1. Benoît Blumberger, directeur artistique dans la publicité

Benoît Blumberger, directeur artistique dans la publicité

Envoyer cet article à un ami

À 29 ans, Benoît Blumberger est un tout jeune DA (directeur artistique). Employé par l’une des plus grandes agences mondiales de pub, Publicis Conseil, il compte à son actif de belles créations. Les publicités Tefal ? C’est lui ! Les campagnes pour la bière Heineken ? C’est encore lui. Une affiche créée pour cette marque a d’ailleurs remporté en 2007 la médaille d’argent du Festival de la pub de New York. Dans son bureau surplombant le quartier des Champs-Élysées, ce créatif conçoit des campagnes qui s’afficheront sous nos yeux dans quelques mois.

Comment l’envie de travailler dans la publicité vous est-elle venue ?
"Complètement par hasard ! Un ami faisait des études dans ce secteur et il m’en a parlé. Comme j’aimais bien la communication, le relationnel, mais aussi l’art, je me suis lancé sans trop savoir ce qui m’attendait. Et, dès le début, ça a été un énorme coup de cœur !"

Quel est le rôle d’un directeur artistique dans la publicité ? Celui d’un chef d’orchestre ?
"On peut dire cela : nous trouvons une idée visuelle pour une publicité et nous devons la faire réaliser. C’est pourquoi le terme de directeur a tout son sens, car il faut diriger plusieurs professions : photographes, réalisateurs, décorateurs, imprimeurs, etc. Le DA est jugé sur le travail final : la pub. C’est un poste à lourde responsabilité, car si, par exemple, le photographe rate son cliché, c’est que nous l’avons mal dirigé."

Mais un DA n’est rien sans son concepteur-rédacteur. Comment ce dernier intervient-il ?
"Pour résumer, le "rédac’" travaille sur le texte d’une publicité et le DA sur le visuel. Ce duo est appelé "team créatif". Nous parlons souvent de couple. Il faut dire que nous passons plus de temps ensemble qu’avec nos familles ! C’est assez compliqué de créer un bon team : nous sommes toujours ensemble, il est donc primordial d’avoir les mêmes affinités créatives et les mêmes ambitions. Il faut aussi mettre son individualité au placard, car nous nous vendons toujours en équipe : c’est le cas quand on part travailler dans une autre agence."

En amont de votre travail, il y a un annonceur (une marque). Comment répondez-vous à sa demande ?
"Prenons l’exemple de Tefal. La marque veut faire une campagne sur un fer à repasser. Elle a un objectif de marketing. À partir de ces indications, nos commerciaux établissent une stratégie de communication. Nous recevons un document comprenant l’historique de la marque, les raisons pour lesquelles elle souhaite communiquer, etc. Notre travail commence là. Pendant une semaine, nous cherchons avec mon rédac’ des idées de campagne. C’est un vrai jeu de ping-pong, un échange constructif, où notre vécu nourrit la réflexion."

Une fois ces idées trouvées, à qui les soumettez-vous ?
"Nous les "vendons" au directeur de création (le chef des créatifs) sous forme de scripts ou de crobars, des petits dessins. Pour dix idées présentées, deux sont retenues… dans le meilleur des cas ! Une réunion avec les commerciaux est alors organisée pour s’assurer que nous avons répondu à leurs objectifs. Ils peuvent ensuite aller proposer nos idées à l’annonceur."

Votre travail est jugé, corrigé, critiqué à de nombreuses reprises. Comment le vit-on ?
"Nous avons coutume de dire que nous travaillons à 90 % pour la poubelle ! C’est frustrant, surtout lorsque l’on acquiert de l’expérience. En tant que créatifs, nous sommes un peu des artistes, mais dans un secteur comme la publicité, il faut accepter de voir ses idées remaniées. Alors que dans l’art, il n’en serait pas question ! En ce qui concerne l’annonceur, une première idée lui plaît rarement. Au mieux, il en choisit une que nous devons retravailler."

Quand l’annonceur et l’agence ont trouvé un terrain d’entente sur une campagne, que se passe-t-il ?
"Nous produisons l’image ou le spot télé. Pour cela, je cherche un réalisateur ou un photographe. Selon mes recommandations, le service "achat d’art" me propose des noms. Ce service gère l’ensemble des prestataires dont nous avons besoin : décorateurs, agences de production, stylistes, etc. Ce qui permet à nous autres, créatifs, de ne jamais parler d’argent avec nos collaborateurs extérieurs ! C’est le luxe des grosses agences parisiennes. Lorsque le photographe a été choisi avec l’annonceur, nous pouvons commencer à construire l’image. Puis vient l’étape des retouches, devenue inévitable. Enfin, il faut mettre en page la photographie, préparer les documents pour l’imprimeur et donner le BAT, le bon à tirer. Le directeur artistique supervise vraiment une campagne de A à Z ! C’est pourquoi, dans une année, un team ne conçoit en moyenne que quatre grosses campagnes. Ce qui est déjà bien !"

Dans l’imaginaire populaire, trouver une bonne idée de publicité n’est pas bien sorcier ! Est-ce exact ?
"Quand mes proches ont appris que je travaillais dans la pub, beaucoup ont eu cette réaction ! Mais ce n’est pas si simple ! Notre métier fait appel à des mécanismes et à des règles qui s’apprennent sur le tas. Par exemple, il y a différentes catégories d’annonces : de démonstration, émotionnelles, etc. Quand c’est une démonstration de produit, il faut parler de la marque en positif, sans humour. Et puis, nous devons tenir compte des contraintes fournies par l’annonceur. Ce sont des indications précieuses qui nous aident dans notre travail. En ce moment, les marques d’automobile veulent que la voiture apparaisse ­systématiquement dans la pub. Nous travaillons donc autour de cette idée. Mais il y a une seule contrainte que nous n’aimons pas : celle de l’argent !"


Parcours

1978 : naissance à Metz (57).
1998 : décoche un bac ES à Metz.
2001 : est diplômé d’un BTS communication audiovisuelle (École de Condé, à Lyon).
2001 : fait un stage chez TBWA (Paris), où il est embauché.
2003 : occupe le poste d’assistant DA chez Publicis Conseil (Paris).
2006 : devient directeur artistique chez Publicis Conseil.



Propos recueillis par Céline Authemayou

Sommaire du dossier
Formation : un BTS ou une école d'art