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Nouvelles technologies et innovation didactique : les clefs pour apprendre autrement

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Venir étudier au Canada, c’est évoluer dans un environnement multiculturel, rencontrer des gens différents, mais c’est aussi et surtout faire le choix d’étudier autrement. Les méthodes d’enseignement se distinguent de celles répandues en France, notamment par l’utilisation d’outils technopédagogiques mis en place par certains établissements canadiens comme l’UdeM. À cela s’ajoute une idéologie enseignante valorisante qui place l’étudiant au cœur de ses préoccupations. Encadrement rigoureux, valorisation de la recherche et système de bourses : autant d’atouts prônés par l’UdeM, qui compte de plus en plus d’étudiants français dans ses rangs.

UdeM Wifi // © UdeM

Université de Montréal // © UdeM

Des outils technopédagogiques au service des étudiants

À l'UdeM, les nouvelles technologies sont utilisées pour augmenter ou modifier la nature de l'interaction entre professeurs et apprenants. Des formations de "soutien aux enseignants" sont même mises en place pour parfaire leur savoir-faire en matière de TIC (Technologies de l'information et de la communication) et les aider à y voir plus clair dans le panorama des outils mis à leur disposition.

Clickers et Wifi à disposition des étudiants

De nombreuses technologies sont déjà utilisées depuis plusieurs années au sein des salles de cours de l'UdeM, à commencer par les "télévoteurs". Ce sont des petites télécommandes qui permettent aux enseignants de poser des questions en temps réel à un grand nombre d'étudiants qui répondent en cliquant sur leur zapette. "Cela favorise l'interaction et change complètement le rapport pédagogique", explique André Laflamme, conseiller et spécialiste en technologie éducative à l'UdeM.

Là encore, c'est l'interactivité qui est largement favorisée. Étudiants et enseignants doivent être capables de réagir en temps réel. Avec l'utilisation des clickers, les quiz ont la cote. "Certains quiz permettent d'obtenir des vrais points de participation. C'est le cas pour le cours de statistiques du vendredi, par exemple. Les élèves sont donc à l'affût et personne ne met son Facebook à jour pendant la session...", souligne le pédagogue.

Dans les salles de classe, tous les bureaux d'enseignants sont également équipés d'un tableau de commande qui permet de projeter des objets ou des documents dans l'amphithéâtre. "En cours de littérature de jeunesse, on utilise beaucoup les caméras-documents : il suffit de passer l'image en dessous pour que ce soit projeté à toute la salle. Cela permet aux étudiants de voir de manière plus précise ", explique Marie, chargée de cours.

Wifi

Wifi gratuit sur le campus // © UdeM


Le Wifi est gratuit et intégré partout sur le campus. Sans parler du réseau commun Eduroam, qui résulte d’une entente interuniversitaire. Il offre un accès sans fil sécurisé à lnternet, aux personnels et aux étudiants des établissements d'enseignement supérieur et de recherche lors de leurs déplacements. “Les utilisateurs d'un établissement membre du service Eduroam disposent d'un accès sécurisé à Internet depuis tous les autres établissements membres, et ceci en utilisant leur authentification habituelle de leur propre institution d’enseignement”, explique André Laflamme.

Cours en ligne sur “StudiUM” : un Moodle pour enrichir la pédagogie

Développé en 2011, StudiUM est un Moodle, c’est-à-dire un environnement numérique d’apprentissage mis à la disposition de la communauté universitaire .

“StudiUM est donc un lieu virtuel sur lequel le professeur va placer des documents, organiser des forums ou des quiz et utiliser une variété de méthodes technopédagogiques qui permettent d’enrichir la pédagogie de son cours. C’est un logiciel libre très souple développé par des professeurs pour des professeurs”, explique Jean-Pierre Blondin, vice-recteur, en charge de la formation en ligne à l’UdeM, qui veille à ce que tout le monde utilise cette plateforme.

Des “cours hybrides” ont également vu le jour. Il s’agit de quelques séances de cours entièrement en ligne. Les professeurs de l’UdeM sont de plus en plus nombreux à évoluer dans cette direction. “Cela permet aux étudiants de profiter d’un apprentissage plus actif et plus dense”, ajoute le recteur adjoint, qui considère que c’est la voie de l’avenir.

Mais faire un cours en ligne, c’est d’abord comprendre la nature de son public cible. L’UdeM compte actuellement 22 cours en ligne de cycles supérieurs. Et pour certaines sessions, un contenu expositif est préférable à un contenu interactif. “Avec des adultes, on peut aller vers des forums de discussion largement argumentés, avec de nombreuses interactions. Pour ce qui est des premiers cycles, ils préfèrent généralement qu’on leur apporte une solution à apprendre par cœur, cela les sécurise”, affirme André Laflamme.

