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Portrait

Émilie, maroquinière chez Serge Amoruso : “Le plaisir de travailler des matières rares”

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METIERS - ARTISANAT DU LUXE - Emilie - atelier Amuroso - Maroquinier 05
Émilie en pleine prépation d'une doublure pour un sac commandé par une cliente française.

© Céline Authemayou.


Au creux du petit atelier avec fenêtre sur cour, situé près de la gare de Lyon, à Paris, Émilie manipule avec minutie une pièce de cuir d'un orange éclatant. À 21 ans, la jeune femme travaille depuis l'automne 2011 chez le maroquinier Serge Amoruso. Passé par les ateliers d'Hermès, l'artisan conçoit et fabrique des pièces uniques, destinées à des particuliers venus du monde entier qui ont tous un point commun, outre un porte-monnaie bien rempli : l'amour des belles choses.

Comment elle travaille les matières

Qu'il s'agisse d'un sac, d'un portefeuille ou d'une ceinture, toutes les pièces sur lesquelles travaille Émilie ont été imaginées par son patron. Une fois le modèle et les patrons établis, Serge Amoruso prépare les morceaux de cuir, qu'il transmet à la jeune femme. Cette dernière s'occupe alors d'assembler les pièces.

"Pliage, couture, collage... Les gestes doivent être à la fois fermes et doux, pour ne pas abîmer la matière, explique Émilie. Contrairement au tissu, où une piqûre d'aiguille ne se verra pas, le moindre impact laissera une trace sur le cuir." Selon la matière, les gestes diffèrent. Aujourd'hui, la jeune femme prépare une doublure pour un sac commandée par une cliente française. L'assemblage final sera confié à sa collègue plus expérimentée, car "il me faut encore apprendre à dompter la machine à coudre" !

Ce qui lui plaît

Cuir de chèvre, de vache, de bison, de lézard ou encore de galuchat (poisson)... Chaque jour, Émilie manipule des matières rares et de grande valeur (son patron aime également travailler la météorite ou l'ivoire de mammouth). "Cette rareté est l'un des atouts du métier", avoue la jeune femme. Même si cela implique une grande minutie et donc une part importante de stress. "Mais la meilleure des récompenses est de savoir que nos clients sont satisfaits."

Son parcours

En troisième, alors qu'elle ne va plus en cours depuis plusieurs mois, Émilie réalise un court stage aux ateliers Grégoire-Ferrandi, où elle découvre la maroquinerie. "Je voulais me former à un métier manuel, car j'en avais assez des cours. Travailler la matière, la toucher... C'est ce que je recherchais", se souvient la jeune femme. Elle s'oriente donc vers un BEP (brevet d'études professionnelles) métiers de la mode, industries connexes et réalise son apprentissage chez Serge Amoruso.

À la sortie de sa formation, elle cherche du travail pendant un an. Après avoir déposé plusieurs CV dans différentes maisons, elle est embauchée par Chanel, où elle reste dix mois. Au sein de l'atelier, elle participe à la fabrication des sacs de la marque, à destination du monde entier. "Mais le travail, robotisé, était frustrant. Il n'y avait rien de manuel dans mes tâches, je ne touchais pas la matière..." Émilie quitte alors Chanel et rejoint quelques semaines plus tard l'atelier de Serge Amoruso, où elle est aujourd'hui en CDI (contrat à durée indéterminée).

METIERS - ARTISANAT DU LUXE - Emilie - atelier Amuroso - Maroquinier 04Mieux vaut être précis : contrairement au tissu, où une piqûre d'aiguille ne se voit pas,
le moindre impact laisse une trace sur le cuir… © Céline Authemayou.

Ses conseils

"J'ai eu la chance de savoir très tôt, dès le collège que les métiers manuels m'intéressaient. Les professeurs m'ont toujours encouragée dans ma démarche. Je pense qu'il est important de se fixer un objectif et d'essayer de l'atteindre. Tout en sachant qu'il n'y a pas de chemin tout tracé et qu'une réorientation n'est pas un échec."

Son salaire mensuel : 1.400 € brut

"Les salaires sont plus élevés dans les grandes maisons, notamment grâce aux heures supplémentaires. Mais si le salaire a évidemment son importance, la passion du métier permet de compenser ces petits revenus."

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Sommaire du dossier
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