1. Pauline, 29 ans : "Comment je suis devenue équithérapeute"
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Pauline, 29 ans : "Comment je suis devenue équithérapeute"

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Pauline a commencé l'équitation à l'âge de 7 ans. // © Simon Lambert/Haytham pictures pour l'Etudiant
Pauline a commencé l'équitation à l'âge de 7 ans. // © Simon Lambert/Haytham pictures pour l'Etudiant

Cavalière depuis l’enfance, Pauline Amisse, 29 ans, a découvert l’équithérapie il y a cinq ans. Cette pratique utilise la médiation du cheval pour soigner. Après une première expérience comme assistante de service social, elle décide de se reconvertir dans ce métier en auto-entreprise. Rencontre avec une jeune femme passionnée.

C’est dans les Yvelines, près de Mantes-­la-Jolie, que Pauline a grandi. Dès l’âge de 7 ans, elle découvre les joies de l’équitation, galopant dans un cadre verdoyant niché entre la Normandie et Paris. Des leçons hebdomadaires au centre équestre de Magnanville aux balades dans le bois départemental des Terriers, elle développe une vraie passion pour le cheval. "J’aime ce que me renvoie un cheval, la complicité avec l’animal, confie-t-elle. J’ai toujours manqué de confiance en moi. Réussir à guider un cheval m’a permis de me valoriser, de m’endurcir, mais aussi de m’évader et de laisser un peu de côté les soucis liés à l’adolescence. C’est en grandissant que je me suis rendu compte de ce que peut apporter un cheval. Encore plus aujourd’hui, puisque c’est mon partenaire de travail."

"Le cheval est le miroir de nos émotions"

Après avoir obtenu le baccalauréat SMS [l’actuel ST2S] en 2008 et fait une année de prépa, elle s’inscrit à l’IRTS (institut régional du travail social) de Canteleu (76), où elle décroche le diplôme d’État d’assistante de service social en 2012. Puis une rencontre va tout changer.

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"Je suis entrée en tant qu’assistante de service social dans l’Éducation nationale. J’étais contractuelle. En faisant des recherches sur Internet, j’ai trouvé une équithérapeute, que j’ai contactée. Elle m’a laissée assister à une séance avec des personnes prises en charge pour une addiction." C’est le déclic pour Pauline. Alors qu’elle vient d’acquérir son premier cheval, Petit Farceur, elle comprend que le métier d’équithérapeute lui permettrait d’allier sa passion à sa formation initiale. Elle suit alors près de 600 heures de forma­tion étalées sur deux ans au sein de la Société française d’équithérapie, basée à Souligné-Flacé, à proximité du Mans. De la psychologie à la psychomotricité en passant par la sophrologie, l’orthophonie ou encore l’éthologie équine, le programme est très vaste. "Pour intégrer cet organisme de formation, il faut soumettre un dossier et passer un entretien. Un diplôme dans le médical ou dans le social et une bonne connaissance du cheval sont exigés", précise Pauline.

"L’animal collabore par sa présence et sa sensibilité au soin psychique"

Cette connaissance du cheval et de son instinct, elle l’utilise aujourd’hui dans son métier de tous les jours. Contrainte de cumuler deux activités au lancement de son auto-entreprise en 2015, elle est désormais équithérapeute indépendante à temps complet depuis septembre dernier. À la tête de Horse Harmonie, elle intervient dans différents lieux et pour différents publics. "J’ai un certain nombre de patients qui ont des troubles autistiques, des personnes à mobilité réduite, des personnes en réinsertion sociale, des adolescents en foyer, des personnes en deuil… J’interviens pour les apaiser et faire en sorte qu’ils se sentent mieux." C’est là que le cheval entre en scène. Tel un médiateur thérapeutique, il collabore par sa présence et sa sensibilité au soin psychique.

En équithérapie, le patient travaille tantôt sur le dos du cheval, tantôt au sol. Séance après séance, l'animal facilite le soin par sa sensibilité et son comportement. // © Simon Lambert/Haytham pictures pour l'Etudiant
En équithérapie, le patient travaille tantôt sur le dos du cheval, tantôt au sol. Séance après séance, l'animal facilite le soin par sa sensibilité et son comportement. // © Simon Lambert/Haytham pictures pour l'Etudiant

"Ce qui différencie le cheval des autres animaux, c’est qu’il est porteur. Le patient doit mobiliser la motricité, l’équilibre, le tonus." Les exercices s’effectuent soit sur le dos du cheval, soit au sol. Séance après séance, l’animal facilite la relation et les échanges. "C’est un animal grégaire, poursuit Pauline. À partir du moment où il a peur, il fuit. Il va poser très rapidement des limites, lesquelles, venant de la part d’un animal, seront davantage acceptées par un adolescent, par exemple. Il est facilitateur dans la thérapie et permet de prendre conscience de certaines choses. Il est le miroir de nos émotions. Par son comportement, il nous renvoie l’état dans lequel nous sommes. Il scanne, capte et communique par langage corporel."

