1. Raphaël, 34 ans : "comment je suis devenu le meilleur coiffeur du monde"
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Raphaël, 34 ans : "comment je suis devenu le meilleur coiffeur du monde"

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Raphaël crée ses futures collections de coiffure deux fois par an, comme dans le prêt-à-porter. Ici, en pleine séance de shooting à Toulouse. // © Christian Bellavia pour l'Etudiant
Raphaël crée ses futures collections de coiffure deux fois par an, comme dans le prêt-à-porter. Ici, en pleine séance de shooting à Toulouse. // © Christian Bellavia pour l'Etudiant

D’un CAP coiffure au titre de champion du monde, le parcours de Raphaël Perrier témoigne de sa persévérance. À 34 ans, le jeune homme, devenu un vrai businessman, est une célébrité dans son milieu et coiffe lui-même des stars.

Des perruques ornées de bijoux scintillants et un manteau de cheveux pour la comédie musicale "le Roi Soleil", des coiffes en pâte à sel pour l'opéra-rock "Mozart"... Avec Raphaël, la coiffure va bien au-delà du brushing et du chignon. "Ce qui me plaît le plus dans mon activité, c'est la dimension créative et le fait de relever des challenges", déclare celui qui a été sacré quatre fois champion du monde de coiffure.

"Si je voulais choisir mon avenir, il me fallait être le meilleur"

L'aboutissement d'un investissement sans faille pour ce fils et petit-fils de coiffeur. "Je suis tombé dedans quand j'avais trois ans", raconte-t-il. Dans le salon familial du Mans (72), Raphaël apprend les rudiments du métier, sur le plan technique mais également "dans la manière d'accueillir les clients : il s'agit d'un métier à la fois artisanal et commercial. Cependant, mes parents étaient un peu réticents à me voir suivre leurs traces, eux dont les semaines de travail ne faisaient jamais moins de soixante-dix heures."

Surmontant ces réserves, il se lance avec obstination, après la troisième, dans un CAP en apprentissage : "J'avais envie de coiffer pour le cinéma ou les fashion weeks et de voyager. Je me suis dit que si je voulais choisir mon avenir, il me fallait être le meilleur." Son diplôme en poche, Raphaël poursuit sa formation avec une mention complémentaire de styliste visagiste et un brevet professionnel qui lui permettra d'ouvrir son propre salon.

"La compétition incite à se remettre en question en permanence"

Parallèlement, dès l'âge de 15 ans, le jeune homme enchaîne les concours. Reconnu meilleur apprenti de France à 17 ans, il décroche une dizaine de titres nationaux. Il passe ensuite au niveau européen avant de remporter son premier championnat du monde, à 20 ans. "Les concours sont une excellente école pour acquérir à la fois de la technicité et de la rapidité, affirme-t-il aujourd'hui. En effet, il faut apprendre à réaliser des coiffures très précises, parfois très volumineuses mais sans un cheveu qui dépasse ! Et ce, dans un laps de temps vraiment court, une dizaine de minutes à peine. Pour se préparer, les entraîneurs nous délivrent leurs connaissances et leur savoir-faire, un peu comme du compagnonnage. Quant à la compétition, elle incite à se remettre en question en permanence."

Essentiellement honorifiques, les prix obtenus ouvrent des portes pour travailler dans de grandes maisons. Cependant, "au début, cela ne suffit pas. La jeunesse est souvent un obstacle", regrette Raphaël, convaincu que "pour réussir, il faut être opportuniste, c'est-à-dire provoquer des rencontres, et gagner la confiance de gens reconnus dans le milieu".

"Je ne suis que coiffeur, mais j'ai fait le Zénith"

Pour lui, l'événement déclencheur a été la proposition d'Eugène Perma (une gamme de produits capillaires pour laquelle il travaillait déjà) de participer à un spectacle dont la marque était partenaire : "le Roi Soleil". La comédie musicale est un succès, et la carrière de Raphaël décolle. Suivent "Mozart" en 2014 et "la Légende du Roi Arthur" en 2016.

En relation avec le directeur artistique, le metteur en scène et le costumier, le coiffeur imagine, croquis à l'appui, des coiffures originales qui correspondent le mieux au style recherché. S'ils lui donnent de la visibilité, les spectacles représentent cependant "à peine 3 %" de son activité, estime Raphaël, qui intervient ponctuellement pour des cérémonies comme les "NRJ Music Awards" ou l'émission "The Voice". "On ne sait parfois que la veille, voire quelques heures auparavant, s'il faut faire un chignon à crans extravagant ou une coiffure d'époque avec des boucles marteaux", s'amuse-t-il.

