Métiers portuaires : cap sur Saint-Malo

Par Maria Poblete, publié le 20 Juillet 2016
6 min

Commerce, pêche, plaisance, tourisme… Saint-Malo est l’un des ports les plus importants de France avec un trafic de près de deux millions de tonnes de marchandises. De nombreuses activités y cohabitent avec des métiers divers : grutier, lamaneur, mécanicien, officier de sécurité, pilote… Vingt-quatre heures entre mer et terre.

Le chimiquier “Chemical Master”, en provenance du Portugal, fait escale à Saint-Malo, en Bretagne. Il doit décharger 4.000 tonnes d'engrais à quai.


Julien, pilote de port : “Tout navire de plus de 45 mètres doit être assisté par un pilote”

Il est 18 heures, la nuit ne va pas tarder à tomber. Le petit crachin malouin rafraîchit l'atmosphère. Le chimiquier “Chemical Master”, battant pavillon singapourien, en provenance de Setúbal au Portugal et à destination d'Amsterdam, s'est rapproché de la côte d'Émeraude. Le navire d'une longueur de 140 mètres doit être assisté d'un pilote de port pour manœuvrer à l'accostage.

Ce soir, c'est Julien Bourbon (sur le pont), 40 ans, pilote à Saint-Malo depuis huit ans, qui prend les commandes. Sécurité optimale : le navire est bourré de 4.000 tonnes d'acide phosphorique qui doivent être déchargées. Julien est hyperconcentré. Il prend les commandes du chimiquier.

Après un bac scientifique, il a intégré l'ENSM (École nationale supérieure maritime, ex-École de la marine marchande) de Marseille (13). Après 5 ans d'études, il est sorti officier première classe, puis a navigué pendant 72 mois (dont 48 mois au pont) avant d'être recruté sur concours pour devenir pilote maritime.


Thomas, lamaneur : “Nous vivons au rythme des escales et des marées"

Le chimiquier est désormais à quai. Thomas Bertin, 28 ans, lamaneur (chargé des opérations d'amarrage ou d'appareillage des navires), fixe le navire au quai en accrochant les aussières (gros cordages) aux bollards (bornes d'amarrage). Après un certificat d'initiation nautique, il a passé 3 ans au large à bord d'un chalut de pêche.

Le métier de lamaneur qu'il exerce depuis 1 an est parfait pour Thomas : “Entre terre et mer.” Issu d'une famille de marins, il adore l'ambiance et l'esprit d'équipe. Disponible 24 heures sur 24 et tous les jours de l'année, ses horaires sont imposés par… la marée. De jour comme de nuit, lui ou l'un de ses collègues, tous salariés de la chambre de commerce et d'industrie de Saint-Malo, ont des astreintes et des heures variables de travail.

Après l'amarrage du “Chemical Master”, Thomas ira s'abriter dans le bureau des lamaneurs où il pourra se reposer en attendant le bateau suivant. Son métier demande de la concentration, de la rigueur et une bonne force physique.


Julien, grutier : “Je peux passer une journée, seul, dans ma cabine, à 45 mètres du sol”

Ce matin, Julien Gautier, 31 ans, grutier, est appelé au déchargement du navire-citerne. Muni de son équipement de sécurité (bottes, casque, veste, gants), il grimpe les marches de sa grue. Formé en conduite de grue sur chenilles à flèche treillis, de chariot élevateur, de pelle hydraulique, c'est après son embauche qu'il a réellement commencé sa formation de grutier portuaire.

Son métier exige de l'attention, une bonne condition physique, une excellente vue et aucun problème de vertige. Tout à l'heure, il sera peut-être même obligé de grimper sur la flèche (45 mètres !), pour réparer ou vérifier un boulon. Car en tant que mécanicien, “il faut changer les câbles et entretenir sa grue”.

Il est aussi conducteur d'engins, un travail qui est “passionnant” parce qu'il est varié. Il “tourne” de jour, ce qui n'est pas le cas dans les très grands ports où les grutiers travaillent aussi de nuit. Quand il sera là-haut, il passera plusieurs heures tout seul. “Il faut aimer la solitude et rester concentré. On n'a pas le droit à l'erreur, pas comme dans les jeux vidéo ; ici, il n'y a pas de game over.”


Cédric, mécanicien : “J'aime travailler en équipe et construire de mes mains”

Les bateaux en escale, pour une panne ou un entretien, passent par l'une des sociétés de réparation du chantier naval. Ici Cédric Le Houx, mécanicien de 20 ans, embauché il y a 1 an à la Socarenam, restaure la coque abîmée d'un bateau qui assure le transport de passagers vers les îles Anglo-Normandes. Sa formation de chaudronnier et son brevet de soudeur l'ont mené vers la voie navale, son “rêve” !

Il répare et construit des bateaux et des utilitaires pour l'armée, les douanes. Cédric ne se plaint pas des mauvais côtés de son métier : le froid en hiver, les risques de brûlure, la chaleur en été, le bruit. Il trouve que les conditions de travail sont, chaque jour, meilleures grâce à l'arrivée de nouveaux engins qui transportent les pièces. Ce qui est appréciable ? La solidarité entre collègues et l'esprit d'entraide.


Natacha, bac pro maintenance nautique : “Fabriquer un bateau, c'est participer au bonheur de ceux qui aiment naviguer.”

Au cœur du port, le chantier naval abrite des sociétés de fabrication de bateaux de plaisance et de course. Ça cogne, ça soude, ça s'agite dans l'immense hangar. Natacha Hiance, 20 ans, titulaire d'un bac professionnel maintenance nautique passé à Saint-Lo (50), s'est perfectionnée en techniques composites “sur le tas”, au cours de stages. Embauchée récemment à BG Race (qui réunit plusieurs savoir-faire autour de la mer et de la course au large), elle participe à la réalisation du pont d'un Tizh 40 (la première unité de ce modèle a participé à la Route du Rhum). Chacun a un rôle bien défini en fonction de sa spécialité.

Natacha crée des pièces en fibre de verre et en résine et prépare la colle des enduits. Elle aime l'ambiance du chantier naval : “Chacun travaille dans son coin, mais ensemble.” Elle adore voir le bateau prendre forme chaque jour : chaque détail compte, chaque millimètre est travaillé, peaufiné, enduit, peint et repeint.

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