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Sophie Marceau - Le goût des autres

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Avec « La Disparue de Deauville », son deuxième film en tant que réalisatrice, Sophie Marceau semble vouloir amorcer un nouveau virage dans sa carrière.

Sophie MarceauPeut-on qualifier votre film de thriller hitchcockien ?
Sans doute, oui, même si au début je n’avais pas d’idée précise. Je me suis laissée guider au fil de l’écriture. Un jour, je me suis retrouvée dans un palace à Deauville. Un lieu très visuel, très cinématographique. J’ai alors imaginé un homme dans cet hôtel, dont le père a disparu. J’ai relié cette histoire à un fait divers, l’accident de voiture de Jayne Mansfield, où une enfant avait roulé sous le siège conducteur. Voilà pour le point de départ. La littérature russe m’a aussi toujours passionnée, en particulier Dostoïevski. Le film évoque d’ailleurs le mythe de L’Idiot.

C’est-à-dire ?
Un étranger qui vient semer la pagaille
dans votre existence, qui fait resurgir les événements du passé, c’est un peu ça que raconte La Disparue… Dans une vie, il arrive forcément un moment où vous
devez faire une introspection, où vous devez régler vos comptes avec vous-même. C’est essentiel si l’on ne veut pas se retrouver
mal en point à 60 ans.

Avez-vous réalisé Parlez-moi d’amour, votre premier long métrage, afin de régler vos comptes avec vous-même ?
J’avais sans doute besoin d’éclaircir certaines choses, oui. Mais s’il contenait des éléments autobiographiques, Parlez-moi d’amour mélangeait le vrai et le faux. Si bien que ce couple qui se déchirait ressemblait finalement à de nombreux autres couples en pleine rupture. Cela peut sembler curieux, mais je pense que La Disparue… est un film encore plus personnel…

Cela semble curieux, en effet…
Comment dire… J’attends avant tout d’un film ou d’un tableau qu’il me touche, qu’il me procure une émotion. Non pas forcément en copiant la vie, mais en la transcendant, grâce à sa mise en scène, à ses couleurs, à ses formes. Ce qui importe, en somme, ce n’est pas ce que le spectateur voit, mais ce qu’il perçoit. Seule cette perception lui permet d’approcher au plus près la vérité d’un artiste, son ressenti.

Comment vous sentez-vous sur un plateau avec toute une équipe à diriger ?
Parfaitement sereine. J’arrive le matin avant tout le monde. Comme j’ai travaillé en amont, je sais exactement ce que je veux. Cela m’évite de m’angoisser et de perdre du temps, ce dont j’ai horreur. De plus, j’adore me concentrer au milieu de la foule, dans le brouhaha et l’agitation.

Depuis quand rêvez-vous de mise en scène ?
J’ai réalisé mon premier court métrage, L’Aube à l’envers, en 1995, mais ce désir remonte sans doute à bien avant. Je crois qu’au fond de moi et depuis toute petite, je suis autant actrice qu’observatrice. J’aime être vue et pouvoir observer les autres en même temps. J’ai toujours regardé les cinéastes au travail. Les bons comme les mauvais. La vie reste aussi une source inépuisable d’inspiration.

Le métier d’actrice ne vous suffisait plus ?
Il m’a apporté d’immenses satisfactions, mais il n’a jamais comblé mon besoin impérieux de créer. C’est pourquoi j’ai publié un roman, Menteuse, en 1996, et que j’ai sorti un livre pour enfants en Pologne. J’ai toujours écrit. J’ai une mémoire épouvantable et il n’y a qu’en écrivant qu’elle me revient. Certains font du jogging, moi je noircis des pages. C’est comme un voyage intérieur indispensable à ma santé mentale.

Rassurez-nous, vous allez continuer à jouer ?
Bien sûr. Je joue d’ailleurs dans mon film et je viens d’achever le tournage des Femmes de l’ombre, réalisé par Jean-Paul Salomé. J’y incarne une résistante qui, durant la Seconde Guerre mondiale, va constituer un commando féminin afin d’éliminer un colonel nazi. Une histoire superbe, qui m’a secouée. De toute manière, à cause de mon manque de temps, je n’accepte désormais plus que les scénarios, à mon avis, véritablement essentiels.

Pourquoi avez-vous dédié votre film à vos parents ?
Je pensais qu’il était temps de les remercier. Ils ont été généreux et d’une grande honnêteté. C’est grâce à eux que je suis devenue ce que je suis, c’est-à-dire quelqu’un de pas si mal. Du moins je l’espère.

Bio express
1966 : naissance de Sophie Maupu, à Paris.
1982 : le cœur des spectateurs fait immédiatement Boum pour cette adolescente de 15 ans, qui crève l’écran dans une comédie signée Claude Pinoteau.
1984 : L’Amour braque est le premier des quatre films qu’elle tournera
sous la direction d’Andrzej Zulawski, le père de ses enfants. Entre eux,
ce sera l’amour branque.
1994 : Braveheart, de Mel Gibson, marque les débuts de sa carrière internationale. Elle incarnera ensuite Anna Karenine et une James Bond girl dans Le Monde ne suffit pas.
2002 : l’actrice met en
scène son premier long métrage, Parlez-moi d’amour.


Actu
Actuellement dans les salles :
La Disparue de Deauville, de et avec Sophie Marceau, avec aussi Christophe Lambert, Simon Abkarian, Robert Hossein…
L’histoire: flic solitaire et torturé, Jacques enquête sur la disparition du propriétaire d’un hôtel de luxe, à Deauville. Il croise alors Victoria, une femme mystérieuse, qui ressemble de manière troublante à une ancienne actrice, décédée voilà trente ans dans d’étranges circonstances…
Sommaire du dossier
Retour au dossier Sophie Marceau - Le goût des autres Alexandra Lamy - « Je voulais être gardienne de chèvres » Kamini - Le sex-symbol de Marly-Gomont Joss Stone - Authentique Manu Larcenet - « Pour combler ma solitude, je dessinais » Laurent Voulzy - En toute quiétude Judith Godrèche - Tout feu tout flamme Emmanuelle Seigner - Sur la bonne voix Catherine Frot - « Je voulais être inoubliable » Audrey Tautou - Tout entière Sanseverino - « Je me comportais comme un ado attardé » Damon Albarn and co… London calling Karin Viard - « A 20 ans, j’angoissais pour mon avenir » Marie Gillain - La douceur de vivre