1. Métiers des musées : les secrets du Quai-Branly
Reportage

Métiers des musées : les secrets du Quai-Branly

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Inauguré en juin 2006, le musée du quai Branly vient concrétiser un rêve : rendre aux arts et aux civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques leur place dans le monde des musées dominé par l’art occidental. Conservateurs, restaurateurs, techniciens, régisseurs œuvrent dans la pénombre de ce bâtiment pour mettre en valeur les riches collections.

Les secrets du musée du quai Branly

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  •  // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
    // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
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    // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
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  •  // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
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  •  // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
  •  // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
  •  // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
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  •  // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
  •  // © Anne-Charlotte Compan/Hans Lucas pour l'Etudiant
  • Le musée des cultures d'Afrique, des Amériques, d'Asie et d'Océanie

    Mardi 3 avril 2018, 12 h 58. Un petit groupe se presse à l’entrée du musée du quai Branly, dans le VIIe arrondissement de Paris. En bord de Seine, à l’ombre rassurante de la tour Eiffel, le bâtiment sur pilotis dessiné par Jean Nouvel, ceinturé d’une palissade de verre et recouvert de vitres sérigraphiées, émerge de son écrin de verdure comme une invitation au voyage. 

    En 2017, 1.173.721 visiteurs (familles, jeunes, scolaires, chercheurs) du monde entier, ont franchi son seuil, à la découverte de ses collections héritées de celles du musée de l’Homme et du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie (palais de la Porte-Dorée), complétées par des acquisitions plus récentes. Son bâtiment, tout en courbes et en transparence, entend faire "dialoguer les cultures" et offrir au visiteur un maximum de liberté. 

    Sur le plateau des collections, pas d’angles aigus, mais une promenade tout en douceur autour d’une allée centrale conçue comme une rivière qui serpente, à la découverte des œuvres, réparties selon leur zone géographique : Afrique, Amériques, Asie et Océanie.

  • 3.500 objets exposés

    Statuettes, masques, instruments de musique… Les 3.500 objets – parmi les 300.000 que compte le musée – ne sont présentés simultanément sur le plateau des expositions permanentes que quelques mois, en raison de leur très grande fragilité. 

    Protégés par des vitrines, baignés d’une lumière douce, ils font l’objet d’un suivi de tous les instants : température, humidité, intensité lumineuse. 

  • Sarah, conservatrice du musée

    "Ce tableau est une scène de fête arabe du peintre André Suréda qui évoque la vie au début du XXe siècle en Algérie, où l’artiste s’est rendu plusieurs fois…" 

    Sarah, 32 ans, l’une des 13 conservatrices du musée et commissaire de l’exposition "Peintures des lointains", pourrait parler pendant des heures de chacun des 200 tableaux de cette exposition. Ils sont, pour la plupart, issus de la collection Mondialisation historique et contemporaine du musée, dont elle a la direction. Un ensemble original de 11.000 pièces (carnets de voyages d’explorateurs, peintures, souvenirs militaires…) qui témoigne "du regard porté par les Européens sur l’autre, l’ailleurs". 

    Sa mission ? Le préserver, le documenter, l’enrichir et le montrer au public. "Il y a cette dimension intellectuelle pour comprendre les conditions de création des œuvres, leur parcours, la manière dont elles ont été perçues aux différentes époques, avec un gros travail d’archives et d’enquête…" 
Un poste passionnant et très convoité. 

    Avant de rejoindre le musée en 2015, Sarah a étudié cinq ans l’histoire de l’art et la muséologie à l’École du Louvre, et a réussi le très sélectif concours de conservateur du patrimoine.

  • L'expertise des œuvres à acquérir

    Repérer puis expertiser des œuvres qui pourraient venir enrichir la collection, par le biais d’acquisitions ou de dons (comme ici ces dessins) : c’est aussi le travail de Sarah. Avec une restauratrice, elle constate l’état des dessins avant qu’ils passent le lendemain en "commission d’acquisition".

  • Clothilde, restauratrice spécialisée dans les textiles

    Souvent lorsqu’une pièce sort des réserves du musée, elle passe entre les mains des restaurateurs. En bons médecins, ils l’auscultent avant d’établir un diagnostic : "En fonction des éventuelles altérations, on peut dire si la pièce peut être exposée ou non, si elle est en mesure de supporter un transport… et, sur cette base, si nécessaire, proposer un traitement adéquat, en lien avec le responsable de la collection", explique Clothilde, 35 ans, restauratrice spécialisée dans les textiles au musée depuis 2012. 