StudiUM // © UdeM

StudiUM //© UdeM


"Moi, en tant que chargée de cours, j'utilise tout le temps StudiUM ! On peut déposer des articles numérisés ou des annotations vocales pour aider nos étudiants. Il est aussi possible de leur faire passer des tests en ligne", raconte Marie, qui certifie que StudiUM ne remplace pas les notes de cours. "Cela permet simplement d'aller plus loin."

Louise-Hélène Richard, vice-doyenne en charge de la stratégie numérique et du développement de l'apprentissage en ligne à la Faculté des arts et des sciences de l'UdeM, a une idée bien précise sur la question. "Les cours en ligne doivent représenter une occasion pédagogique de faire vivre à l'étudiant une autre expérience qu'il n'aurait pas en classe en lui apportant un certain nombre d'éléments qui bonifient son environnement d'apprentissage."

Pour développer des cours en ligne de qualité, l'UdeM mise d'ailleurs sur des experts : conseillers en technopédagogie, concepteurs en médiatisation. Rien n'est laissé au hasard.

L'objectif principal de la première université francophone en Amérique du Nord : développer des contenus variés et prôner l'interactivité. "Le professeur doit continuer à avoir un visage, une existence, il doit être présent. Avoir des cours en ligne, cela ne signifie pas que l'étudiant va devenir passif et lire des cours qui défilent sur Internet. Loin de là", assure la vice-doyenne, qui estime que l'énergie du professeur est répartie différemment mais que cela ne le fait pas disparaître.

Si près de 80% des étudiants de l'UdeM ont au moins un cours complet sur StudiUM, certaines matières s'y prêtent plus que d'autres. Et pas forcément celles qu'on s'imagine. Daniel Matton, professeur en sciences biologiques à l'UdeM, a eu l'audace de proposer un cours en ligne de travaux pratiques de laboratoire. "On a construit un TP en 12 étapes. Avec deux étudiants, on a testé pour voir si cela fonctionnait bien. Notre objectif final était que les étudiants du monde entier puissent réaliser les mêmes analyses sans forcément faire la même manipulation, mais qu'ils la vivent à travers la vidéo", raconte Geneviève Habel, coordonnatrice de la formation en ligne à la Faculté des arts et des sciences de l'UdeM, fière de pouvoir rendre accessible une manipulation à un étudiant qui ne possède pas forcément le matériel pour mener à bien son étude. "Grâce au partage des résultats numériques, un étudiant au Bénin ou ailleurs réalise le même travail intellectuel qu'un étudiant de l'UdeM."

Le portfolio : un Facebook académique

L'autre innovation en marche à l'UdeM : le portfolio. Il est actuellement en phase "pilote", 1.200 étudiants répartis entre les sciences infirmières, sciences de l'éducation et médecine vétérinaire sont actuellement en train de s'approprier la plateforme. "À la différence de StudiUM, sur le portfolio, c'est l'étudiant qui est le maître d'œuvre de son espace et non l'enseignant", annonce André Laflamme. Concrètement, le portfolio est un espace d'apprentissage sur lequel l'étudiant va pouvoir répertorier l'ensemble de ses compétences acquises tout au long de son cursus universitaire. L'objectif final étant qu'il puisse fournir une trace tangible de ses savoir-faire à l'issue de sa formation. L'étudiant est libre de partager ses données et de rendre son portfolio accessible aux personnes qu'il choisit. C'est une sorte de Facebook académique.

"Avec les journaux de bord fournis par l'outil portfolio, on essaie d'aller vers une approche par référentiel de compétences. Grâce au portfolio, on peut par exemple voir comment un étudiant prend en charge tel ou tel patient et pourquoi il a décidé d'agir de cette façon-là à ce moment-là, etc.", explique André Laflamme, qui estime que cela devrait permettre aux étudiants de devenir des praticiens de plus en plus réflexifs.

À terme, l'idée c'est aussi de pouvoir permettre à un jeune diplômé d'aller voir un employeur en lui soumettant son portfolio pour prouver qu'il possède telle ou telle compétence. "On est proche de LinkedIn : on bâtit un réseau académique sur lequel on partage des données et où on ouvre des discussions", lance André Laflamme.


Classe inversée


La classe inversée aussi fait des adeptes. Également appelée "flipped learning" ou "flipped classroom", cette méthode d'apprentissage consiste à faire travailler la théorie aux étudiants chez eux. Une fois en cours, ils "font leurs devoirs" avec le prof. Cela inverse totalement la conception traditionnelle de l'enseignement. Très innovant, le concept a été lancé par Jonathan Bergmann et Aaron Sams et repris par Salman Khan (fondateur de la Khan Academy).

