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Témoignage

Cherita, fleuriste-plumassière aux ateliers Legeron : “Je suis fière de voir mes fleurs dans les grands défilés”

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Soie, satin, cuir, organza... Sur les tables des ateliers Legeron, les matières nobles s'amoncellent, au milieu d'outils datant d'un autre temps. La maison familiale est aujourd'hui l'une des dernières maisons françaises à fabriquer des fleurs artificielles, pour les grandes maisons de haute couture. Fondée en 1880, elle est tenue par Serge Legeron, arrière petit-fils du fondateur. Parmi ses huit salariées – uniquement des femmes car "le travail demande des gestes doux et minutieux" –, Cherita est la plus jeune. À 27 ans, elle travaille à l'atelier depuis huit ans. Elle est fleuriste-plumassière.

METIERS - ARTISANAT DU LUXE - Cherita - Atelier Legeron 07Lorsqu'elle voit son travail et celui de ses collègues sur des mannequins lors des défilés,
Cherita reconnaît ressentir une immense satisfaction !
© Céline Authemayou.

Comment elle travaille les matières

Au pied de son plan de travail, délicatement entreposées dans un grand carton sommeillent 500 camélias de tissus. Cherita a fabriqué ces fleurs artificielles pour Chanel. Qu'il s'agisse de grosses commandes ou de pièces uniques nécessitant seulement quelques heures de travail, le principe reste toujours le même. Les clients de Legeron passent commande, choisissent leur tissu, leurs matières. À charge aux fleuristes-plumassières de mettre en forme leurs demandes.

Avant d'arriver entre les mains de Cherita, le tissu est travaillé par Serge Legeron. Il peut être teint. Il est aussi et surtout apprêté : enduit de gélatine ou d'amidon, il est ensuite étendu sur une grande plaque. En séchant, il devient plus ferme et plus facile à travailler. Ensuite, les pièces qui serviront à fabriquer la fleur sont découpées, à l'aide d'emporte-pièces datant des origines de l'atelier. Ce sont ces morceaux de tissu que Cherita doit mettre en forme.

Chaque pétale passe entre ses mains, pour être travaillé et prendre la forme finale. Puis vient ensuite le moment de l'assemblage, à l'aide de colle et d'un fin fil de laiton. "Ma fleur préférée ? Le camélia ! avoue Cherita. Certaines commandes sont parfois un peu... originales. Mais quoi qu'il en soit, on arrive toujours à répondre à la demande."

Ce qui lui plaît

Lanvin, Dior, Yves Saint Laurent, Louboutin mais aussi l'Opéra de Paris ou encore la Comédie française... Toutes les grandes maisons se pressent chez Legeron pour faire réaliser leurs accessoires. Cherita est rarement en contact avec les clients. Parfois, elle se rend dans les maisons pour ajuster les pièces faites en atelier. "Pour moi, ces enseignes sont des clients comme les autres. Il faut être rigoureux, exigeant avec soi-même. Mais lorsque je vois notre travail sur des mannequins lors des défilés, j'avoue ressentir une immense satisfaction !"

Son parcours

Cherita a toujours été attirée par les métiers de la mode, "des métiers qui impressionnent". Après la troisième, elle se renseigne sur les formations qui mènent à ce secteur d'activité. Elle se rend dans un premier lycée, où l'on enseigne la couture.

"Je n'ai pas du tout aimé, je ne saurais pas vraiment l'expliquer, mais ce n'était pas mon truc, se souvient la jeune femme. En revanche, on m'a parlé d'un CAP (certificat d'aptitude professionnelle) fleurs artificielles, dispensé au lycée Octave-Feuillet, à Paris." Dès les premiers cours, Cherita apprécie le travail manuel. Elle réalise un stage chez Serge Legeron. Un an plus tard, ce dernier l'emploie... Bien qu'elle n'ait pas décroché son CAP !

METIERS - ARTISANAT DU LUXE - Cherita - Fleuriste - Atelier Legeron 06Chaque pétale passe entre les mains de la fleuriste-plumassière, pour être travaillé et prendre la forme finale. 
© Céline Authemayou.

Ses conseils

"Ce travail est purement manuel, mieux vaut en avoir conscience avant de débuter. Pour ma part, je trouve cela très gratifiant... même s'il faut avoir des bras solides ! Pour évoluer, il faut être prêt à apprendre, quotidiennement. Les gestes, les idées, les méthodes de travail : les collègues plus expérimentées sont là pour nous guider."

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Sommaire du dossier
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