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Marie Gillain - La douceur de vivre

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Voilà quinze ans qu’elle court les plateaux de cinéma. Rencontre avec une comédienne solaire, à l’affiche ce mois-ci dans « Pars vite et reviens tard »*.

Marie GillanUn vendredi soir d’automne dans le bar d’un hôtel parisien cossu. Le ciel pleure à chaudes larmes tandis qu’un pianiste enchaîne les airs tristes. Marie Gillain tire une bouffée sur sa cigarette. Elle interroge : « Ça plombe un peu l’ambiance la musique, non ? » Silence. Une lueur de mélancolie traverse soudain son regard, mais qui disparaît aussitôt. « Comme beaucoup de comédiens, j’ai l’impression d’être une éponge, de pouvoir absorber diverses émotions. Y compris les plus sombres. »

Attention, pas de méprise. Si elle se sent vulnérable et pétrie de doutes (ce qui est le propre de l’acteur selon elle), si elle avoue parfois des coups de spleen et de multiples fêlures, Marie Gillain respire toutefois le bonheur. Outre un ravissant grain de beauté au-dessus de la lèvre et un sourire à tomber à la renverse, elle a des yeux qui pétillent de malice. Elle a fait sienne la devise d’une mère persuadée que la vie doit ressembler à une fête permanente, à un tourbillon de couleurs et de sensations. Marie est vive, Marie aime rire, Marie déborde d’énergie.


Une âme d’aventurière


Elle a un panache incroyable et l’a prouvé dans le Bossu, de Philippe de Broca, où elle campait une héroïne déterminée, bondissante et qui maniait l’épée avec une rageuse dextérité. Des cascades, elle en exécute encore dans Pars vite et reviens tard, un polar que Régis Wargnier a adapté d’un roman génial de Fred Vargas.

L’histoire se déroule majoritairement sur une grande place de Paris. Comme tous les autres habitués de cet endroit, son personnage figure parmi les suspects de l’inspecteur Adamsberg (José Garcia) dans son enquête sur une série de meurtres. L’intrigue la conduit même à se jeter dans la Seine du haut d’un pont après une course-poursuite. « C’est bien le genre de choses que je n’accepterais jamais de faire dans la vie, s’amuse-t-elle. Mais me retrouver au service d’un rôle décuple mon énergie. C’est un métier parfait si on a envie d’adrénaline. »


Une jolie palette de rôles


C’est aussi un métier dont elle a rêvé très jeune. Dès trois ans, elle se mue en princesse dans le grenier que sa mère a transformé en atelier d’expression pour les gamins du coin. Ses parents, des gens très bohèmes, l’inscrivent à un cours de théâtre à Liège quand elle a 13 ans. L’heure des premiers castings a sonné. Si Jean-Jacques Annaud, le réalisateur de l’Amant, lui préférera Jane March, Gérard Lauzier, lui, l’invite à donner la réplique à Gérard Depardieu dans Mon père ce héros, en 1991.

Depuis, entre le polar Ni pour ni contre, la comédie Absolument fabuleux ou le drame historique Laissez-passer, elle a goûté à peu près à tous les genres, à « toutes les couleurs de l’arc-en-ciel cinématographique ». L’une de ses expériences les plus marquantes reste la pièce Hysteria, avec John Malkovich, en 2000. Sur scène, elle hurle, pique des crises de larmes et d’hystérie. « J’ai dû explorer mes propres failles pour ce personnage. J’ai alors trouvé le robinet des émotions, mais je n’ai jamais réussi à le refermer. Si bien que, durant six mois, je pleurais tout le temps. »

Marie est devenue une valeur sûre, une trentenaire épanouie. Même si recevoir trente-six fois le même type de rôle après un succès peut parfois l’agacer. « Ces derniers temps, je me suis contentée d’un film par an, car les propositions ne répondaient pas à mes attentes. Mais les choses ont récemment évolué. J’ai enchaîné quatre longs métrages, dont Ma vie sans Meg Ryan, une comédie intelligente et décalée », assure-t-elle en écrasant sa cigarette.
Si le pianiste continue de jouer ses airs chagrins, le ciel, lui, a séché ses larmes. Marie Gillain en profite pour regagner son home sweet home. Souriante et définitivement radieuse.

* Pars vite et reviens tard, de Régis Wargnier, actuellement sur les écrans.

Ses coups de cœur

E.T. :
« C’est un film que j’adore, mais c’est surtout le premier que j’ai vu au cinéma, à 6 ans. »
Julia Roberts : « J’aime les actrices qui peuvent incarner les différentes facettes de la femme. Or elle, elle peut à la fois être la meilleure maîtresse, la meilleure mère ou la meilleure amie. Je suis fan. »
Le scooter : « Il n’existe pas de moyen de transport plus pratique dans Paris. »

Sommaire du dossier
Retour au dossier Sophie Marceau - Le goût des autres Alexandra Lamy - « Je voulais être gardienne de chèvres » Kamini - Le sex-symbol de Marly-Gomont Joss Stone - Authentique Manu Larcenet - « Pour combler ma solitude, je dessinais » Laurent Voulzy - En toute quiétude Judith Godrèche - Tout feu tout flamme Emmanuelle Seigner - Sur la bonne voix Catherine Frot - « Je voulais être inoubliable » Audrey Tautou - Tout entière Sanseverino - « Je me comportais comme un ado attardé » Damon Albarn and co… London calling Karin Viard - « A 20 ans, j’angoissais pour mon avenir » Marie Gillain - La douceur de vivre