    Un métier qu’elle a choisi pour sa dimension "très complète". Après l’École du Louvre, Clothilde s’est formée pendant quatre ans au département restauration de l’Institut national du patrimoine, où elle s’est spécialisée dans les textiles. "J’ai eu le coup de cœur pour les étoffes byzantines." 

    Au musée, elle intervient souvent sur des pièces composites, comme cette fragile parure équatorienne constituée d’écorce, de plumes polychromes, de cheveux et de graines. 

    Aujourd’hui, il ne s’agit pas de la restaurer à proprement parler, mais de remplacer le support en plexiglas existant, par quelque chose de "plus esthétique". Objectif : stabiliser l’objet et lui assurer un voyage serein vers le musée à qui il va être prêté.

  • Vincent, technicien des collections

    Dans l’ambiance aseptisée de la salle de travail, Vincent, 26 ans, technicien des collections, armé d’un petit scalpel et de gants pour éviter de laisser des traces et se protéger… d’une éventuelle flèche empoisonnée, fixe la référence sur un masque de carton-pâte bolivien. 

    Cette pièce fait partie d’un lot obtenu récemment auprès d’une collectionneuse. Une des tâches du jour : la conditionner afin qu’elle puisse être stockée. 

    À l’aide de petits cubes découpés dans la mousse et d’un pistolet thermocolleur, Vincent fixe l’objet à la plaque qui lui sert de support : "On va chercher les points de contact, en évitant les endroits trop fragiles, comme les poils ou les oreilles", explique le jeune homme, entré un peu par hasard au musée du quai Branly il y a cinq ans, après avoir obtenu un bac professionnel de géomètre. 

    Il va ensuite lui attribuer un numéro de PPRI (plan de prévention risque d’inondation). Le masque rejoindra alors l’une des grandes armoires des réserves, qui, chose rare, sont situées au sein du musée. Les matières plus délicates comme les cheveux et les plumes sont conditionnées au préalable dans des emballages spéciaux.

  • Deux des trois restaurateurs du musée

    Dans l’atelier travaillent les trois restaurateurs employés par le musée ; les autres sont des indépendants qui ont, selon leur spécialité (sculpture, arts graphiques, photographie, mobilier et, ici, peinture…) répondu à un appel d’offres.

  • Marie, chargée de production des expositions

    Contrôler que les ampoules et que les vidéos fonctionnent, que les décors sont au bon endroit… À moins d’une semaine de l’ouverture de l’exposition "Enfers et fantômes d’Asie", Marie, 29 ans, chargée de production, pilote avec calme la vingtaine d’ouvriers qui finalisent le montage. 

    Son travail de la matinée ? "Vérifier que les cartels [étiquettes], qui portent les informations sur l’œuvre, soient bien dispersés afin que les signaléticiens puissent les poser, et les éclairagistes les éclairer", commente la diplômée d’école de commerce. 

    Sélection du scénographe, commande des décors, négociation des droits de transmission des films, passage des marchés travaux… : depuis plus d’un an, c’est elle qui a fait que l’exposition, sur le plan technique, voit le jour dans le respect du budget imparti. 

  • Marine, régisseuse des collections

    Face à la maquette du palais de Chan Chan (ville précolombienne du Pérou), Marine (deuxième à gauche), 32 ans, régisseuse des collections, compte un à un les petits personnages de bois et de tissu : "Je réalise un constat d’état avec deux restaurateurs spécialisés afin de m’assurer que la pièce est dans le même aspect que lorsque nous l’avons déballée du carton", décrypte-t-elle. Après six mois, l’exposition "Pérou avant les Incas" a fermé ses portes, et l’heure a sonné pour ce trésor du XIIIe siècle de retrouver le chemin du musée de Trujillo, au Pérou. 

    Il faut démonter l'exposition. Menée en binôme avec le chargé de production, la régie demande beaucoup de logistique : "Je dois coordonner plusieurs corps de métiers : transporteurs, restaurateurs, socleurs d’œuvres d’art…" 

    Marine doit faire preuve d’une bonne dose de philosophie : "Quand un problème survient, nous sommes en charge de trouver des solutions et de créer un climat favorable", poursuit la jeune femme, diplômée de deux masters de deuxième année, l’un de muséologie de l’École du Louvre et, l’autre, d’histoire de l’art de l’université Paris-Nanterre.

