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Damon Albarn and co… London calling

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Le leader de Blur et de Gorillaz revient avec un nouvel album issu de sa collaboration avec le percussionniste Tony Allen, l’ex-bassiste des Clash Paul Simonon et Simon Tong, ex-guitariste de The Verve. Rencontre avec Damon Albarn et Paul Simonon.

Damon Albarn and co...Comment êtes-vous arrivés à réaliser au Nigeria un album sur Londres ?

Damon Albarn : « En fait, ça ne s’est pas passé comme ça. Tout est parti d’un coup de téléphone de Tony Allen. Il m’a appelé pour me dire qu’il avait envie de travailler avec moi. J’ai été très flatté et tout de suite intéressé. On a bossé ensemble pendant quelques mois, puis on est partis au Nigeria. On était avec ses musiciens à Lagos. Mais la musique qu’on a enregistrée là-bas ne pouvait pas vraiment constituer un album. Et quand je suis revenu à Londres, que j’ai écouté notre travail, je me suis aperçu que ce n’était pas exploitable tel quel. Alors, j’ai eu l’idée d’appeler Paul Simonon pour essayer de “repenser” tout ça et de mettre des lignes de basse pour une sonorité un peu dub. Mais Paul était entre-temps passé à autre chose, à la peinture. Je lui ai proposé de venir écouter ce que nous avions fait et de discuter un peu. »


Pourquoi le bassiste des Clash a-t-il accepté cette proposition ?


Paul Simonon :
« On s’est aperçus que nous étions voisins, que nous habitions à quelques rues l’un de l’autre, dans l’ouest de Londres. En parlant, on s’est aussi rendu compte que nous avions tous les deux une passion pour notre ville. On a commencé à partager nos connaissances. On s’intéressait à son histoire, à ses monuments, à ses marchés, à l’évolution de la population, des migrants qui sont venus s’y installer. On s’est mis à s’échanger des livres sur le sujet, des romans, des essais, des études sur les pendaisons à Londres. C’est une ville passionnante, en perpétuelle évolution. Damon a écrit les paroles, et c’était lui qui initiait les choses. Pour ce qui concerne la composition, on faisait ça tous les deux. »

Damon Albarn : « Tout pouvait nous inspirer. On partait d’une image, d’une carte postale, d’un texte, d’une idée. Ou alors on commençait à jouer, et la chanson venait toute seule. Parfois j’arrivais avec les paroles. On les apprenait, puis on les faisait évoluer au fur et à mesure qu’on composait. »

Vous étiez d’abord le leader de Blur, puis la tête pensante de Gorillaz, maintenant vous conduisez ce projet. Pourquoi changez-vous de groupe aussi souvent ?


Damon Albarn :
« Parce que c’est comme ça qu’on apprend et qu’on progresse dans l’existence ! En communiquant, en partageant avec les autres. Depuis une vingtaine d’années, je passe de groupe en groupe. C’est vrai que les rapports peuvent changer, évoluer au sein d’un même groupe, mais j’ai besoin de bouger. Par ailleurs, un grand nombre de paramètres peuvent venir perturber le travail : le succès, ce qu’il exige, les impératifs de la promotion, ce genre de trucs, tout cela peut parasiter la création, je pense. Quand vous montez un groupe avec des copains, que vous êtes adolescent, vous êtes tout feu tout flamme. Puis le temps passe, les trajectoires, les centres d’intérêt se rejoignent, se croisent ou alors finissent par diverger énormément. Chacun se développe différemment. J’ai besoin de changement. J’aime la diversité. »

« C’est un petit peu embarrassant de faire encore partie d’un groupe à notre âge », avez-vous déclaré. Que pensez-vous alors de groupes de « vieux », par exemple les Rolling Stones ou les plus confidentiels Gang of Four ?


Damon Albarn : « Les Gang of Four n’ont jamais été parasités par le succès. Ils ne sont jamais vraiment parvenus à le rencontrer. Résultat : ils sont miraculeusement préservés. Ils ont toujours joué, composé la musique qu’ils aiment et qui les fait vibrer. Ils ont fait autre chose à côté et ont réussi à protéger leurs relations. »

Paul Simonon : « Nous avons tous ici fait partie d’un groupe : j’étais avec les Clash, Damon avec Blur et Simon avec The Verve. Nous savons ce que c’est. Nous sommes vieux maintenant. Aujourd’hui, nous avons choisi une autre formule : la collaboration. Et c’est pour cette raison que nous n’avons pas vraiment de nom de groupe. Nous avons choisi de prendre pour nom les paroles d’une des chansons de l’album. »


Bio express

Damon Albarn est né à Londres en 1968. Leader de Blur et de Gorillaz, groupe virtuel qu’il a imaginé, Albarn est également passionné par l’art.
Paul Simonon est né en décembre 1955. Ancien bassiste des Clash, il est aussi aujourd’hui un peintre reconnu.
Pape de l’afro-beat, ami et alter ego de Fela Kuti, Tony Allen, percussionniste, est né au Nigeria et vit en France depuis vingt ans.
Simon Tong, guitariste, travaille régulièrement avec Damon Albarn depuis la formation de Blur.


Actu


« The Good, the Bad and the Queen » est un album consacré à Londres. Selon Damon Albarn, « il s’agit d’une série de lettres et de récits historiques, d’images arrêtées ». Musicalement, les compositions mêlent inspirations punk londoniennes, afro-beat, reggae et dub en passant par la britpop. Un métissage parfaitement réussi et envoûtant. Très recommandé.

« The Good, the Bad and the Queen », Parlophone, EMI.
Sommaire du dossier
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