Classe Inversée

Classe inversée // © UdeM


À l'UdeM, cette méthode est aussi pratiquée. "Les étudiants arrivent en classe et savent déjà ce qu'ils vont faire et quelle discussion va être lancée sur place. On est loin de la transmission unidirectionnelle de connaissance, et c'est notre but", certifie André Laflamme.

Optimiser la formation des futurs enseignants


Si la place réservée aux nouvelles technologies transforme peu à peu les rapports entre élèves et professeurs, cela fait écho à l'entreprise menée par l'UdeM dans la formation des futurs enseignants. Au département de didactique de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UdeM, l'étude de l'interaction entre un enseignant, un apprenant et une discipline fait partie du quotidien. Les dispositifs d'enseignement émergents ont donc le vent en poupe et rien n'est laissé au hasard pour optimiser la formation des futurs enseignants.

Mise à disposition de laboratoires des sciences et cursus en 4 ans

À l'UdeM, des laboratoires d'enseignement des sciences (d'une valeur de un million de dollars environ) sont mis à la disposition des étudiants pour leur permettre d'apprendre à enseigner les sciences dans des conditions réelles et optimales. "C'est le même équipement qu'on retrouve au sein d'une bonne école primaire ou secondaire. Peu d'universités au Québec possèdent ce genre de laboratoires, il faut en profiter", lance Marcel Thouin, professeur titulaire de didactique des sciences à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal.

5 - iPad

Former la relève// © UdeM


La volonté de former la relève est très importante à l'UdeM. Dans cette optique, au premier cycle, plusieurs programmes de 4 ans très pointus, qui allient la théorie à la pratique, ont été mis en place. Cette formation professionnelle de qualité propose près de 700 heures de stages dans les écoles : devenir enseignant au Québec, cela s'apprend rigoureusement. "C'est une formation initiale très solide durant laquelle les étudiants sont bien outillés. Le système existe depuis 50 ans, il a fait ses preuves", explique Isabelle Montesinos-Gelet, professeure au Département de didactique de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, qui regrette que le système français soit un peu tâtonnant en la matière.

 
Encouragement à la recherche et subventions à disposition


À l'UdeM, l'encouragement à la recherche est une priorité, et l'université s'en donne les moyens. En Amérique du Nord, certains professeurs reçoivent entre 300.000 dollars et 1 million de dollars de subventions pour mener à bien leur recherche. "Cela nous permet de verser des salaires ou d'accorder des bourses aux étudiants. Ici, le financement de la recherche est une habitude", raconte Marcel Thouin, conscient qu'en France certains professeurs font carrière sans aucune subvention.

Chaque année, des organismes subventionnaires offrent des programmes de subvention pour financer la recherche. "Ici le financement de la recherche fonctionne beaucoup sur concours. Le processus d'attribution des fonds de recherche est très transparent, c'est une grande différence avec la France où le bénévolat est souvent roi", annonce la professeure de didactique, avant d'ajouter qu'il n'est pas rare que les étudiants québécois financent leurs études en participant à des projets de recherche. "Ils se financent en se formant. C'est extrêmement aidant pour les chercheurs et les étudiants." Étudier au Canada, c'est aussi pouvoir profiter de l'esprit self made man propre à l'Amérique.

La formation des étudiants à la recherche est donc facilitée. "Cela nous tient vraiment à cœur de les mettre dans des réseaux, de les pousser à écrire des articles et à publier", précise Isabelle Montesino. Marcel Thouin est du même avis. Pour lui, il est important que les professeurs s'effacent un peu derrière leurs protégés. "Parfois, à l'issue de leur thèse, des étudiants me demandent d'être mentionné en tant que premier auteur. Je décline leur proposition en leur rappelant que ce sont eux les premiers auteurs", insiste le professeur, qui se donne pour mission de mettre ses étudiants en valeur. "Moi, ma carrière est faite !"


Former ceux qui formeront


Au département de didactique de l'UdeM, la pluriethnicité et le plurilinguisme sont également pris très au sérieux étant donné le contexte multiculturel de Montréal. "Nous veillons à former des enseignants qui puissent œuvrer dans cette société diversifiée", soutient Françoise Armand, professeure au département de didactique, qui travaille sur l'enseignement pluriethnique.

Connecté au monde qui l'entoure, le département a même conçu un cours spécifique à destination d'élèves allophones : "Didactique du français et diversité linguistique" (au premier cycle). "L'idée c'est de créer des cours qui correspondent aux besoins des futurs enseignants en tenant compte du contexte montréalais. Ici, à la différence de la France, on discute de tout. Il n'y a pas de tabous sociétaux."

1. Il ne faut pas confondre MOOC et Moodle : Moodle est la plateforme pédagogique sur laquelle on peut déposer des cours en ligne et des MOOC, entre autres !

Daisy Le Corre