1. Découvrez les écoles d’ingénieurs qui innovent en matière de pédagogie
Découvrez les écoles d’ingénieurs qui innovent en matière de pédagogie
Guillaume Lecompte Boinet
Publié le 18.02.2020

Vous voulez intégrer une école d’ingénieurs proposant des pédagogies innovantes ? Voici une sélection d’initiatives prises par des établissements qui ont décidé de ne plus baser leur enseignement uniquement sur des cours magistraux ou de simples travaux pratiques, mais d’explorer de nouveaux champs : pédagogie par projets ou résolution de problèmes, évaluation par compétences, soft skills, etc.

Finis les grands amphis où l’on s’entasse pour assister - parfois un peu passivement - à un cours magistral ? Sans doute pas complétement. Cette forme d’apprentissage existera toujours. Mais de plus en plus d’écoles d’ingénieurs ont dépoussiéré leurs méthodes pédagogiques. Par exemple en intégrant de plus en plus de travail en groupes dans leur cursus, de pédagogies actives, classes inversées, ou en incluant l’apprentissage du "savoir-être" (soft skills), ou encore, l’évaluation par l’acquisition de compétences-clés. De même, la résolution de problèmes complexes, qui est sans doute à la base de votre futur métier d’ingénieur, va être traitée comme un jeu.

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Ces nouvelles formes d’apprentissage, qu’on retrouve communément dans les écoles de commerce, vont vous permettre d’améliorer vos capacités, et pas seulement dans le domaine scientifique. Parler en public, travailler en groupe, savoir décider et rendre compte, sont autant de compétences qui ne s’apprennent pas dans un cours magistral, mais s'acquièrent par l’expérience directe.

Voici un petit florilège de ce qui se passe dans les écoles d’ingénieurs. Attention cependant, les exemples présentés ne prétendent pas du tout à l’exhaustivité. Si vous voulez dénicher une école qui innove en matière de pédagogie, n’hésitez pas à poser quelques questions basiques comme :

- Quelle est la part de cours et travaux en petits groupes dans le volume total d’heures dispensées ?

- Existe-t-il une évaluation par compétences et comment est-on noté ?

- Quelle part de professeurs est affectée à l’accompagnement pédagogique des étudiants ?

- Existe-t-il une cellule de formation des enseignants-chercheurs aux pédagogies innovantes ?

- Enseigne-t-on les soft skills et comment ?

L’approche par compétences

Et si on évaluait par compétences ? Il s’agit là, au travers d’exercices pratiques (résolution de problèmes par exemple) de valider une série de compétences. Exemple : résoudre une question complexe en alliant théorie et pratique, ou encore, concevoir, implémenter, opérer. Cette méthode d’évaluation est prônée par la Commission du titre d’ingénieurs (CTI), mais son développement concret dans les cursus est assez récent.

L’une des écoles les plus en pointe dans ce domaine est probablement l’IMT Atlantique, qui a remplacé sa notation classique par une grille d’évaluation autour de 14 compétences-clés. "Nous avons conçu cette grille avec les étudiants, les enseignants et naturellement les entreprises", explique Lionel Luquin, directeur des formations et de la vie scolaire de l’école. Dans ce cadre, l’une des activités proposées est le jeu de labyrinthe "Pyrat", où les élèves apprennent à modéliser un problème, puis à coder, avec à la fin, un concours où les meilleurs s’affrontent.

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Pédagogies actives

CESI et spécifiquement CESI Ecole d’Ingénieurs, est également l’un des pionniers sur les pédagogies actives. L’établissement met ses élèves en situation concrète pour résoudre un problème (codage par exemple), par petits groupes, avec une distribution de rôles. "Depuis la rentrée 2018, nous avons introduit la notion de pédagogie hybride mêlant la résolution de problèmes à des apprentissages actifs par projets (PBL & A2P2) pour figurer de façon réaliste les situations que pourront rencontrer les élèves ingénieurs en entreprise", explique Jean-Louis Allard, directeur de l’école d’ingénieurs.