"Une personne qui doit s’affirmer prendra un cheval qui a du caractère"

Se déplaçant dans l’Ouest parisien, Pauline installe petit à petit son activité. Elle travaille en grande partie pour le pôle équestre du Lys de Genainville, situé au cœur du parc naturel régional du Vexin. Chaque programme est individualisé et commence par une période de trois mois, le temps de mettre en place la thérapie. Le suivi est régulier, à raison d’une heure par semaine. "Tout dépend de la problématique. Les objectifs sont posés avec le patient pour voir ce qui est faisable ou non. Je choisis alors des exercices adaptés, la taille et le caractère du cheval. Une personne qui doit apprendre à s’affirmer prendra un cheval qui a du caractère. Pour une autre, en quête de confiance ou de valorisation, un cheval cool et obéissant sera plus approprié."

En parallèle, Pauline intervient aussi au centre équestre Les Cavaliers du Donjon de Maurepas, en collaboration avec la Maison des parents de Trappes (78). Des exercices avec des poneys sont ainsi effectués afin de faire ressortir les difficultés entre les parents et leurs enfants. "Cette pratique permet de réintroduire le dialogue et le positionnement de chacun par des exercices en binôme. Chacun leur tour, ils sont au sol. Nous travaillons autour de la confiance et de la communication, ce qui établit un parallèle entre la séance et la maison."

"Les écoles doivent se mettre d’accord sur la définition de l’équithérapie"

Alors que sa profession n’est pas reconnue par l’État [légale mais non réglementée], au contraire du Horse Coaching pratiqué aux États-Unis ou au Canada, Pauline ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. "Je pense que cette pratique est encore trop confidentielle, mais il faut que les écoles se mettent d’accord sur la définition de l’équithérapie", juge-t-elle. Question de temps sans doute pour ce soin jugé encore alternatif pour le moment. En attendant, elle développe actuellement des interventions avec des poneys dans un hôpital pour enfants ainsi que dans une maison d’accueil spécialisée pour adultes. Elle souhaite aussi mettre en place, à court terme, des stages destinés aux jeunes en décrochage scolaire. "Mon but sera de les remobiliser. Dès qu’ils sont en contact avec un cheval, le masque tombe. Ils ne peuvent plus faire semblant. Sans le savoir, ils sont en fait en recherche de limites et c’est le cheval qui va très rapidement les remettre dans le droit chemin." Un défi permanent pour cette jeune femme qui soulage, mois après mois, des souffrances enfouies.

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Sensible aux problématiques psychosociales, elle est guidée par son métier initial. "La relation d’aide, le relationnel, l’écoute, l’adaptabilité, la patience, l’analyse et la créativité sont des qualités professionnelles indispensables pour exercer cette activité. La formation d’équithérapeute m’a appris bien des choses mais il est indéniable que mon métier d’origine et les connaissances acquises pour l’exercer m’ont beaucoup aidée et font aussi de moi la professionnelle que je suis devenue." Telle est la philosophie de Pauline, qui, aux côtés de ses chevaux guérisseurs, ne prétend guère remplacer les soins classiques. Elle est simplement là pour guider l’autre vers une communication non verbale faisant appel à tous les sens.

Devenir équithérapeute

Trois organismes privés proposent actuellement des formations en France. Celles-ci sont ouvertes à des professionnels médico-sociaux tels qu’éducateurs spécialisés, infirmiers, psychologues, orthophonistes, assistants sociaux, médecins…
Implanté à Paris et en Île-de-France, l’IFEq (Institut de formation en équithérapie) propose une formation longue de 420 heures d’enseignement réparties sur douze à dix-huit mois.
La SFE (Société française d’équithérapie) dispense une formation professionnelle de 600 heures étalées sur une à deux années à Souligné-Flacé, à proximité du Mans.
La Fentac (Fédération nationale de thérapies avec le cheval) organise un cursus en 12 modules, de 600 heures sur trois ans, en partenariat avec l’université parisienne Pierre-et-Marie-Curie.

Le parcours de Pauline en 5 dates

1997 : découverte de l’équitation à l’âge de 7 ans.
2008 : Obtient le bac SMS (l’actuel ST2S) au lycée Senghor de Magnanville (78).
2012 : décroche un diplôme d’assistante de service social.
Acquisition de son premier cheval, Petit Farceur.
2013 : rencontre d’une équithérapeute.
2015 : obtient le diplôme d’équithérapeute et lance son auto-entreprise.