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Karin Viard - « A 20 ans, j’angoissais pour mon avenir »

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Si, à 20 ans, Karin Viard rêvait déjà de théâtre, elle ne garde aucune nostalgie d’une époque dont elle estime ne pas avoir su profiter à fond.

Karin ViardÀ l’image de Judith, que vous incarnez dans « les Ambitieux », étiez-vous passionnée de littérature à 20 ans ?


Deux livres m’ont marquée à cette époque : Narcisse et Goldmund, d’Hermann Hesse, et surtout Lettres à un jeune poète, de Rilke. Je l’ai souligné, sursouligné, j’ai pleuré. J’avais l’impression que l’auteur s’adressait à moi quand il évoquait la nécessité de se rapprocher de soi. C’était comme une leçon de vie. Sinon, pour être franche, je ne lisais quasiment jamais de romans. En revanche, j’ai dévoré un nombre incalculable de pièces. J’estimais qu’une future actrice se devait d’emmagasiner une grande culture théâtrale.


Vous rêviez déjà d’être comédienne ?


Absolument. On n’a pas beaucoup fait cas de moi dans mon enfance. On m’aiguillait dans des directions sans vraiment me demander mon avis. Même si j’ai grandi dans le bonheur, élevée par une grand-mère pleine de fantaisie, j’ai eu le sentiment de ne pas avoir été considérée. Mon fort besoin de reconnaissance doit être étroitement lié à mon désir d’être comédienne, de voir mon nom en haut de l’affiche. Si bien qu’à 17 ans, le bac en poche, j’ai quitté Rouen pour creuser mon trou à Paris.

Quelles études avez-vous suivies ?

J’ai passé un an en fac de langues étrangères appliquées (LEA). Au vu de mon faible niveau en espagnol et en anglais aujourd’hui, ça m’a beaucoup servi ! [Rires.] J’ai aussi obtenu un diplôme de secrétariat sténodactylo, à la demande de mes parents.

Pas de cours de théâtre ?


Si, mais j’ai loupé tous les concours des grandes écoles. Je me faisais systématiquement recaler au dernier tour, car j’arrivais beaucoup trop stressée. Mais ce n’est pas grave, l’échec n’a fait qu’accentuer ma motivation. Me connaissant, si j’étais entrée au Conservatoire, j’aurais pensé faire partie d’une forme d’élite et je me serais reposée sur mes lauriers.

De quoi viviez-vous à cette époque ?


J’ai testé des médicaments, distribué des prospectus perchée sur des rollers, donné des cours de théâtre à des enfants trisomiques. J’ai même prospecté par téléphone pour le RPR… Je vous rassure : pas du tout par conviction politique, juste parce que j’avais besoin de bosser. Mes grands-parents m’avaient acheté un studio. C’était un sacré privilège, mais il fallait aussi que je mange.

Votre planning surchargé vous laissait-il un peu de temps pour les garçons ?


Bien sûr. J’ai pas mal papillonné. Quand je ne savais pas si un type me plaisait ou non, au bénéfice du doute, j’y allais. Je me suis pris quelques râteaux, mais je n’ai globalement pas à me plaindre. Surtout pour une fille pas très bien dans ses baskets…


C’est-à-dire ?


J’étais déjà dynamique, j’avais de la personnalité, un franc-parler, mais j’étais aussi un peu ronde, assez ingrate, mal dégrossie. Genre Bécassine ou la petite fille à pépé-mémé qui débarque de sa province. Paris me faisait flipper, je n’y avais aucun repère. J’angoissais terriblement pour mon avenir, je n’étais pas persuadée d’être à la hauteur de mes ambitions. J’ai récemment vu l’Auberge espagnole, qui m’a beaucoup émue. Non pas parce qu’il m’a rappelé mes 20 ans, mais parce que j’aurais adoré les vivre de manière aussi insouciante.

Vous ne regrettez pas cette période alors ?


Ah non, pas du tout. Même si ça reste une époque nécessaire car très constructive. C’est à 20 ans que j’ai eu les réflexions qui portent leurs fruits aujourd’hui, que j’ai posé les bases de la femme épanouie que je suis devenue.


Ses cinq dates

1966 : naissance de Karin Viard à Rouen.
1983 : elle arrive à Paris avec pour dessein de devenir actrice.
1989 : elle débute au cinéma dans Tatie Danielle, d’Étienne Chatiliez.
1999 : l’année faste de la Nouvelle Ève, de Catherine Corsini, et de Haut les cœurs, de Solveig Anspach, où elle incarne une mère cancéreuse. Le rôle lui vaut un César de la meilleure actrice.
2007 : elle retrouve Catherine Corsini pour la comédie les Ambitieux. Actuellement sur les écrans.

Sommaire du dossier
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