Plonger dans le métier d’ingénieur

À l’Université Technologique de Troyes (UTT), cette approche par compétences se concrétise par le travail collaboratif de groupes d’étudiants autour d’un projet choisi par ces derniers. À l'École des mines ParisTech, l’innovation pédagogique passe notamment par les Métiers Ingénieurs Généralistes (MIG), des modules d'enseignement créés pour plonger les élèves de 1re année dans le grand bain de leur futur métier. Ils doivent -par groupes d’une quinzaine- préparer puis présenter devant un jury, un projet. Cette année par exemple, les élèves ingénieurs vont plancher sur l’analyse des défaillances d’un système d’éoliennes, ou encore sur un concept de train sur coussin d’air fonctionnant avec une pile à combustible. "Nous évaluons aussi bien la démarche scientifique et la rigueur, que la capacité à communiquer ou d’écoute", indique Sabine Cantournet, responsable des MIG à l'École des mines ParisTech.

Attention à l’encadrement

Pour qu’une école innove en matière pédagogique, il faut un solide encadrement professoral, et surtout, que les enseignants-chercheurs soient formés à cela et motivés. Dans de nombreuses écoles d’ingénieurs, des cellules dédiées au "apprendre à apprendre" existent. Par exemple, à l’IMT Atlantique, cette équipe compte 16 personnes. À l’EPF, l’équipe dédiée à l’innovation pédagogique s’est étoffée au fil des années. "Une vingtaine d’enseignants-chercheurs y participent désormais, ainsi que des étudiants. Nous n’avons quasiment plus de cours en amphis, et de plus en plus de classes inversées ; plus de 50% des heures de cours en présentiel utilisent la pédagogie par projet", indique Eric Savattero, directeur des formations de l’EPF.

Valoriser les soft skills

L’innovation passe aussi par l’apprentissage du "savoir-être" (les soft skills). Exemple, à l’EIGSI, ce domaine concerne pas moins de quatre compétences à acquérir sur 14 au total."Les recruteurs sont très friands des qualités humaines : nos jeunes ingénieurs doivent avoir l’intelligence relationnelle et pas seulement scientifique", explique Sylvain Orsat, directeur de l’EIGSI. Ainsi, les élèves ingénieurs préparent une pièce de théâtre avec une vraie compagnie, dès la rentrée. Et la représentation a lieu une semaine après la rentrée devant les élèves de 2e et 3e année. Ils s’essaient également au concours d’éloquence, à la création artistique, aux concours de pitch sur leurs projets de vie.

Autre exemple : à l’EBI, les élèves-ingénieurs préparent un concours d’éloquence annuel avec les jeunes des quartiers. Par ailleurs, les étudiants vont marier théâtre, présentations, quizz express sur des thèmes choisis par leurs professeurs, et mener l’enquête dans les entreprises pour comprendre les organisations du travail ou les enjeux du développement durable en industrie.

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L’art du discours

Créé en 2013 par l’Efrei Paris,"Le Grand Discours" est un projet semestriel destiné aux 300 étudiants de 2e année. Il prend la forme d’un concours au sein de la promotion. L’objectif : produire un plaidoyer sur un homme ou une femme de référence, une valeur, une idée, une théorie…, qui sera prononcé en public dans un temps imparti de cinq minutes. "Cet exercice entend développer les compétences rédactionnelles, les techniques de rhétorique et oratoires, et ainsi préparer aux prises de parole des futurs diplômés", explique Jean Soma, responsable du département sciences humaines et communication à Efrei Paris.

Utiliser les outils numériques

De son côté, l’ECE (INSEEC U.) met en place cette année une plate-forme numérique qui permet aux étudiants de créer un portfolio de compétences, de découvrir des métiers en adéquation avec ses compétences, de passer différents tests de personnalité. Le suivi pédagogique est assuré par une cellule carrière ainsi que par des coachs. L’école a aussi développé le concept techArt à SanFrancisco : il s’agit d’un projet pédagogique mêlant création artistique et technologies dans lequel 40 élèves se sont immergés pendant cinq semaines au cœur de la Silicon Valley.

On a connu les Mooc. Désormais, la réalité virtuelle peut aussi se mettre au service de l’innovation pédagogique. Ainsi, l’ECAM Lyon est l’une des rares écoles d’ingénieurs à intégrer cette technologie pour la pédagogie, selon Jean-Noël Charvet, délégué général d’ECAM LaSalle et responsable des innovations pédagogiques. Les équipes pédagogiques d’ECAM Lyon, en collaboration avec des élèves-ingénieurs et des entreprises spécialisées, travaillent sur la création de travaux pratiques (TP) en réalité virtuelle afin de permettre aux étudiants de découvrir et de maîtriser cette technologie. Chaque élève de dernière année travaillent pendant un semestre sur une problématique R&D réelle confiée par une entreprise, tandis que des serious games sont proposés aux étudiants.