    Attention, fragile ! Chaque pièce de la précieuse maquette est emballée avec soin, avant d’être conditionnée dans une caisse sur mesure capitonnée. Pour le voyage retour, le musée a fait appel aux services d’un transporteur d’art. 

    La maquette traversera l’Atlantique dans la soute d’un avion, accompagnée d’un représentant de son musée d’origine. "On fait venir des pièces très rares du monde entier et les sinistres sont quasi inexistants", précise Marine.

  • Juliette, responsable de l'inventaire

    Au musée, Juliette, 33 ans, responsable de l’inventaire, est un peu la gardienne du rangement. À la tête d’une équipe de quatre personnes, elle s’assure, que les œuvres, propriétés inaliénables de l’État, sont enregistrées à la bonne place. 

    "Un métier peu connu du grand public mais fondamental pour un musée. À chaque objet qui arrive, nous allons donner un numéro d’inventaire qui va le suivre à travers les siècles, et acter son entrée dans la collection nationale", précise Juliette. 

    Autrefois, les informations étaient consignées à la plume dans de grands registres. Aujourd’hui, elles sont enregistrées dans une base de données qui permet de "suivre les mouvements d’un objet, minute par minute". 

Le musée du quai Branly emploie plus de 260 agents, fonctionnaires ou contractuels, et a recours chaque année à autant de prestataires. Parmi les métiers représentés, en voici trois qui recrutent avec le bac et contribuent au rayonnement des différentes civilisations exposées.

Chargé de médiation culturelle

Comme tous les musées, le Quai-Branly déploie une série d’actions culturelles afin de favoriser l’accès du plus grand nombre à ses collections : ateliers pour les enfants ou les scolaires, conférences autour d’une thématique ou d’une exposition, visites guidées à destination des familles ou des personnes en situation de handicap… Tous ces événements relèvent du travail du chargé de médiation culturelle.

Lire aussi : Les métiers du secteur de la culture et du patrimoine

Selon le public, ou l’objectif, ce professionnel est chargé de concevoir puis mettre en œuvre les projets, dans le respect d’un cadre juridique et financier. Au musée du quai Branly, quatre personnes occupent cette fonction qui nécessite adaptabilité, rigueur, organisation et une dose de créativité. Les titulaires d’un master 2 en médiation culturelle ou en gestion de projet culturel, seront les bienvenus, tout comme les diplômés d’histoire de l’art, une expérience en matière de pédagogie étant toujours un plus.

Chargé de développement des ressources

En tant qu’établissement public placé sous la tutelle des ministères de la Culture et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le musée du quai Branly fonctionne essentiellement grâce à des subventions. Elles représentaient, en 2016, 86 % de son budget, loin devant la billetterie (6 %) et le mécénat (2 %). Mais, ces dernières années, les musées ont été invités à développer des ressources propres : c’est là la fonction du chargé de développement de ressources.

De préférence titulaire d’un master de deuxième année dans le domaine du mécénat, ou diplômé d’une école de commerce, ce professionnel a pour mission de développer des projets de mécénat et de parrainage avec des entreprises et des institutions extérieures.

Grâce à un travail de veille, de communication (événements, rencontres, supports…), il prospecte et fidélise un réseau de mécènes en France et à l’étranger. Puis, en lien avec le service juridique, il négocie et finalise les contrats dans le respect des contraintes fiscales, techniques et éthiques du musée. Récemment, par exemple, la réfection d’une partie du mur végétal du musée a été financée par une opération de crowdfunding.

Chargé des activités de recherche

Le musée du quai Branly abrite une spécificité : un département de la recherche et de l’enseignement. Parmi ses nombreuses fonctions, ce dernier soutient de jeunes chercheurs à travers des bourses doctorales ou postdoctorales. C’est la mission du chargé des activités de recherche : il gère la sélection des candidats au programme de bourses, puis accompagne les chercheurs, notamment dans l’organisation de séminaires. Pour accéder à ce poste, il faut de préférence être titulaire d’un doctorat, bien connaître les mécanismes de la recherche et parler anglais.