Mais le plus souvent, c'est dans les shows des salons professionnels que Raphaël exhibe son coup de ciseaux, en direct sur scène. Aidé de son chorégraphe, qui le suit partout, il élabore le ballet des mannequins qui défilent et dansent à ses côtés, sous les projecteurs. "Je ne suis que coiffeur, mais j'ai fait le Zénith en 2014, et la salle était bondée !", sourit le jeune professionnel qui se rend chaque mois au Brésil ou aux États-Unis.

"J'adore voyager, et ces salons sont un passage obligé si l'on veut faire carrière à l'international." C'est en effet là que se nouent des contacts et que se signent des contrats, aussi bien artistiques que commerciaux.

"Je gère 4 millions d'euros sans avoir fait d'études de comptabilité"

Après avoir racheté le salon de son grand-père au Mans et ouvert le sien à Paris, Raphaël en possède à Houston, Shanghai, Hong-Kong et Qingdao (Chine). Deux autres doivent voir le jour à Dubai et Singapour, tandis que des discussions sont en cours pour créer une cinquantaine de franchises chinoises dans les trois années à venir.

"Mon activité a vraiment explosé il y a six ou sept ans. Je ne pensais pas que cela marcherait autant", reconnaît cet autodidacte qui estime gérer 4 millions d'euros au quotidien, sans avoir jamais fait d'études de gestion ou de comptabilité. "J'ai appris sur le tas. Ma philosophie pour avancer, c'est de travailler et surtout d'y croire. Aujourd'hui, je me dis toujours coiffeur mais, en réalité, je fais plus de business que de coiffure", souligne Raphaël. Quand il n'est pas avec des artistes ou des mannequins, il lui arrive encore de s'occuper de "gens lambda"... ou presque, car récemment il s'agissait de la reine de Jordanie.

S'il ne coiffe plus beaucoup, Raphaël crée des collections de coiffure deux fois par an : une l'hiver, une l'été, comme dans le prêt-à-porter. "J'aime être à l'affût des innovations. Je cherche la tendance qui va arriver, six mois à l'avance, et je fais des paris, explique-t-il. En lien avec des bureaux spécialisés, je travaille sur de nouvelles couleurs et coupes. Après la mode des lisseurs, c'est plutôt le style "wavy" qui est dans l'air du temps, avec de jolis tons blonds", détaille-t-il, soulignant qu'il s'attache à utiliser des produits capillaires, respectueux du développement durable de la planète. À ses côtés, une cinquantaine de free-lance forment ensuite des coiffeurs un peu partout dans le monde.

"Je voudrais redonner ses lettres de noblesse à la coiffure"

Raphaël a développé une méthode pour réaliser des coupes "en 30 coups de ciseaux". Autant dire qu'il va à l'essentiel ! "C'est aussi un moyen de ménager son corps, car on oublie souvent qu'il s'agit d'une profession très physique : 58 % des coiffeurs de plus de 55 ans connaissent des troubles musculo-squelettiques", précise-t-il. Pour faire connaître sa technique – qui compte 15.000 utilisateurs –, Raphaël a publié cinq livres en trois ans, un peu partout dans le monde.

Parallèlement, il s'investit auprès des jeunes coiffeurs, notamment en tant que président de l'équipe de France de coiffure : "Je détecte les talents au niveau régional, puis je participe à leur formation", précise-t-il, soucieux de leur donner leur chance comme il a eu la sienne. L'ancien lauréat a d'ailleurs installé une championne du monde dans son salon du Mans.

Désormais, il songe à monter une académie. "J'aimerais aussi créer un label d'excellence pour les écoles de coiffure, afin de redonner ses lettres de noblesse à la profession", confie-t-il. Si son propre parcours participe de cette reconnaissance, "d'autres ont plusieurs dizaines de salons tout en étant de parfaits inconnus ; il faut le faire savoir". Raphaël, farouche défenseur de ce qu'il considère "pas seulement comme un métier, mais comme une passion".

Comment devenir coiffeur ?

Le CAP coiffure est le diplôme de base : il se prépare en deux ans.
Vous pouvez ensuite compléter votre formation par une mention complémentaire coiffure-coupe-couleur.
Pour l'instant, pour ouvrir votre salon, il faut obtenir le brevet professionnel coiffure, le brevet de maîtrise coiffeur ou le bac professionnel perruquier-posticheur. Les deux premiers vous permettront de former des apprentis.
Le BTS métiers de la coiffure donne, quant à lui, des compétences plus larges, tant sur le plan scientifique qu'en management et gestion.

Le parcours de Raphaël en 6 dates

1997
CAP de coiffure.
1998

Membre de l'équipe de France de coiffure.
2002

Premier titre de champion du monde de coiffure.
2011

Président de l'équipe de France de coiffure.
2013

Ouverture de son premier salon, à Paris.