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Catherine Frot - « Je voulais être inoubliable »

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À 20 ans, Catherine Frot vivait intensément sa passion du théâtre et écoutait Higelin, Gainsbourg et les Rolling Stones…

Catherine FrotVous aviez 20 ans en 1977. Vous apparteniez à la Compagnie du Chapeau rouge…
Après la Rue Blanche et le Conservatoire, je me suis en effet lancée dans cette aventure qui a duré près de dix ans. Avec un groupe de comédiens (Pierre Pradinas, Yann Collette, Jean-Pierre Darroussin…), nous avons créé cette compagnie à Avignon dans le cadre du festival off. Nous mettions en scène nos pièces qui étaient présentées dans une salle de danse transformée en théâtre, dans la petite rue du Chapeau-Rouge.

Quels souvenirs en gardez-vous ?
Nous vivions tous à fond notre passion du théâtre, notre drogue à nous. C’était vraiment une période riche en amitiés, en création, en invention. Quel bonheur de vivre dans l’imaginaire ! La Compagnie du Chapeau rouge était un lieu d’échanges où de jeunes artistes de tous horizons venaient s’exprimer. Nous avions notamment accueilli des peintres du mouvement de La Figuration libre (très médiatisé dans les années 80), avec des personnages marquants comme Robert Combas.
Vos parents vous ont-ils encouragée à suivre cette voie ?
Mon père aurait certainement préféré que j’entre à la Comédie-Française. J’ai décidé de prendre un autre chemin. Dans mon enfance, tout était tellement concret et cartésien, avec un père ingénieur et une mère professeur de maths, que j’ai cherché une évasion artistique ailleurs.

Quel était votre état d’esprit à 20 ans ?
J’étais une passionnée, je me sentais toujours en représentation, au théâtre comme dans la vie. Je voulais être inoubliable. J’étais très heureuse de vivre de ma passion. J’avais également une vraie conscience politique, tendance extrême gauche. Et puis, j’écoutais Higelin, Gainsbourg et les Rolling Stones dont j’appréciais particulièrement la musique et les textes.
Et l’amour dans tout ça ?
J’étais très amoureuse, sentimentale, fleur bleue. Je vivais pleinement chaque moment. J’avais un petit côté rayon de soleil qui plaisait bien aux garçons.

Étiez-vous une “fashion victim” ?
On peut dire que j’étais assez « lookée ». Je portais des jeans, avec de longs tee-shirts, et je mettais toujours des petits talons avec mes pantalons pour être plus sexy. J’avais les cheveux très longs avec une frange, bref, très années 80.

Regrettez-vous vos 20 ans ?
Non, pas du tout. Cette période m’a nourrie, m’a construite, mais il a fallu que je m’en éloigne pour avancer dans la vie et vivre d’autres expériences.

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération ?
Je pense que c’est plus compliqué pour les jeunes aujourd’hui par rapport à mon époque par exemple, où nous étions plus insouciants. Le monde est plus dur, plus austère. Les jeunes devraient se cultiver, se construire par les écrits.

Comment vous voyez-vous dans vingt ans ?
J’aimerais accepter de vieillir, ne pas en avoir trop peur. Autour de moi, je connais beaucoup de personnes d’un certain âge qui sont éternellement jeunes. J’aimerais leur ressembler dans vingt ans. Suzanne Flon, par exemple, donnait vraiment envie de vieillir. Elle représentait la grâce à mes yeux. J’espère que je porterai encore beau.

Ses cinq dates
1957 : naissance de Catherine Frot à Paris.
1980 : elle joue dans Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais.
Années 90 : elle triomphe sur les planches dans Un air de famille, le spectacle de Jean-Pierre Bacri et d’Agnès Jaoui, qui lui vaut
le Molière du second rôle.
1997 : elle obtient le César du meilleur second rôle pour l’adaptation cinématographique d’Un air de famille.
2007 : elle tient le rôle d’ « Odette Toulemonde » d’Éric-Emmanuel Schmitt.

Sommaire du dossier
Retour au dossier Sophie Marceau - Le goût des autres Alexandra Lamy - « Je voulais être gardienne de chèvres » Kamini - Le sex-symbol de Marly-Gomont Joss Stone - Authentique Manu Larcenet - « Pour combler ma solitude, je dessinais » Laurent Voulzy - En toute quiétude Judith Godrèche - Tout feu tout flamme Emmanuelle Seigner - Sur la bonne voix Catherine Frot - « Je voulais être inoubliable » Audrey Tautou - Tout entière Sanseverino - « Je me comportais comme un ado attardé » Damon Albarn and co… London calling Karin Viard - « A 20 ans, j’angoissais pour mon avenir » Marie Gillain - La douceur de vivre