâches de chacun, veille à faire respecter les délais… Sur les navires, elle s’assure que les zones sont prêtes pour l’application. Elle, ne peint jamais. 

    Diplômée d’un BTS (brevet de technicien supérieur) industrialisation de produits mécaniques puis d’une licence professionnelle technologue internationale du soudage, elle a appris son métier "sur le tas, en un mois". Face à des sous-traitants grecs ou bulgares, elle doit, elle aussi, manier la langue de Shakespeare et ne pas hésiter à faire recommencer le travail si elle repère des imperfections : manque d’épaisseur, coulures, etc. En bleu de travail toute la semaine, de 7 h 30 à 16 h 15, et parfois le samedi, elle est au contact de l’armateur qui suit de main de maître le bon déroulement de son chantier. 

  • Benoît, acheteur : gérer les projets du chantier de A à Z

    Benoît planche sur le paquebot "G34" et gère les projets du chantier de A à Z. On parle, dans ce cas, de "monosite". Dès que le client a défini avec l’architecte l’aménagement d’un local, l’acheteur intervient. À 51 ans, Benoît cherche des agenceurs qui organiseront les espaces publics du navire : discothèque, spa, piscine, patinoire… Il travaille en binôme avec un responsable de contrat pour étudier les propositions et retenir les plus intéressantes. Tous deux ont en tête quatre problématiques : le coût, la qualité, la sécurité et le délai.

    Diplômé de l’EGC Normandie, il se déplace parfois à l’étranger à la rencontre d’entreprises italiennes, allemandes, espagnoles… "Les commandes doivent être passées deux ans avant la date de livraison du navire", précise-t-il. 

  • Christopher, responsable essais : gérer la mise en service des équipements

    Pour le "Celebrity Edge", l’échéance approche. Le navire doit prendre le large en octobre, vers les États-Unis : "48 heures avant le départ, on se dit que rien ne sera prêt", confie Christopher, 29 ans. Il est responsable essais sur ce navire américain, premier de série. Sa mission ? La mise en service des équipements de navigation, des systèmes de sécurité et de communication. Au bureau, où il rédige ses procédures de test, analyse ses plans, passe des contrats avec les sous-traitants et manage son équipe, il porte sa tenue de chantier car il est, à tout moment, susceptible de se rendre sur le navire. Il doit remonter même à bord certains week-ends, en soirée ou de nuit, pour faire des tests. 

    Après un bac STI [actuel STI2D], il a choisi un DUT génie électrique et informatique industrielle avant d’intégrer Polytech Nantes. Diplômé en 2012, il a travaillé cinq ans à l’étranger pour un groupe pétrolier, avant ce poste. "Il faut une bonne endurance, morale et physique, pour exercer cet emploi. Mais j’apprends beaucoup", avoue-t-il. 

  • Construction, réparation et entretien au programme des Chantiers de l’Atlantique

    Au stade de la construction d’un navire, il faut distinguer la fabrication (coque, ponts, etc.) de l’armement et de l’agencement, juste avant la mise à l’eau. Dans les ateliers, les panneaux sont assemblés pour former des blocs, travaillés à l’envers. Ces derniers sont ensuite retournés sur la zone de prémontage pour être associés les uns aux autres et constituer le navire.

    Le carnet de commandes des Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire est plein ! À côté des navires de plaisance, le site a développé une activité de réparation et d’entretien de bateaux militaires. Mais tout ne se fait pas à Saint-Nazaire. Ce sont parfois les salariés qui se déplacent. Quelle que soit la tâche, la livraison d’un bateau est toujours un événement. Le départ du "Symphony of the Seas" vers l’Espagne, en mars dernier, a rassemblé plus de 30.000 personnes sur le ponton. Quelques salariés, triés sur le volet, ont pu vivre l’événement à bord.

Si les Chantiers de l’Atlantique, qui comptent 3.000 salariés et autant de sous-traitants, recrutent aisément des ingénieurs, ils peinent à embaucher sur certains métiers, par manque d’attractivité. Des dizaines de postes ne sont pas pourvus. Avis aux intéressés ! tefê

Assistant conducteur de travaux

Il supervise les travaux et leur bonne exécution par les sous-traitants des navires. Véritable spécialiste, il dispose de compétences techniques dans des domaines très pointus : tuyauterie, chauffage-­climatisation, échafaudage, électricité… Parmi ses missions : la préparation de la stratégie de montage qu’il doit faire appliquer, la coordination des travaux, l’organisation de la réception des fournitures… Ce professionnel doit respecter les coûts, la qualité, les délais et la sécurité sur le chantier.

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Homme de terrain, il travaille en équipe et a de bonnes qualités relationnelles. L’anglais est exigé, à l’écrit comme à l’oral, pour échanger avec les fournisseurs et les armateurs, souvent étrangers. Pour exercer, un bac+2/3 dans le bâtiment, les travaux publics, le génie civil ou tout autre domaine technique, est nécessaire. L’ESTP propose une licence professionnelle management et conduite de travaux, en partenariat avec le CNAM (Conservatoire national des arts et métiers).

Technicien bureau d’études

Le poste existe dans de nombreux secteurs : naval, agroalimentaire, automobile, chimie, mécanique… Ce qui demande une bonne culture générale du domaine dans lequel on exerce. Sur les chantiers navals, le technicien bureau d’études, aussi appelé technicien de calcul en construction navale, est chargé de la conception de la structure métallique d’une zone du navire : coque, hélice, équipements… Il doit suivre un cahier des charges (plans, calculs, notices techniques…) pour réaliser et contrôler les plans et schémas de la structure, et doit veiller au respect des normes en vigueur.

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Ce métier technique demande rigueur, autonomie, minutie, créativité et adaptation. À Saint-Nazaire, les techniciens bureau d’études suivent leur chantier de la conception jusqu’à la livraison. Le poste est accessible avec un niveau bac+2 après un DUT (diplôme universitaire de technologie) génie mécanique et productique, mesures physiques, un BTS (brevet de technicien supérieur) conception de produits industriels ou assistance technique d’ingénieur.

Charpentier métaux

Appelé aussi chaudronnier, il travaille au cœur d’un atelier de fabrication et porte un EPI pour "équipement de protection individuel". Casque, lunettes, chaussures de sécurité sont indispensables pour tous les travaux de découpage, d’ajustage et d’assemblage des pièces qui formeront la structure métallique du bateau. Dans le jargon, on parle de panneaux. Ses outils de travail sont le chalumeau, le poste à souder et le vérin. Le charpentier doit être particulièrement sensible aux règles de sécurité et à son environnement de travail et doit être en bonne forme physique. Le poste demande un travail d’équipe, car, sur un chantier naval, le charpentier métaux travaille en deux-huit ou en trois-huit. Un rythme à prendre ! Côté formation, un CAP (certificat d’aptitude professionnelle) réalisations industrielles en chaudronnerie ou soudage (première session en 2019) ou un bac professionnel technicien en chaudronnerie industrielle est essentiel. Un bagage à compléter avec une licence de soudage.