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Michaël Pavan, éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse

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Au CPI (centre de placement immédiat) de Saint-Brice-sous-Forêt (95), Michaël Pavan, 38 ans, est l’un des huit éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse. Il encadre une douzaine de jeunes âgés de 15 à 17 ans placés sur décision d’un magistrat. Pour ces primo-délinquants, le placement en CPI constitue soit une transition vers la sortie après un emprisonnement en centre de détention pour mineurs, soit une alternative à la prison, à titre préventif, avant que le mineur soit jugé pour un crime ou un délit. Dans tous les cas, Michaël Pavan joue un rôle décisif pour l’avenir des jeunes qui lui sont confiés.

Comment définissez-vous votre rôle ?
Notre travail consiste à prendre en considération un mineur dans toutes ses problématiques : sa santé, sa scolarité ou son insertion professionnelle, sa situation familiale et sa manière de se positionner par rapport aux infractions qui lui sont reprochées. Pour les jeunes qui n’ont pas encore été jugés, tous ces aspects sont examinés par le juge, qui décidera ou non de leur incarcération. Pour ceux qui ont déjà été condamnés, notre rôle est de les aider à réintégrer la société.

Dans quelles conditions ces mineurs vous sont-ils confiés ?
Dans chaque cas, nous sommes contactés par l’éducateur PJJ du tribunal ou du centre de détention qui nous propose un jeune à placer. On étudie son dossier, on tient compte de son parcours. On veille à ce que son arrivée ne fragilise pas le groupe déjà constitué dans notre centre, et qu’elle ne le mette pas en danger, lui ou l’équipe. Il y a toujours des risques de violences.

Est-ce que vous rencontrez chaque jeune avant de l’accueillir ?
Pour ceux placés ici à titre préventif, le plus souvent, tout se règle par téléphone par manque de temps. Mais si on veut construire un projet éducatif cohérent, c’est toujours mieux de rencontrer les ados déjà placés dans un centre de détention. On essaie d’établir un contact, de parler de leurs difficultés et de voir comment ils se positionnent sur leur venue dans le centre… Il faut toucher leur réalité, sinon ils risquent de refuser ce projet. On décide en équipe, entre collègues éducateurs et avec le psychologue, de les accepter ou non.

Une fois qu’ils ont intégré le centre, que leur proposez-vous ?
Si l’enfant de moins de 16 ans est déscolarisé, on va essayer de le remettre en position pour réintégrer un cursus dans l’Éducation nationale à travers des dispositifs mieux adaptés à ses difficultés, à son niveau scolaire et à ses problèmes de comportement. Nous faisons aussi un travail de remobilisation pour le "réveiller". On propose des ateliers manuels : mosaïque, menuiserie, coiffure… Nous ne sommes pas ici dans la reprise immédiate d’une activité. On l’aide à retrouver ses marques.

Comment vous y prenez-vous ?
Le travail éducatif se fait sur le quotidien, et notamment sur l’hygiène de vie. Par exemple, je me rappelle avoir passé plus d’une heure avec un jeune pour lui expliquer comment faire une lessive avec tel ou tel vêtement. Lui faire lire des modes d’emploi, c’est aussi un bon moyen de tester sa compréhension ou son niveau de lecture.

Quelles relations avez-vous avec eux ?
Il faut leur faire comprendre que nous ne sommes pas une famille de substitution. D’ailleurs, les parents conservent leur droit de garde, même s’il peut être limité. Le matin, on ne se fait pas la bise. On n’est pas dans la complicité. On a en fait un rôle de protecteur, mais aussi de censeur. Le placement en centre doit être une parenthèse dans leur vie. Le but est qu’ils retrouvent un équilibre et qu’ils règlent leurs problèmes avec la justice.

Comment gérez-vous les situations difficiles ?
Au cas par cas. Si un gamin ne rentre pas à l’heure prévue, il est déclaré en fugue et la police l’inscrit sur le fichier des personnes recherchées. S’il rentre au foyer à minuit au lieu de 20 heures, on ne lui saute pas dessus, on lui fait remarquer son retard. Les jeunes ont besoin d’un recadrage plus ou moins strict. Dans ces moments-là, la sensibilité et l’expérience comptent.

Par exemple ?
Parfois, il faut savoir offrir une petite ouverture sur son intimité. Par exemple, on a eu un ado en très grande souffrance psychique. Son père était décédé et sa mère l’avait plus ou moins abandonné. La tension était telle qu’il y avait de la violence dans l’air. Je lui ai alors lâché que moi-même j’avais perdu mon père à son âge dans des conditions difficiles. Il est devenu mutique avant de venir s’excuser. Il m’a dit que ça lui faisait mal d’avoir réveillé ça en moi. Un éducateur doit savoir attraper le fil pour le dérouler et pouvoir aider le jeune.

Quel regard portez-vous sur votre métier ?
Le fait que ces jeunes sont des adolescents est déjà une grosse partie de leur problématique. Souvent, un gamin sort de la délinquance simplement parce qu’il a grandi et mûri. On n’a pas les mêmes pulsions, envies ou appétences à 15 ans et à 25 ans. N’importe quel ado peut vraiment vous secouer ! Au sens propre comme au sens figuré…

Propos recueillis par Ludivine Coste
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Formation : une nouvelle école pour les éducateurs PJJ