Photographe de guerre : un métier passion à haut risque

Par Mersiha Nezic, publié le 06 Decembre 2019
6 min

Si vous êtes tenté(e) par le métier de photographe de guerre, il faut être un(e) passionné(e) de l’actualité, aimer raconter des histoires en images, mais surtout savoir gérer le risque. Les jeunes talents de la photographie se forment de plus en plus au reportage en zone dangereuse.

"J’aime le danger, j’aime le risque, j’aime l’inconnu, j’aime la vitesse… Et puis, j’aime être avec des gens qui avancent et qui croient à ce qu’ils font, confie le photographe de guerre Patrick Chauvel dans une interview au Monde. Au Vietnam, à 18 ans, j’avais d’abord envie d’être là, avec les marines, dans les hélicoptères, à 200 à l’heure, au ras du sol, avec la musique à fond, voir si j’étais courageux, résistant, invincible. Le prétexte, c’était l’appareil photo. Puis j’ai compris que c’était un métier, que j’avais une responsabilité".

Photographier les conflits : une vocation au service de l'information

Photographe de guerre, un métier singulier qui consiste à parcourir les zones du monde à haut risque, l’appareil photo en bandoulière. Avec la responsabilité d’informer à travers un cliché rare pris sur le vif au plus près du danger. Si vous rêvez de devenir photo-reporter de guerre, il ne suffit pas d’être un créatif doté du sens de l’esthétique, maîtrisant parfaitement les techniques de prise de vue ou de cadrage. Ce professionnel plongé dans l’actualité chaude du globe est avant tout animé par une sorte de "feu sacré", celui de témoigner de l’état du monde.

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"Il faut être curieux, passionné par l’histoire et la politique, s’intéresser au quotidien des gens qui continuent à vivre malgré la guerre", explique Corentin Fohlen. Ce photo-reporter de 38 ans a couru la planète pendant des années, d’Ukraine en Afghanistan, pour finir par se consacrer à des sujets documentaires. En 2011, il se trouve en Libye, au cœur d’un affrontement entre les rebelles en provenance de Benghazi et les troupes du dictateur Mouammar Kadhafi. Entre bombardements et tirs nourris, "j’ai senti les balles me frôler, raconte-t-il. En plein désert, impossible de se mettre à l’abri. Je risquais de mourir sans pouvoir prendre de photos ni raconter ce qui était en train de se passer". Le photographe prend alors la décision de repartir en France. Un réflexe professionnel salutaire.

Bangkok, Thaïlande. 16 mai 2010. (1) Voir encadré ci-dessous
Bangkok, Thaïlande. 16 mai 2010. (1) Voir encadré ci-dessous // © Corentin Fohlen/Divergence.

Se former pour savoir gérer le risque en zone dangereuse

"La première des vertus est d’avoir une bonne conscience des enjeux de sécurité dans ces zones-là, insiste Jean-Christophe Gérard, directeur de la Sûreté à France Médias Monde. À partir de là, il faut mettre en place des stratégies pour y travailler".
Apprendre à évaluer les risques, savoir se protéger, porter les premiers secours, s’orienter, adopter des réflexes de cyber-sécuritéLe Manoir – centre de formation créé en 2014 par France Médias Monde – propose une formation sur le reportage en zone dangereuse.

Depuis maintenant deux ans, celui-ci organise en collaboration avec Nikon une masterclass pour former les jeunes talents du photojournalisme à l’exercice de leur métier. Elle a lieu lors de la remise du Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre qui se déroule chaque année en octobre. "C’est une formation complète d’une semaine qui va rapidement leur servir dans leur métier et assurer un travail plus efficace et moins dangereux pour eux", souligne Nicolas Gillet, directeur marketing et communication chez Nikon.

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Des indépendants qui doivent savoir décrocher des commandes

Ces professionnels prennent aussi des risques économiques. La plupart des photojournalistes, qui travaillent en tant qu'indépendant, doivent également savoir vendre leurs photos aux rédactions qui ont de plus en plus tendance à faire appel aux agences. La crise de la presse magazine et la chute du papier au profit du web n’arrangent rien.

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"Même si le contexte est compliqué, nombre de jeunes photographes de talent se rendent au Moyen-Orient, en Irak, en Syrie, ou travaillent sur les migrations", constate Jacques Langevin. L’ancien photographe de l’agence Sygma, qui a baroudé au Liban dans les années 70–80 et en ex-Yougoslavie dans les années 90, conseille à ceux qui aspirent à percer dans le métier de diversifier leurs compétences. "Aujourd’hui, il vaut mieux se mettre aussi à l’écriture, faire de la vidéo en complément… Il faut également se démarquer par des propositions de sujets et d’angles originaux".

La concurrence est rude dans un secteur rongé par une précarité galopante. Entre deux missions à l’étranger, ces passionnés parviennent à trouver un modèle économique viable en faisant de la photographie d’entreprise ou du portrait. Mais tout reste possible à condition "d’y croire et d’être doté d’une envie très forte, estime Jacques Langevin. Il y aura toujours besoin de témoins".

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